Tour de Ouessant en kayak de mer, mai 2015

Sandie, Rom, Didier et moi, nous nous retrouvons à la plage de Porsmoguer (29). Nous sommes samedi 23 mai, il est midi, Romain nous décrit la navigation qu’il a prévu pour ce week-end de pentecôte.
– Ce samedi après-midi nous allons naviguer dans l’archipel de Molène en nous approchant d’Ouessant.
– Nous quitterons l’Archipel dimanche matin pour entamer un tour de l’île d’Ouessant. Dimanche soir, nous ferons halte sur la côte nord, en face de l’île Keller.
– Lundi, mise à l’eau vers 8 heures, afin d’entamer la traversée du Fromveur à 9 heures, dans les meilleures conditions de courant. D’autant que du 4 à 5 Beaufort de nord-nord-ouest est prévu ce lundi.

 

Tour de l'île d'Ouessant en kayak de mer, une randonnée de 48 nautiques.
Tour de l’île d’Ouessant en kayak de mer, une randonnée de 48 nautiques.

Pour l’instant nous déjeunons au soleil sur la plage de Porsmoguer, les kayaks sont déjà chargés pour la randonnée, ils reposent au bord de l’eau, prêts à partir.

A 13h, nous donnons les premiers coups de pagaie. En route pour l’ouest ! Avec comme première destination Morgol, puis le Cromic, Litiri, Quéménès, Trielen, l’île aux chrétiens et Molène. La brume s’installe peu à peu. Nous terminons la journée en naviguant au compas et à la montre.

 

Dimanche matin au lever, la visibilité est à peine d’une centaine de mètres. Nous naviguons dans l’Archipel comme la veille au soir : au compas et à la montre. Balanec, puis Banec.
La brume est toujours épaisse. Sentant le danger, nous redoutons de traverser le Fromveur sans visibilité. Rom qui a de l’expérience est très réaliste : il ne veut pas d’un accident avec un des bateaux de ligne qui prennent le passage du Fromveur. A coup sûr le ferry ne nous verrait pas sur son radar. Nous-même, avec cette purée de pois, nous le verrions trop tard pour éviter sa route. Nous n’allons pas prendre le risque, même minime, d’un accident, on pense à nos familles. Nous irons à Ouessant une autre fois. L’archipel de Molène est magnifique et nous ne l’avons pas complètement exploré.

Nous venons tout juste de renoncer à aller à Ouessant et donnons les premiers coups de pagaie du retour quand la brume se dissipe au moment de la renverse. Tout change : on peut y aller ! Nous avons tous le cœur joyeux et pagayons un sourire jusqu’aux oreilles vers le phare de Kéréon, réjouis d’avance à l’idée des merveilleux paysages qui vont s’offrir à nous.

Nous marquons une courte pause au phare de Kéréon (surnommé « le Palace » en raison du luxe des meubles, marqueteries et boiseries intérieures). Rom entreprend la montée à l’échelle vers la plate-forme du phare de Kéréon. Il faut faire vite, l’étale n’est pas longue. Sandie voit bien que j’hésite (j’ai peur de baigner au moment de remonter dans mon kayak), et elle m’encourage à ne pas laisser passer une occasion si rare. Je l’écoute et j’y vais. Alors que Rom redescend déjà, je prends quelques photos. Sandie m’aide à remonter dans mon kayak à la descente de l’échelle, pas de plouf aujourd’hui.

Quelques minutes après, sous le soleil, la traversée du redoutable Fromveur se fera dans les meilleures conditions. Nous croisons le bateau de la Brittany Ferries qui revient d’Espagne, nous le distinguons suffisamment tôt pour modifier notre route.

Trente minutes ont passé depuis notre départ du phare de Kéréon, nous voyons Porz ar Lan à droite et la baie de Penn ar Roc’h à gauche. C’est vers la baie que nous nous orientons, pour commencer notre tour de l’île dans le sens horaire (un sens adapté aux horaires de marées des jours présents.) Nous longeons la côte avec gourmandise, sans nous presser, jusqu’à la pointe de Roc’h Hir.

Le phare de la Jument est proche, comme les courants ne posent pas encore problème pour le retour vers Lampaul, nous nous accordons d’aller le voir de près. La rambarde du phare de la Jument est manquante par endroit, sur la face sud-ouest, tout un pan du revêtement est tombé. Ce phare mythique a sacrement besoin d’une restauration avant que la dégradation commencée ne s’accentue, entraînant des frais encore plus élevés.

A midi vingt, nous débarquons au port de Lampaul, nous commençons par un pique nique sur le quai, puis nous empruntons les sentiers et rues qui nous mèneront à prendre un café en terrasse. Lampaul a beaucoup de charme, toutes ces maisons en pierre, égayées de parterres de fleurs, font de l’île d’Ouessant un endroit accueillant, au fort caractère, dont les images s’impriment dans nos têtes.

Il est 15h30, la renverse de courant a lieu dans une heure, nous quittons Lampaul pour poursuivre notre tour de l’île d’Ouessant.

Nous passons l’ancienne cale de Bouguezen, puis prenons la direction du phare de Nividic. Un phare dont l’accès, particulièrement dangereux, conduisit à construire un petit téléphérique qui permettait un accès sans danger. Grâce à la ligne électrique suspendue, le phare de Nividic était contrôlable depuis la station du Créac’h. 900 mètres séparent Nividic de l’île. Aussi, deux clefs (pylônes) sont construites sur les roches de Kerzu et de Conçu pour supporter le câble de ligne électrique et le téléphérique lui-même. En 1945, les pannes et difficultés d’entretien portent à la décision de renoncer au téléphérique. Actuellement on voit toujours les clefs (pylônes) et les murs de la station motrice.

Le téléphérique du phare de Nividic
Le téléphérique du phare de Nividic

http://www.pierremontaz.fr/pierre-montaz-pages/livre-transport-cable-applications.htm
http://www.parc-marin-iroise.fr/Richesses-culturelles/Phares/Carte-interactive-phares/Nividic

Nous regagnons la côte, vers le Créac’h, un phare à bandes horizontales noires et blanches. La côte a un caractère marqué, c’est une des plus belles que j’ai vu.

Peu à peu, nous approchons de l’île Keller. L’île est recouverte de quelques grandes plaques roses d’œillet marin (Armeria maritima). Passé Keller Vihan (petite presqu’île à l’ouest de Keller), nous visitons deux grottes dans la falaise nord de Keller. Là, je suis émerveillé par la grande variété d’oiseaux qui nichent et pêchent sous nos yeux. Je vois, pour la première fois, un macareux moine. Lors de notre tour d’Ouessant en kayak de mer, j’aurai vu des goélands, cormorans, fous de Bassan, fulmars, macareux moine, puffins des Anglais et huîtriers pies.

A 18 heures, nous avons terminé le tour de l’île Keller et nous nous posons à Ouessant. Nous rangeons nos kayaks pour ne pas gêner et allons marcher sur les proches sentiers, découvrir l’île de l’intérieur.

Les hauteurs de la baie de Calgrac’h sont exposées aux vents, mais l’endroit est si beau, que peu importe le bruit du vent cette nuit. Simplement, ceux qui, comme moi, ne dorment pas en sur-sac, amarreront leur tente avec soin. Lors de mes brefs réveils nocturnes, j’aurai le privilège d’entendre le concert nourri des oiseaux, dont un chant nouveau pour moi : le chant du puffin des Anglais.
http://www.oiseaux.net/oiseaux/puffin.des.anglais.html

 

Lundi, je consulte la météo un peu avant 6 heures. Météo France prévoit toujours un vent de 4 à 5 Beaufort, le retour demandera de bien s’accrocher. Mais c’est le prix que j’ai accepté de payer pour vivre avec mes compagnons cette randonnée magique dans ces lieux exceptionnels. Quand je sors de la tente, le paysage somptueux qui s’offre à mes yeux, me réjouit tant, que je prends conscience de vivre un moment privilégié dans un lieu « sauvagement bon », comme dit Sandie.
Quelques petites minutes avant 8 heures, nous donnons les premiers coups de pagaie en direction de l’îlot de Youc’h, au sud est de la baie du Stiff. Au passage, nous passons la Baie de Toull Auroz avec ses grandes falaises et c’est un nouveau régal que ce paysage vertical.

L'Argonaute a Porz ar Lan
L’Argonaute a Porz ar Lan

A l’approche de l’îlot de Youc’h, nous voyons le BSAD (Bâtiment de soutien, d’assistance et de dépollutionl’Argonaute, devant Porz ar Lan. L’Argonaute est là pour dérouler le câble sous-marin de la future hydrolienne Sabella D10. L’opération finale d’immersion de l’hydrolienne Sabella D10 aura lieu durant la dernière quinzaine de juin. L’hydrolienne sera amenée au-dessus de son lieu de pose, dans le Fromveur, raccordée au câble électrique depuis le navire de travail, puis immergée.

Après les brumes d’hier matin, le soleil est franchement là et c’est extra ! A 9h pile, tout à fait ponctuels, nous faisons une reprise de courant dans le Fromveur, au niveau du sud de Youc’h. Bien vite nous comprenons que les 4 à 5 Beaufort annoncés sont en fait un 2 à 3 Beaufort, en tout cas dans la zone particulière où nous naviguons. Tant mieux, nous pouvons dialoguer ensemble sans effort et sans devoir élever la voix. Lors du retour, Didier me mettra en garde contre le danger que présente mon bout court de remorquage. Il est non largable sans l’aide d’un couteau si il se trouve tendu. Je le modifierai dès le lendemain, en le fixant avec un nœud largable, comme me l’a indiqué Didier.

En 3h30 nous rejoindrons notre point de départ à Porsmoguer. A la fin de notre randonnée Rom fait un petit eskimo pour se rafraîchir, je veux faire de même, mais je loupe mon eskimo 3 fois de suite, pas grave : je fais une ré entrée et m’en sors en conservant mon autonomie.

Une fois nos kayaks sur les toits des voitures, nous déjeunons. C’est l’occasion d’échanger des anecdotes et souvenirs de rivière ou de mer. Et puis chacun repart chez lui.

Vivement la prochaine !

Le site officiel d’Ouessant : http://www.ouessant.fr/

Le travail à Ouessant en 1962 (INA) : http://www.ina.fr/video/CAF89054666/ouessant-le-travail-des-habitants-de-l-ile-video.html

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole océane.

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