Les dangers de la vase, balade en kayak de mer en compagnie d’un vent de 5 à 6 Beaufort

Arrivée en kayak de mer de randonnée sur la vase de Ty Naod, sur l'Elorn maritime.
Arrivée en kayak de mer de randonnée sur la vase.

Jeudi 19 janvier, j’ai voulu voir quelle était ma condition physique après plus d’un mois passé à la maison, suite à un lumbago récalcitrant suivi d’une bonne bronchite. Pour le lumbago, c’est un kinésithérapeute pratiquant la méthode McKenzie qui m’a permis de retrouver l’usage de mon dos.

A 9h45, au menu du jour, j’avais un vent d’est à nord-est de 5 à 6 Beaufort, un coefficient de 54 et une marée descendante qui venait tout juste de commencer.
Partant du principe qu’il faut toujours réserver le plus facile pour la fin, je suis parti en balade en kayak de mer contre le vent et contre la marée du port du Moulin Blanc. Je me suis dirigé vers la côte de Plougastel, afin de me protéger le plus possible du vent en rasant la côte sud de l’Elorn jusqu’à Ty Naod, le but de ma balade.

En route j’eus le plaisir de croiser une foultitude d’oiseaux marins : goélands argentés, martin pécheur, cormorans, grue cendrée, aigrettes garzette, cygne, canards colvert, huitriers pie et d’autres plus petits que je n’ai pas su identifier. Par bonheur, ce jeudi était ensoleillé et la visibilité très bonne.

Pour ménager mes bras, j’ai utilisé au maximum les grands muscles du tronc, comme me l’a enseigné Agnès Penisson, en me servant de la rotation du tronc. Au sujet de la rotation du tronc, voir cette vidéo de Michele Ramazza :

Bref au prix d’efforts appliqués, j’étais à Ty Naod à 12h15. Là, je me suis installé à l’abri du vent pour me restaurer d’un repas chaud.

 

À 12h45 (PM+3), dès mon repas fini, je décide de rentrer.
Avec la marée descendante, le niveau de l’Elorn avait baissé et mon kayak, posé sur la berge, se trouvait maintenant éloigné de l’eau d’une douzaine de mètres. Alors que je glissais mon kayak vers l’Elorn, je m’enfonçais progressivement dans la vase jusqu’aux genoux. Aussi j’ai préféré continuer à rejoindre l’eau en marchant à genoux. A genoux, je m’enfonçais moins parce que j’offrais une plus grande surface de portance. Pendant la douzaine de mètres que j’ai parcouru sur la vase, de la berge au fleuve, je me suis constamment tenu à mon kayak, cela afin d’avoir un point d’appui sûr, si jamais la vase devenait moins portante.
/!\ En novembre 2016, un grand-père et son petit-fils, partis pêcher à pied dans le petit golfe situé à l’embouchure de la rivière de Pont-l’Abbé, ont été retrouvés morts, piégés dans la vase. D’autres accidents se terminent parfois bien : comme en 2012 pour cette femme de 50 ans, hélitreuillée de la vase. Ou ce pêcheur à pied envasé en 2012 également dans l’anse du Pouldon et qui avait réussi à se dégager tout seul. Et ce petit garçon de 10 ans, piégé par la vase et sauvé par les pompiers. Et encore, en mars 2016, ces deux femmes libérées in-extremis de la vase près de l’Ile Tudy.
Sources :
http://www.letelegramme.fr/finistere/pont-labbe/drame-a-l-ile-tudy-un-grand-pere-et-son-petit-fils-retrouves-morts-17-11-2016-11295956.php
http://www.letelegramme.fr/bretagne/grandes-marees-en-bretagne-mortelle-peche-a-pied-17-11-2016-11296027.php
Toujours au sujet de la vase, une amie me disait ce matin, qu’alors qu’elle était au mouillage dans une baie malgache de l’ouest entièrement découverte à marée basse, elle a entendu de nuit des bruits bizarres. Aux lampes électriques, elle a vu des malgaches courant très vite, poussant leurs pirogues très fines, creusées dans un seul tronc, sur la vase … Le lendemain, à marée haute, au village, elle a eu une explication : les pêcheurs pieds nus couraient très vite sur la vase, poussant leur frêle esquif pour atteindre le village sans s’envaser …..  Mon amie m’a dit qu’elle avait testé pour voir : avec la vase aux genoux, c’est très difficile de s’en sortir et de courir en poussant son canot quel-qu’il soit, ça demande de l’entraînement …  Mon amie conclue que : pour éviter les incidents, ne jamais oublier qu’il vaut mieux ramper que rester debout et surtout ne pas réfléchir longtemps ….. et garder à la main un machin flottant est un plus ! Même souci avec la neige ! Enfin pas dans notre Bretagne …….

 

Pour finir, j’ai noté qu’à l’aller, étant contre le vent et contre le courant, j’avais mis 2h30 pour rejoindre Ty Naod. Mais au retour, j’ai mis 1h20. Le courant et le vent étaient tous deux avec moi, poussant le kayak à la vitesse d’1,7 nœuds sans pagayer (j’ai calculé dans le détail que sur ces 1,7 nœuds : 0,4 nœuds étaient dus au courant de marée descendante et 1,3 nœuds étaient dus au vent d’est à nord-est de 5 à 6 Beaufort). Chez moi, j’ai vu sur le site Diabox http://data.diabox.com/?id=11 qu’à 13h, j’avais, avec moi, un vent de 24 nœuds avec des rafales à 34 nœuds.

Météo-France, tableau des températures ressenties en fonction du vent.
Météo-France, tableau des températures ressenties en fonction du vent.

Vu les températures, j’avais bien fait de mettre une cagoule, une polaire sous ma vareuse, sans oublier les manchons pour protéger mes mains. 😉

Au final c’était une belle balade en kayak de mer très enrichissante, j’y ai été confronté aux dangers d’une vase embêtante, mais pas dangereuse, et puis, j’ai pu estimer précisément l’effet du vent sur mon kayak.

Vivement la prochaine !

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Les dangers de la vase, balade en kayak de mer en compagnie d’un vent de 5 à 6 Beaufort »

  1. Encore une expérience de plus, même dans des sorties qui peuvent paraître sans aucun risque il subsiste toujours des pièges cachés !

  2. merci Jef pour ton partage encore judicieux. Je ne sais pas si je peux comme toi trainer ou pousser le kayak à genoux dans la vase je craindrais de percer ma combi sèche sur un tesson une coquille ou un rocher ?
    Faudrait peut etre se prévoir des genouillères ? à très bientot ( si la météo le permet tu retrouve tes 2 acolytes du tourduf le 12/02 )
    amitiés
    jean

    1. Salut Jean,
      à ce sujet, Eric m’a dit cet après midi qu’il était souvent confronté aux problèmes de banc de vase en kayak dans la baie du Mont St Michel. Il me dit aussi que « les guides qui encadrent les traversées de la baie à pied nous ont enseigné que le premier réflexe à avoir est de se mettre à genoux . Il est essentiel d’avoir également un bout sur soi et un moyen de communication. »

      J’espère que nous aurons du grand soleil le 12 !

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