Grande randonnée en kayak de mer, Tour du Finistère 2016

Arrivée au Pouldu au terme de notre grande randonnée en kayak de mer du Tour du Finistère.
Arrivée au Pouldu au terme de notre grande randonnée en kayak de mer du Tour du Finistère.

Cette grande randonnée en kayak de mer était sur les rails depuis fin décembre 2015, elle était ouverte aux membres de CK/mer et RKM56. Initialement nous avions prévu trois jours de balades à terre, en cas de mauvais temps. Étant donné la météo scandaleusement bonne dont nous avons bénéficié, les 3 jours de repos ont été squeezés et nous sommes arrivés au terme de notre tour avec 3 jours d’avance, soit le jeudi 28 juillet 2016.

Le principe de cette randonnée est d’utiliser les jusants pour descendre du nord vers le sud. Cela implique des navigations d’une seule traite, de la durée d’un jusant (6h20 environ).

Donc, nous prenons un solide petit déjeuner avant d’embarquer et emmenons de l’eau, quelques barres de céréales ou de pâte d’amande à portée de main, pour nous restaurer en mer.

Grande randonnée, Tour du Finistère 2016 en kayak de mer
Grande randonnée, Tour du Finistère 2016 en kayak de mer

 

 

Étape 1 : Port de Locquirec – Vieux port de l’île de Sieck.

Au départ, sur la plage du port de Locquirec.
Au départ, sur la plage du port de Locquirec.

De bon matin, mon épouse m’amène au port de Locquirec. Je dois y retrouver Jean et Pascal. Tous trois, nous allons entamer notre tour du Finistère en kayak de mer. Nous y pensons dès décembre 2015. Depuis, nous avons effectué quelques navigations en Bretagne, pour vérifier que nous aurions plaisir à partager ce moment fort en commun.

Nous nous hâtons de vider les voitures parce que, ce mercredi matin, la place du port de Locquirec devient la place du marché. Si nous ne nous dépêchons pas, les voitures seront bloqués jusqu’à midi. Finalement, nous dégageons les voitures avant qu’il ne soit trop tard et puis nous prenons notre temps pour charger les 50 kilos de matériel, eau et vivres que chacun emmène avec lui dans son kayak.

Nous faisons une photo sur la plage, mettons les kayak à l’eau… c’est parti !
Le temps est nuageux, il y a un peu de vent, à peine de la houle, la navigation est paisible et facile. Le soleil voudra bien pointer son nez à l’arrivée à l’île de Sieck. Nous avons emmené un chariot, chaque jour nous avons loué son utilité : “ne partez pas sans lui !”.

J’avais prévenu Jean-Marc janvier et Josée Conan de notre passage près de chez eux. Ils nous ont rejoint en K2 sur l’île de Sieck. A notre demande, Jean-Marc a accepté de rapatrier sur le continent, avec son K2, une maman et ses deux jeunes enfants qui restaient bloqués sur l’île, pour avoir tardé à la quitter à l’heure. L’opération n’était pas facile. Jean-Marc nous dit que si les conditions avaient étaient un peu plus rudes, il aurait du avoir la sagesse de conseilleur d’attendre 3 heures, le temps que le jusant permette à nouveau de rejoindre le contient en toute sécurité.

Ensuite Jean-Marc et José ont sorti de leur coffre un lieu « façon traiteur » et un croquant aux amandes, de mémorable souvenance à nos papilles !

Nous avons passé une soirée délicieuse en leur compagnie, Toute dédiée au plaisir de la convivialité.

Josée nous a parlé de son travail en Islande en mai et juin derniers. Josée y a réalisé des empreintes de mer lors de la Fête des pêcheurs à Reykjavik et Gründarfjordur, Un projet qui lui tenait à cœur. Grundarfjordur  est jumelée avec Paimpol. Jean-Marc a pris des nouvelles de CK/mer donc il fut le président. Au coucher du soleil, après avoir installé notre bivouac sur l’estran, nous prenons le chemin de ronde de l’île, les couleurs sont chaudes. Jean-Marc et Josée rentrent sur le continent avec leur K2. Lors de notre balade à pied, nous croiserons les habitants de l’île qui, comme nous, profitent des dernières lueurs du soleil.

 

 

Étape 2 : Vieux port de l’île de Sieck – île de Stagadon.

L'île Vierge, vue de Stagadon, photo de Jacques.
L’île Vierge, vue de Stagadon, photo de Jacques.

Une nouvelle belle journée commence, nous irions volontiers voir de près le phare de Moguériec, mais l’étape à venir « fait » 24 miles nautiques, nous préférons filer le plus droit possible vers Stagadon, l’île du Père Jaouen.

Nous quittons le Vieux-Port de Sieck, le ciel est gris acier, ciel et mer se confondent, seul tranche le liseré sombre de la côte sur notre babord. Le phare de l’île Vierge, d’abord deviné dans le lointain, devient le repère espéré qui nous aidera à tenir le cap.

L’arrivée à Stagadon sera une nouvelle occasion de louer les bienfaits du chariot. Nos kayaks, chargés comme des mules, pèsent 75 kilos chacun.

Jacques nous rejoint sur l’île. Son sourire se propage à tout le groupe, il fait très bon être ensemble. Quelques jours avant, nous avions réservé notre nuité auprès de l’association AJD, ils nous ont laissé la disposition du gîte et nous voici tout 4, seuls occupants de l’île. Jacques a amené ce qu’il faut pour entretenir la bonne forme des kayakistes à l’étape (bières, vin, fromage). Nous dînons dehors, sur la grande table, devant le gîte. Après un tour de l’île au coucher du soleil, nous préparons les kayaks pour le lendemain matin. Nous les plaçons près de la laisse de marée haute, prêts au départ.

La cabane de Stagadon, photo de Jacques.
La cabane de Stagadon, photo de Jacques.

Ensuite, chacun choisit sa pièce pour dormir, j’ai la mauvaise idée de recommander à Jean la cabane dont le toit est une coque retournée. Si l’abri a beaucoup charme et d’originalité, il voisine de trop près avec des goélands insomniaques qui communiquent abondamment toute la nuit. Jean naviguera sans ralentir le lendemain, malgré sa nuit blanche.

Jean nous réveillera à 5h59 en battant la cloche de l’île. Un réveil bien agréable, les amis sont là et une belle navigation va suivre.

 

 

Étape 3 : île de Stagadon – Cale Charcot de l’île Molène.

Le phare du Four nous apparait dans la brume, en kayak de mer entre Stagadon et l'archipel de Molène.
Le phare du Four nous apparait dans la brume, en kayak de mer entre Stagadon et l’archipel de Molène.

Nous mettons les kayaks à l’eau, Jacques rentre au continent, tandis que nous faisons cap vers Molène. Passé le phare de Corn Carhai, la brume nous saisit, notre visibilité chute à 50 mètres.

C’est le moment de bien regarder l’heure, la carte et le cap. Nous entamons une navigation aux instruments, l’oreille aux aguets. J’ai avec moi un GPS minimal (eTrex® 10 de Garmin) qui me donne les longitude et latitude. En me reportant à la carte, je sais exactement où nous sommes, et je ne consomme les piles que quand j’allume le GPS pour marquer le « WayPoint ».

Tout à coup, une vedette sort de la brume, elle vient droit sur nous et ne nous voit pas. Pascal a le réflexe salvateur de sonner sa corne de brune, la navette entend et dévie sa route pour nous éviter.

Je fais part à mes compagnons du fait que j’estime que nous avons loupé le phare du Four, ce qui est fort, vu qu’il est quand même remarquable. Cinq minutes après, la brume à droite prend la couleur des pierres du phare qui, rapidement, sort de son voile de brume pour prononcer pleinement sa célèbre silhouette. La mer est calme, nous pourrions presque monter au phare par l’échelle.

La brume qui va et vient pour la deuxième fois, nous fait envisager d’aller droit au sud, en longeant la côte, sans passer par Molène. C’est moins risqué : nous voyons les bateaux qui sont gros, mais nous sommes minuscules au ras de l’eau et les bateaux ne nous voient pas. A peine a-t-on pris cette option, que la brume se lève, cette fois franchement. La toute nouvelle visibilité nous donne l’autorisation de prendre la route de Molène.

C’est la première fois que je gagne l’archipel de Molène pas le nord-est et je découvre une composition du paysage que je n’avais jamais eu sous les yeux : à droite, Ouessant, suivie du phare Kéréon, puis des îles de Bannec et Balanec, au milieu les roches des deux Menhirs, et sur la gauche nous distinguons Molène et son Lédénez.

Nous arrivons à marée basse, le passage entre Molène et le grand Lédénez de Molène est entièrement découvert. Nous ne pourrons pas nous rendre à la cale Charcot avant une bonne heure. Nous attachons nos kayaks à la vielle jetée et allons manger une saucisse-frites « Chez Rachel ». Le temps d’agréablement déjeuner, l’eau monte doucement. Passé le café, nous retournons à nos kayaks pour rejoindre la cale Charcot.

Nous commençons par établir notre bivouac. Chez Rachel, nous avons appris qu’il existait un Lavomatic et des douches chaudes près de la Poste. Je pars donc avec mon plein de linge sale et du savon, direction : la Poste.

En fin d’après midi, nous voyons passer une compagnie de dauphins, ils longent l’est de Molène, faisant route vers les sud-ouest. Jean et Pascal font des photos.

 

 

Étape 4 : Cale Charcot de l’île Molène – Plage de Kersiguénou. (8 heures, les fesses dans nos kayaks)

Au départ de Molène, vers Kersiguénou.
Au départ de Molène, vers Kersiguénou.

Ce matin Didier et Bernard débarquent à Molène, nous partageons notre repas et partons ensemble vers Le Conquet. Le soleil régnera sur cette journée, les couleurs éclatent. Nous pagayons sur une mer d’huile, comme inscrits dans une carte postale.

Un peu lent dans ma préparation, j’occasionnerai un retard de 20 minutes à notre équipe, nous arrivons, en pagayant ferme, à refaire notre retard. Hélas je propose un mauvais choix de route, que mes compagnons acceptent, pensant que je connais bien les lieux. Erreur ! Le passage entre Quéménes et Lédénez Quéménes est découvert, nous interdisant le passage. Nous voila rebroussant chemin pour passer par le sud de l’île de Quéménes. A cause de cela, plus tard, nous serons à la peine, pour descendre à contre-courant le chenal du Four. Voyant que nous faisons du « sur place », je propose (cette fois la bonne option) d’aller coller à la côte, pour prendre les contre-courants vers Saint Mathieu, à partir de la pointe des Renards. Les paysages sont tellement magiques aujourd’hui que nous n’échangerions notre place contre aucune autre. J’ai beau connaître ces côtes pour les avoir souvent parcouru (j’ai habité Le Conquet pendant 7 ans, j’y ai beaucoup pratiqué l’apnée et la chasse sous-marine), ils me font toujours de l’effet.

Passé la pointe Saint Mathieu, nous voyons au loin un sous-marin, accompagné de ses bâtiments protecteurs. Il vogue vers son lointain point de plongée, là où il trouvera des fonds suffisamment importants pour s’immerger comme il le doit.

Toulinguet, Corbin, Tas de Pois, falaises de Pen hir, les paysages de rêve se succèdent. Nous mesurons le privilège que nous avons d’être ici. Arrivés à Pen Hir, les petites plages tranquilles nous attirent. Elle sont belles, mais dangereuses. Quand il y a de la houle, ce sont des plages à shore break (une vague très puissante qui a la particularité d’éclater près du rivage). Nous nous résolvons dès lors à pousser, comme prévu, jusqu’au bout, pour rejoindre, d’ici une heure, la plage de Kersiguénou. Là, je sais que nous n’aurons pas de shore break, même si la houle forcit dans la nuit. Arrivés sur la plage, nous louerons encore les grands bienfaits du charriot.

 

 

Étape 5 : Plage de Kersiguénou – Port de l’île de Sein.

Au départ de la plage de Kersiguénou, en route vers l'île de Sein.
Au départ de la plage de Kersiguénou, en route vers l’île de Sein.

Petit déjeuner matinal, nous allons à Sein. Nous savons que nous allons faire une longue diagonale monotone. Au départ, nous prenons le passage sous l’arche du « Chateau » de Dinan et faisons route vers Sein.

Passé la bouée du Bouc, je verrai des bandes blanches onduler sous ma coque. Je croirai à un reflet ou à une illusion, quand, tout à coup, deux dauphins émergent à la pointe de mon kayak. Je crie aussitôt « dauphins !  » à mes compagnons. Et tous, nous dégainons les appareils photos aussi vite que possible. Je me ferai la réflexion, ensuite, que, peu avant leur passage, j’avais fait une pause pour écoper mon bateau, puis, pour rattraper Jean et Pascal, j’avais mis l’accélérateur. Je pense que c’est pour ça que les dauphins ont suivi la traîne de mon bateau. Quand j’ai ralenti, à l’approche de mes compagnons, ils m’ont dépassé, en glissant sous mon kayak.

Les dauphins passés, nous reprendrons notre droite vers Sein. Nous laisserons le phare de Tévénec à gauche et arriverons au port de Sein à marée basse.

Dans le port, nous rencontrons Pierre Portais (moniteur de kayak à Sein), il nous permet de poser nos kayaks sur le quai et se charge de prévenir le Maire que nous bivouaquerons dans la zone autorisée aux kayakistes (là où il y a les vieux bateaux, tout près du café-expo « l’Atelier »).

Sur place, nous aurons le plaisir de rencontrer des visages connus, de saluer toutes et tous. Sur le quai, nous rencontrerons un ami de Jean, puis bientôt un ami de Pascal, venu, ce dimanche, chanter avec son épouse et sa mère en l’église de Sein, pour un concert.

Pierre Portais nous prête une carriole, bien utile pour transporter notre barda jusqu’au lieu du bivouac. Au passage, nous repérons l’Atelier, qui fait salon de thé, lieu d’exposition et bientôt (le maître des lieux, Didier-Marie Le Bihan, y met la dernière touche) crêperie.

Après avoir monté nos tentes, nous allons boire un coup à l’Atelier. Nous lions connaissance avec le patron. Il nous permet d’utiliser ses prises pour recharger nos appareils photos. Le lieu, qu’il a ordonné de ses mains, est aussi chaleureux qu’original. Didier-Marie Le Bihan y expose ses peintures et les céramiques de sa collègue. Rendez-vous est pris pour demain 8 heures, nous viendrons prendre notre petit déjeuner ici.

J’oubliais de dire qu’avant, à 15 heures, nous avions mangé de délicieuses salades au restaurant « Le Tatoon », l’occasion pour moi de m’amender du retard que j’avais causé la veille, en offrant un bon vin à Jean et Pascal.

Le soir, la brume est telle que nous pensons passer la journée du lendemain à Sein. Nous n’y voyons pas à 100 mètres. Mais, au cas où, nous préparons ensemble la navigation vers Plouhinec. Devant un verre de rosé, à l’Atelier, nous ne sommes pas malheureux.

 

 

Étape 6 : Port de l’île de Sein – Cale du Club de kayak de Plouhinec.

Départ de l'île de Sein.
Départ de l’île de Sein.

Debouts à 6 heures, nous démontons les tentes, puis, prenons le petit déjeuner chez Didier-Marie Le Bihan. Nous chargeons la carriole et « en avant » vers le quai, pour mettre nos nombreux sacs dans les coffres des kayaks. Nous nous débrouillons correctement et donnons le premier coup de pagaie dans le port de Sein vers 8 heures.

Le temps est splendide (notre Tour du Finistère en kayak de mer bénéficie d’une météo scandaleusement favorable ! ). Nous entamons notre diagonale vers la pointe du Raz.

Ce matin Pascal et moi sommes d’humeur contemplative. Jean, lui, a mis son bonnet de pirate, affirmant son vœu d’en découdre avec ses pagaies. Alors que Jean et moi avançons tranquilles. Assis, pépères, comme des fonctionnaires, dans nos kayaks avec vue sur mer.

Voir Jean pagayer ferme vers le Raz réveille en moi la petite flamme du désir de s’amuser. Je laisse tomber la navigation placide et je me dépense tant que je peux, pour remonter le courant de début de jusant, jusqu’au Trouz Yar. En quelques minutes, je ressens une sacrée soif qui m’étonne, alors que je continue ma remontée sans faiblir, j’attrape le tuyau de ma poche à eau pour y prélever une bonne dose de flotte. Plus je tarderai à approcher le Trouz Yar, plus ça sera dur d’y arriver. Le courant de jusant, qui en est à ses débuts, va forcir avec les minutes qui passent. Je maintiens donc le rythme au maxi que je peux donner et j’ai la récompense d’arriver au Trouz Yar, alors qu’autour de moi les vagues statiques s’établissent et que la petite houle déferle gentiment sur les roches, ourlant le sombre des pierres du blanc de l’écume. Je contemple ce paysage mythique et magnifique, je suis au cœur du lieu que ma grand-mère aimait fort. C’est vrai qu’ici les femmes ont du caractère. A ce sujet, voir le film de Nicole Le Garrec :  « Plogoff, des pierres contre des fusils », réalisé en 1980, un des rares films sur le nucléaire ayant été diffusé en salle, il a comptabilisé 250 000 entrées. Il est maintenant disponible en DVD.

 

Le coefficient de marée est de 81 ce matin, la houle est de 50 centimètres, nous sommes en début de jusant et il n’y a pas de vent : des circonstances à mon niveau, mais qui me demandent quand même de donner de moi et de faire attention. Je regarde la veine d’eau qui sépare le Trouz Yar du continent et je me dis, qu’après tout, c’est comme à la rivière. Je prends de la vitesse pour passer la zone de cisaillement, je gîte bien au passage de la zone en question et je m’applique à garder la bassin souple dans le chahut des vagues. Ça le fait ! Me voila passé.

J’aperçois deux kayakistes qui jouent dans le chahut de vagues le plus proche de la pointe, la précision de leurs gestes m’apprend qu’ils ont plus de technique que moi. Je m’approche d’eux pour leur dire bonjour. Ils sont Danois et viennent ici pour la première fois. Bientôt Jean et Pascal nous rejoignent et nous échangeons nos adresses FaceBook, je leur enverrai mes photos d’eux ensuite. Nous les quittons pour nous rendre à Plouhinec. Où nous serons accueillis par les amis de Jean et Pascal, les membres du club de kayak de Plouhinec. Ce sont Robert, Annick et Yvette. Robert a péché des maquereaux et des chinchards pour le barbecue de ce soir, au club.

Nous verrons Hugues et Samuel (moniteurs) au club. Nous passerons là une belle soirée, riche d’anecdotes. Nous sommes unis par notre passion commune du kayak. Un ami de Jean nous ouvrira ses portes et, cette nuit là, nous dormirons dans un lit.

 

 

Étape 7 : Cale du Club de kayak de Plouhinec – Camping municipal de Penmarc’h.

Pique-nique à Plouhinec, photo de Jean.
Pique-nique à Plouhinec, photo de Jean.

Nous avons une mer d’huile ce mardi 28 juillet, le ciel est gris acier, la mer aussi. Une douce houle passe sous nos coques, par le travers. Nous traçons une longue et patiente ligne droite en direction de la pointe de Penmarc’h.

La monotonie de la route m’amène à fermer les yeux pour mieux sentir les mouvements que la houle donne à mon bateau. Je veille à rester tonique, le dos droit, mais sans raideur, les hanches souples, pour épouser au mieux les mouvements de la coque. Avec le temps, je découvre de nouvelles sensations. J’ai l’impression de sentir les différences de pression sur l’avant de la coque, en fonction des différentes vitesses de propulsion que je teste. Il me semble découvrir que mon kayak, dans la situation donnée, a une vitesse idéale, vitesse très précise où il glisse mieux qu’à d’autres.

Finalement notre longue ligne droite passe beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Nous approchons du phare d’Eckmühl. Nous irons pique-niquer à l’abri du vent, blottis tout contre la digue du petit port devant le phare. Là, Jean me fait découvrir le plaisir de manger des berniques crues (après avoir enlevé la partie noire) : c’est croquant, ça a bien le délicieux goût des fruits de mer et nous en avons des dizaines et des centaines autour de nous.

Nous allumons nos VHF, canal 72. Bientôt nous allons rencontrer Jacques. Nous faisons route vers les Étocs, où nous espérons le retrouver. Finalement, les Étocs sont un petit labyrinthe et nous nous croiserons sans nous voir.

Nous retrouverons Jacques près de la cale, sur la plage devant le camping municipal de Penmarc’h. Un camping que nous recommandons aux kayakistes et à tous. Le camping est près de la mer. Nous avons payé 18,18 euros l’emplacement pour quatre. Nos voisins nous ont accueillis en nous offrant des coques fraîchement pêchées. En retour nous leur rendons leur assiette emplie de noisettes.

Là, sur ce camping, tous sont respectueux les uns des autres. Bien qu’il y ait une colonie de vacances sur le camping (je les ai entendu donner de la voix dans l’après midi : ils sont toniques ces jeunes), nous n’entendons pas un bruit la nuit. Nous même, nous parlerons tout doucement au réveil le lendemain.

A l’heure de l’apéro, nous marions les coques, offertes par les voisins, aux bigorneaux, que Jean a patiemment collectées, au vin et aux bières de Jacques, ainsi qu’au saucisson de Pascal avec mes fruits et chorizo.

 

 

Étape 8 : Camping municipal de Penmarc’h – Petite plage nord ouest de l’île de Penfret.

Les Étocs, en face de Penmarc'h.
Les Étocs, en face de Penmarc’h.

Ce mercredi matin, nous faisons une photo avec Jacques, le quatrième de notre équipe. Puis nous partons pour l’île aux Moutons. Nous passons Le Guilvinec, d’où j’étais parti en avril 2015, pour une randonnée de 7 jours qui nous menait à Larmor-Baden, avec Sandie, Dominique et Alain.

En chemin, nous verrons passer une océanite tempête, puis une autre. C’était la première fois que je voyais réellement cet oiseau que je ne connaissais que par les photos.

En arrivant à l’île des Moutons, nous trouverons un phoque, resté au sec, en haut d’une roche qui émerge. Le pelage du phoque se confond à merveille avec la couleur de la roche qu’il a choisi.

Une ornithologue est présente sur l’île, elle nous confirme, qu’il n’y a pas de problème : nous pouvons déjeuner sur l’estran.

De là, nous poursuivons notre route dans l’archipel des Glénan. Mes amis Pascal et Jean savent que je n’ai pas encore posé le pied sur l’île de Guiriden, alors nous faisons un détour pour y accoster.

Puis nous rejoignons l’île de Saint Nicolas, pour un dîner « remise en forme » à La Boucane. Aimablement, nous serons servi avant les autres, pour nous permettre de monter nos tentes, sur Penfret, avant la nuit.

En arrivant, après dîner, sur l’île de Penfret, nous apprendrons qu’il va y avoir une teuf cette nuit, sur la plage où nous espérions bivouaquer. Aussi, nous rechargeons les coffres et remettons les kayaks à l’eau, pour partir à la recherche d’une plage éloignée, où dormir tranquilles. Cette mini navigation se fera de nuit, nous n’avons pas le choix. L’idée de faire un esquimautage dans la nuit me tente (mieux vaut tester ce genre de chose volontairement que de le découvrir à l’occasion d’un dessalage surprise). Mais la crainte de devoir demander de l’aide à mes compagnons, si je n’y arrivais pas, me retient. Bref, je n’ai pas osé.

Au bout du compte, nous trouvons un endroit sans trop de chardons où planter nos tentes. Nous sommes exposés au vent d’ouest, mais la fatigue est un somnifère puissant et, personnellement, je plonge dans le sommeil, sans demander mon reste.

 

 

Étape 9 : Petite plage nord ouest de l’île de Penfret – Cale de la rue du Port au Pouldu.

Jef à Penfret, photo de Jean.
Jef à Penfret, photo de Jean.
Jean à Penfret.
Jean à Penfret.
Pascal à Penfret, photo de Jean.
Pascal à Penfret, photo de Jean.

Nous partons vers 10 heures, avec le petit vent (force 2 à 3), la petite houle et la brume. Le cap n’est pas facile à tenir, il ne faut pas lâcher le compas des yeux. Enfin, la brume se lève, nous repérons la petite tour de l’île Verte et notre cap devient plus facile à conserver.

Il nous faudra deux tours de l’île Verte pour découvrir une minuscule plage, à l’accès de la largeur d’un kayak. Nous ferons là notre dernier pique-nique, à noter que nous avons tous apprécié les purées et plats « Jardin BiO » en sachet express. Des sachets qu’on peut facilement réchauffer au bain marie, avec de l’eau de mer, pour économiser l’eau douce. Ces sachets prennent peu de place, sont solides et la marque offrent une gamme variée de légumes et céréales cuisinés agréablement.

A 13h50, nous remettons les kayaks à l’eau pour rejoindre le terme de notre randonnée.

Arrivée au Pouldu.
Arrivée au Pouldu.

Arrivés à la cale du Pouldu, sur la Laïta, nous faisons un esquimautage pour fêter l’accomplissement de notre périple. Occupé à ranger les kayaks du club de Quimperlé, nous rencontrons Vincent Salmon, moniteur départemental de la FFCK. Gentiment, il accepte de nous prendre en photo. Tous trois, nous nous tenons les épaules face à l’objectif, heureux de garder une trace commune du terme de notre Tour du Finistère 2016.

Tout en vidant les kayaks, nous lierons facilement conversation avec les passants qui sont intrigués et intéressés par le récit de notre périple. Bien volontiers, nous racontons notre navigation.

 

 

 

Épilogue.

Un couple, nous invitera à un pot à l’Hôtel du Pouldu, nous parlerons des paysages de Bretagne que nous aimons tous.

Merci à nos amis kayakistes de Saint-Nazaire (Martine, Christian et Hervé), nous avons souvent pensé à eux pendant ces journées en mer. Ils pratiquent le merathon et nous ont mené à la dure de Dumet à Hoedic pour préparer ce Tour du Finistère.

Merci à Jean-Marc, Josée, et Jacques qui nous ont rejoint aux étapes. Leur soutien nous a bien aidé.

A ceux qui veulent faire pareil, nous conseillons de ne pas partir sans chariot (nous arrivions toujours à marée basse, afin de profiter des courants de jusant, pour descendre vers le sud du Finistère). N’oubliez pas non plus de prendre des gants ou des mitaines. Pascal a eu de secondes ampoules qui se sont développées sous les premières ampoules des jours précédents. Je lui ai passé mes gants, et je m’en suis fabriqué « de fortune » qui, au final, ont bien protégé mes petits doigts.

Vivement la prochaine !

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

9 réflexions sur « Grande randonnée en kayak de mer, Tour du Finistère 2016 »

  1. Merci Jef, j’aime bien ta prose et ton humour. Très beau cr de ces 9 jours de navigation autour de notre magnifique pays. J’ai bien aimé faire partie de votre équipe. Merci à Neptune et Eole de nous avoir tant gâté et vive le kayak!

  2. bravo les garçons !
    nous aussi nous avons souvent pensé à vous trois .
    nous finissons aujourd’hui notre périple de la pointe du raz à piriac.
    j’ai aussi plein d’ampoules aux mains, dur !dur !
    mais qu’est ce que c’est beau la Bretagne en kayak.
    biz
    martine

  3. Jef,
    Tu as réalisé 2 exploits !
    Le tour du Finistère en kayak, en 9 jours….et la rédaction du compte-rendu dès ton retour, en un temps record !
    Te lire me rappelle tous les bons moments passés ensemble lors de cette belle aventure.
    Encore bravo à toi…
    Repose-toi bien, en bonne compagnie, sur ton île.
    Le bonjour à Danièle.
    Pascal

  4. Bonsoir Jeff,
    très beau reportage. Bravo pour le style et l’exercice !
    On ne se lasse pas de te lire.
    Un tour de Finistère c’est un extraordinaire souvenir : paysages, rencontres, liberté…
    A quand celui de la Bretagne ?
    Pascal

  5. Félicitations , nous avons bien profité comme vous de la météo. Christian et moi même avons bien participé aux merathons mais il y a bien longtemps.Maintenant c’est deux sorties par semaines toute l’année.

    1. Salut JEF
      Que c’est bien de te lire en ce début d’ automne, super randonnée et jolies photos et aussi le rappel historique sur la défense de notre environnement. Chapeau et merci.

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