Le Kitiwec, kayak de mer

Samedi 10 septembre, j’achetai à Alain un Kitiwec d’occasion pour mes enfants, afin qu’ils puissent faire des balades avec leur papa quand ils viennent à Brest. En 2013, Alain et moi avions partagé de belles randonnées à Moléne, à Camaret, ou en rade de Brest. Maintenant Alain habite en Haute-Marne et n’a plus l’usage de ce bateau. En ami, il me l’a vendu 500 €.

Le Kitiwec est en parfait état, il a un petit hiloire auquel je vais devoir m’habituer. Mardi 13, j’ai commencé par faire une sortie d’une heure en rade de Brest, en solo, avec la pagaie européenne dont j’ai l’habitude et une pagaie groenlandaise Alpine Paddle, assez longue (2,45 mètres), que j’utilise très rarement, parce que le pont avant de mon kayak (un Vaag) est trop court pour l’y fixer. Le véritable but de ma petite sortie était d’arriver à passer un esquimautage avec la pagaie groenlandaise. J’ai fait cet esquimautage sur peu de fond de façon à pouvoir m’appuyer sur le sable si je n’y arrivai pas. Finalement, malgré mes appréhensions, l’esquimautage est bien passé.

Samedi 17, je réitère. Conforté par l’expérience réussie de mardi, je n’emmène avec moi que des pagaies traditionnelles en bois : la pagaie groenlandaise et une pagaie tempête de secours (2,12 mètres) achetée d’occasion. Je vais à nouveau éprouver mes esquimautages au plus près de la plage. Quand le geste manque de précision ; je le termine en m’appuyant avec la pagaie sur le sable. Ce n’est pas glorieux, mais ça dépanne. Je travaille aussi la gîte et les appuis pour m’accoutumer à ces nouvelles pagaies et à ce nouveau bateau.

Il me semble que la pagaie groenlandaise en bois est légèrement meilleure que la pagaie européenne, les appuis me paraissent plus simples, plus sûrs et plus souples d’emploi. Un esquimautage raté, un peu loin du bord, me donnera l’occasion de remonter avec le flotteur de pagaie et, ainsi, d’apprivoiser ce petit hiloire. Je remarque qu’il faut que je me place sur le ventre, sur le pont arrière, la tête près de la dérive pour pouvoir entrer mes longues jambes dans l’habitacle. Le kayak est bas sur l’eau, mais il est stable. Par mer calme comme aujourd’hui, la remontée est aisée.

 

Pagaie Greenland fabriquée par Alpine-paddle

Pagaie Greenland fabriquée par Alpine-paddle

Ce matin, lundi 19 septembre, j’ai du temps. J’ai prévu un parcours jusqu’à l’île Ronde, avec le pique nique dans les caissons. Je commence à m’approprier le bateau, j’ai ajouté un élastique pour  pouvoir arrimer solidement mes pagaies sur le pont avant. J’embarque sur la cale, je m’habitue à monter dans ce kayak à petit hiloire : en glissant mes jambes tendues dans l’habitacle, alors que je suis en appui latéral sur ma pagaie (comme on l’apprend dans les clubs). Les première fois je me cogne un peu les genoux et puis, au bout d’une dizaine de fois, le geste devient aisé, fluide et sans heurt.

Étant encore près de la cale, je débute par trois esquimautages, pour voir si j’ai bien les moyens de me récupérer si je basculais. Rassuré la dessus, je prends la direction de Keraliou. Ensuite, je longe la côte et passe par l’anse du Caro et le port de Porz Meur. Je profite des rochers épars pour faire du rase-cailloux et tester la manœuvrabilité du bateau. J’ai tout mon temps, j’avance sans hâte, sans bruit et j’ai le plaisir de voir de près un couple de hérons qui s’envolent tardivement à mon approche, puis c’est un couple d’aigrettes garzette qui prend son vol. Plus loin, je verrai un goéland manger de l’étoile de mer. On dirait que ce Kitiwec, bas sur l’eau, propulsé doucement avec une pagaie traditionnelle, facilite l’approche des oiseaux.

Un des principaux jeux du jour, avec ce bateau, ce sera de gîter le plus  possible, je mouille bien la jupe, mais je n’arrive pas encore à mouiller le coude (à ce sujet, voir la vidéo plus bas).

Kitiwec

Kitiwec

Je débarque aux abords de la pointe d’Armorique, quelques minutes avant basse mer (BM 13h47 à Brest), je n’ai pas besoin de monter le bateau sur les hauteurs. Tant mieux ; il est un peu lourd. Mon pique-nique ne va pas être bien long. Je réchauffe une soupe, j’ouvre une boite de thon et je conclus par un grand café.

 

 

Oursin aux abords de l'ïle Ronde

Oursin aux abords de l’ïle Ronde

Quelques photos et je repars en contournant l’île Ronde par l’est, ce sera l’occasion de voir les nombreux oursins qui émergent à grande marée basse (aujourd’hui le coefficient de marée est de 111).

 

 

Tourner à 90° à l’aide d’une gîte vers l’intérieur du virage et sans sortir la pagaie de l’eau (en mouillant le coude dans l’eau).

 

 

Brest vu de l'île Ronde

Brest vu de l’île Ronde

Passage entre l'île Ronde et la pointe d'Armorique.

Passage entre l’île Ronde et la pointe d’Armorique.

Au retour, je prends la même route en sens inverse. Toujours la gîte, toujours les esquimautages. Finalement, il y en a un qui sort bien, houaou ! Je suis content !

Arrivé à Keraliou, j’entame la ligne droite, plein nord, vers la cale. Me voila à nouveau en train de faire le zèbre avec ma gîte poussée au maxi cherchant à mouiller mon coude, la plupart des fois où j’ai été trop loin, j’ai su me rattraper au dernier moment par un appui, mais, là, je dessale.  C’est l’occasion de remonter avec le flotteur de pagaie ! L’expérience de samedi dernier me sert. Je me place plus sur l’arrière, près de la poupe, mettant moins de temps pour remonter dans le cockpit.
Ayant vu que j’étais à l’eau, un voilier s’approche pour voir ce qu’il en est, je fais signe au skipper que tout va bien, il poursuit sa route. Au final, l’habitacle est quand même plein d’eau, jusqu’à ras-bord. Je glisse mon flotteur de pagaie entre mes jambes pour déjà chasser quelques litres de l’habitacle. Je mets la jupe et j’utilise la pompe manuelle du cockpit pour la première fois. Je commence par 50 coups. À chaque fois que j’actionne la pompe : l’eau jaillit drue vers le ciel, comme le souffle d’un mammifère marin. J’enlève la jupe et je regarde où en est le niveau : l’habitacle est encore rempli à moitié d’eau. Je remets la jupe et je reprends le pompage. Quand j’arrive à 100 coups, le jet diminue d’intensité, je comprends que le cockpit est bientôt vidé. Super, encore 20 coups et je suis au sec ! La pompe de ce Kitiwec est bien conçue, parce qu’on peut évacuer l’eau alors qu’on a remis sa jupe sur l’hiloire. Ce qui veut dire qu’en mer formée, et bien que le Kitiwec soit bas sur l’eau, l’eau ne rentrera pas pendant que je viderai le bateau avec la pompe manuelle.

Aujourd’hui les paysages était beaux et puis j’ai eu la chance d’approcher les oiseaux plus que d’habitude.
Vivement la prochaine !

Le Kitiwec est un kayak polyvalent tout aussi adapté à une séance de jeu dans les courants qu’à une randonnée de 3 ou 4 jours.
Longueur : 537 cm, Largeur : 56 cm – Poids : 26 kg
Hiloire : 63 cm x 42 cm (dimensions intérieures) et 70 cm x 48 cm (dimensions extérieures)
Architecte : Loïc Bourdon
Fabriquant : Plasmor – Année : 2005
Fabrication manuelle en résine polyester et fibre de verre.
Équipement initial : 2 Compartiments étanches, ligne de vie, porte-carte, porte-pagaie de secours, gel coat intérieur coque. Cale-pieds réglables, 1 trappe ronde diamètre 180, 1 trappe ovale 420/240, dosseret rigide, pompe manuelle avant avec tuyau passe coque. Une bande de ragage a été ajoutée en 2013.

 

 

3 réflexions au sujet de « Le Kitiwec, kayak de mer »

  1. TIFFREAU

    Merci Jean François !!!

    Je suis très heureux que ce Kitiwec puisse effectuer ainsi de nouvelles navigations en mer d’Iroise…
    Bon vent…..

    Alain.

    Répondre
  2. Jens78

    Merci pour ce beau témoignage.
    Il y en a relativement peu sur la toile, à propos de ce kayak légendaire.
    Beaucoup en disent qu’il lofe si pas assez chargé à l’avant, mais personne n’avait parlé de la version petit hiloire.
    Voila qui est chose faite, et ça tombe à pic pour moi : j’hésitais justement entre les deux versions.

    Bonnes navigations !

    Jens

    Répondre

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