Formation CRBCK de guide de kayak de mer à Molène et Ouessant avec Jean-Marc Terrade

Encadrement de randonnée en kayak de mer, regroupement au sud de l'île de Trielen, dans l'archipel de Molène.
Encadrement de randonnée en kayak de mer, regroupement au sud de l’île de Trielen, dans l’archipel de Molène.

Il est 8h30, jeudi 25 mai 2017, nous sommes sur la plage de Porsliogan au Conquet, répondant à la convocation du Comité Régional de Bretagne Canoë Kayak, pour suivre la formation « guide kayak de mer ».
Cette formation n’est pas diplômante, les stagiaires recevront une attestation de formation à l’issue de l’action. Le stage dure six jours, repartis en deux sessions.

La première session ; le module « sécurité + préparation de randonnée », avait eu lieu en avril 2017 à l’École Nationale de Voile et des Sports Nautiques de Quiberon.
Le samedi 8 avril, nous avions effectué des exercices en mer, entre Portivy et l’île de Téviec. Avec un vent de sud ouest de 3 Bft et une mer belle, nous avions fait le point sur la carte nautique à partir d’amers, pratiqué des remorquages en pleine mer (actifs et passifs), des récupérations en pleine mer (actives et passives), des récupérations remorquées à proximité immédiate d’un îlot rocheux et puis quelques esquimautages. Le coefficient de marée était de 76.
Le dimanche 9 avril nous faisions, sous la direction de Gaëlle Regnier et d’Antoine Ducouret, un atelier dédié à la préparation de randonnée.
Nous avions alors constitué quatre groupes qui, par rotation, géreraient différents domaines de la navigation du mois de mai 2017 à Molène et Ouessant :

– les navigations (définir les heures, les caps et les réchappes),
– les repas (acheter les vivres en tenant compte des éventuelles allergies de certains, mutualiser les réchauds, gamelles et thermos, préparer les petits déjeuners, cuisiner les déjeuners et diners collectifs),
– les animations,
– la sécurité (vérifier le matériel, lister les contacts utiles, prévoir la trousse de secours et le kit de réparation),
– l’intendance (repérer les campements possibles, s’assurer que les tentes, duvets, sacs de couchage et tipis sont en nombre suffisant).


Pour ces quatre jours du module « encadrement de randonnée », les treize stagiaires que nous sommes sont encadrés par Jean Marc Terrade et Gaëlle Regnier. L’ensemble des treize stagiaires, divisé en 4 groupes, compte : Monique, Jef, Bakoko, Jean Marc L., Frédéric, Hervé, Patrice, Rémi, Jean Pierre, Jean Philippe, Pascal, Mélanie, Eric.
L’ensemble est hétérogène, il y a parmi nous une pagaie jaune, beaucoup de pagaies vertes, quelques pagaies bleues et rouges et une monitrice (Mélanie).

On peut regretter que le CRBCK, qui a si bien organisé cet excellent stage, n’ait pas assumé de faire respecter le pré-requis qui était défini pour entrer en formation, à savoir : Avoir le niveau technique de la pagaie bleue dans le milieu de pratique de l’action (le diplôme Pagaie Couleur n’est pas obligatoire). Avoir de l’expérience dans l’organisation de descente de rivière ou en randonnée kayak de mer ou canoë.
Nombre des stagiaires n’avaient aucune expérience d’organisation de randonnée et n’avaient pas le niveau pagaie bleue. Si ces pré-requis avait été respectés, nous aurions pu, en plus de la très instructive et très belle navigation dans l’archipel de Molène, faire le tour de Ouessant. Ce tour de Ouessant, qui était annoncé dans le programme du stage, aurait permis aux personnes qui avaient le niveau demandé un approfondissement très intéressant de la formation.

Ceci dit, le groupe est plus important que le programme et tout notre groupe adhère à la décision prise par Jean Marc de faciliter la navigation, pour que le groupe profite au mieux de ces heures que nous allons passer ensemble.
Nous ne sommes même pas encore sur l’eau que nous sommes déjà solidaires les uns des autres !

Jean Marc nous décrit le programme qu’il a adapté au vu de nos niveaux respectifs, de telle façon que chacun puisse apprendre et progresser.
Bien que le programme ait été grandement facilité, Jean Marc et Gaëlle devront aider deux d’entre nous qui n’avaient pas l’endurance nécessaire, notamment passer les pointes où le courant était le plus prononcé.

 

Jour 1 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l'Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.
Jour 1 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l’Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.

Ce jeudi 25 mai, nous allons à l’île de Molène, à partir de la plage de Porsliogan.
Le groupe 1 a préparé la navigation. La navigation consiste en une succession de bacs qui, d’île en île, coupent des courants traversiers.
Nous commençons par un premier tronçon de 3 milles nautiques allant de Porsliogan à Béniguet nord, nous poursuivrons par un trajet de Béniguet nord à Quéménès est.
C’est la première fois que je débarque sur l’île de Quéménès. Nous aurons la chance de voir de près des bécasseaux variables et d’apprendre de Jean Marc comment se constituent les monticules de galets qui sont présents sur presque toutes les îles de l’archipel.
Pour monter sur la partie terrestre de l’île, Jean Marc nous recommande de couper au plus court les laisses de mer qui abritent une vie foisonnante mais peu visible. Sans nous en rendre compte nous pourrions écraser une faune discrète, menacée et indispensable à la chaîne alimentaire.

De Quéménès est, où nous avons déjeuné, nous repartons en longeant la côte nord de l’île jusqu’à Quéménès ouest. Alors, nous entamons un bac qui traverse la passe de la Chimère pour nous mener à l’île aux Chrétiens. De là, nous faisons notre dernier bac pour rejoindre la cale Charcot de l’île Molène.

Les 15 kayakistes que nous sommes débarquent cale Charcot. Notre première tâche consiste à déposer les kayaks de mer sans gêner le passage. Aussitôt, nous montons les tentes sur le terrain du camping municipal mitoyen de la cale. Alors que le groupe 2 prépare le repas du soir, nous entamons une balade dans l’île.
Après le repas Rémi nous offre une présentation générale de l’archipel dans laquelle il parle des hommes, de la flore et de la faune (dauphins et phoques en particulier).
Ensuite mon groupe débriefe la navigation du jour avec Jean Marc. Jean Marc nous explique comment nous aurions pu faire mieux, pourquoi et comment. La transmission de savoir dont nous fait bénéficier Jean Marc nous éclaire. C’est la 14ème fois que je viens dans l’Archipel de Molène, des fois en groupe, des fois à deux, deux fois seul, pourtant une vue d’ensemble vient de m’apparaître. J’envisage maintenant de très nombreuses manières d’aller à Molène, toujours en sécurité, mais avec une liberté horaire que je n’imaginais pas auparavant.

 

Jour 2 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l'Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 12MN.
Jour 2 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l’Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 12MN.

Vendredi 26 mai, le groupe 3 a préparé notre navigation la veille au soir. Cette navigation consiste en une série de bacs qui va nous mener de Molène au phare de Kéréon, phare situé à l’entrée du Fromveur.

Nous allons tout d’abord au feu des Trois Pierres (nous jouerons dans les passes entre les pierres), puis nous passons au nord de Balanec, ainsi qu’au nord de Bannec. Jean Marc veille à ce que nous restions à distance de la ligne turbulente qui va de la pointe nord de Bannec jusqu’aux approches du phare de Kéréon. Pour cela nous naviguons par sauts de puce d’îlot en îlot. Ces îlots, situées au nord du phare, nous offrent des contres-courants dans lesquels nous trouvons refuge.

Si nous nous laissions entraîner pas le courant ; il nous emmènerait dans la ligne de turbulence dont je viens de parler. Nous y serions chahutés par des marmites et tourbillons.
Quand le courant arrive sur le plateau rocheux de Men Tensel, il subit d’abord une accélération qui crée le lisse de la première vague, là ou les kayakistes aiment surfer. Derrière ce lisse, qui constitue la vague statique ou vague de surf, le courant passe d’un écoulement laminaire à un écoulement turbulent.
Bref, il est sage de connaître ce danger, de le comprendre et de savoir s’en tenir éloigné. Pour cela les éclaircissements de Jean Marc sont précieux, parce que simples et clairs. J’ai mieux compris aujourd’hui les phénomènes qui découlent de la rencontre d’un courant d’eau avec un obstacle, ces phénomènes sont les mêmes en rivière et en mer. Ils s’appliquent aux roches, aux îles, mais aussi à la coque de notre kayak de mer, aux pales de notre pagaie.

Encadrement de randonnée en kayak de mer, au pied du phare de Kéréon.
Encadrement de randonnée en kayak de mer, au pied du phare de Kéréon.

Avoir réussi à mener notre groupe hétéroclite jusqu’au phare de Kéréon, d’une manière aussi fluide, n’est pas donné à tous les moniteurs. Pour que nous donnions tous le meilleur, pour que notre groupe soit cohérent, il faut que le leader veille sur plusieurs fronts. Afin que, face à la peur et au stress, le groupe demeure solidaire. J’ai remarqué la manière, très fine et pleine de tact, que Jean Marc avait de faire prendre conscience à certains stagiaires (dont hélas moi-même, je ne m’en rendais pas compte) qu’il ne faut pas se valoriser par rapport à ses compagnons.

Au retour de Kéréon, Jean Marc nous a parlé des énormes blocs de pierre qui sont projetés en l’air sur Bannec lors des tempêtes d’hiver, ces blocs de pierre pesant plusieurs dizaines de tonnes se déplacent sur l’île, laissant des traces de leur passage.

Jean Marc nous a aussi parlé des réchappes. Ces zones (un îlot, une petite roche découverte) où nous pouvons trouver un abri (un contre-courant), au cas où un imprévu (un ou des bains) fasse que nous ne puissions pas tous aller au bout du bac prévu.

Au retour, je ferai la double connerie d’hésiter à l’entrée d’une passe à cailloux, sans casque sur la tête. J’ai esquimauté alors que j’étais projeté sur la roche, m’en tirant sans blessure. Mais je me suis senti mal, parce que mes compagnons ont eu peur pour moi et parce que je réalisais que venir me récupérer aurait pu les mettre en danger.
Je n’ai pas mis mon casque, bien que j’y ai pensé, parce qu’il était dans mon caisson.

A la suite de cette rouste, qui aurait pu mal finir (choc de ma tête nue sur la roche), j’ai continué mes navigations avec ; soit le casque sur la tête, soit le casque entre les genoux dans l’habitacle, facilement accessible en déjuppant.
Si jamais je prenais un bain en sortant de mon kayak ; je ne perdrai pas le casque, parce qu’il est conçu pour protéger mais également pour flotter.
J’ai eu beaucoup de chance. La leçon est prise et, vu mon nouveau goût pour les passes à cailloux, le casque trouvera désormais sa place à portée de main, dans le cockpit de mon kayak de mer.

Le soir, à Molène, nous savourons ensemble le repas préparé par le groupe 1, puis je parle à mes compagnons de l’importance de l’exploitation des algues dans l’archipel, ensuite le groupe 2 prépare la navigation du lendemain.
Les algues dans l’archipel, trois pages très riches :
http://seaus.free.fr/spip.php?article130
http://www.molene.fr/goemon_recoltes.htm
http://www.la-mer-en-livres.fr/iode.html

 

Jour 3 de la formation CCRBCK encadrement de randonnée dans l'Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.
Jour 3 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l’Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.

Samedi 27 mai, jour 3. Nous descendons au sud, à partir de Molène, vers l’île de Trielen. J’irai, avec une partie du groupe, surfer les vagues en kayak de mer, à l’entrée de la Chimère. Puis, nous irons déjeuner sur l’île de Litiri, à l’abri du vent. En cours de route, Gaëlle m’invite à améliorer mon pagayage, pour moins fatiguer mes bras en utilisant la rotation du tronc. A plusieurs reprises, je lui demanderai de m’indiquer si je suis dans le bon, ou pas. Même s’il reste beaucoup à faire, j’ai progressé durant la suite de la formation.
Le soir, une fois la nuit tombée, le groupe 3 fera l’animation en nous présentant les nombreux phares visibles à partir de l’île de Molène. Le groupe 4 préparera la navigation de demain, le groupe 2 débriefera la navigation du jour écoulé, avec Jean Marc.

 

 

 

Jour 4 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l'Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.
Jour 4 de la formation CRBCK encadrement de randonnée dans l’Archipel de Molène avec Jean Marc Terrade, 10MN.

Dimanche 28, jour 4. Nous nous levons un peu plus tôt ce matin. Le départ de Molène est à 9 heures et il nous faut plier les tentes. Nous partons sous la pluie, avec le jusant.
Nous commençons par remonter le lédénez de Molène qui est au nord (le courant porte au sud sud-ouest).
Du lédénez de Molène, nous faisons cap vers la passe situé entre Litiri et Quéménès. Jean Marc nous donne des repères, nous indique des alignements (un en face et un autre en latéral) pour que nous puissions estimer notre progression et notre dérive.
La route se passe bien, nous nous sommes vêtus plus chaudement que les jours précédents, nous avons aujourd’hui un 3 Beaufort de nord nord-est, il ne fait pas bien chaud. Heureusement que le pagayage soutenu nous réchauffe. Au passage, comme les jours précédents, nous rencontrerons des huitriers pies, goélands marins et argentés, fous de Bassan, dauphins et phoques. En prime, ce dimanche matin, nous rencontrons des marsouins.

 

 

Réglementation de l’accès aux îles de l'archipel de Molène.
Réglementation de l’accès aux îles de l’archipel de Molène.

En principe nous devions déjeuner sur l’île de Béniguet. Mais Jean Marc estime que certains membres du groupe ne pourrons pas assumer le bac entre Morgol et Béniguet. Ils n’ont pas l’endurance nécessaire pour pagayer fort lors des brefs moments qui demandent de l’intensité dans l’effort. Aussi, nous nous replions sur le seul abri possible ; l’île de Morgol. Nous nous gardons bien de monter sur l’île, dont nous savons qu’elle est interdite à l’homme, de façon à préserver la faune (phoques et oiseaux marins) et la flore. Nous restons respectueusement sur le bas de l’estran, aujourd’hui bien découvert par le coefficient de 105.
Nous sommes dans un cas de force majeure, où le manque d’endurance, le froid et la fatigue de plusieurs kayakistes, peuvent entraîner un ou des accidents.

Nous montons vite le tipi de Jean Marc et le mien, nous les relions avec un tarp et ainsi notre groupe de 15 kayakistes peut se réconforter sur le bas de l’estran, à l’abri du vent.
Nous nous restaurons avec des pâtes froides, des restes de concombre, du pâté, du pain et des soupes chaudes.

Pendant que nous nous restaurons, une heure passe, le courant de jusant faiblit, il devient possible de continuer la navigation de retour sans courir le risque d’un accident.
Nous remontons dans les kayaks de mer pour rejoindre Béniguet nord, puis nous faisons route vers la plage de Porsliogan.

A mi-chemin, Jean Marc a déjà anticipé les conséquences de la fatigue de certains et il va se placer à la pointe de Kermorvan, où il sait qu’il va récupérer les retardataires qui n’arriveront pas à tenir le cap vers la plage de Porsliogan. J’accompagne Jean Marc vers Kermorvan et, pendant la navigation, il me donne des amers pour que je puisse être renseigné sur ma progression et ma dérive. A un moment il me signale que je fais du sur-place, aussi je modifie mon cap pour relier le continent au plus court. Je patienterai avec Jean Marc dans le contre courant de la pointe de Kermorvan, en attendant les compagnons.

Nos kayaks de mer devant une marche à Bannec, la marche est constituée par le courant de flot.
Nos kayaks de mer devant une marche à Bannec, la marche est constituée par le courant de flot.

Je manque de technique dans les passages de pointe, lors des reprises de courant. Toujours, je donne beaucoup trop d’angle à mon bateau au moment de franchir la marche. Cette fois, à Kermorvan, j’ai bien rasé la roche au plus près, mon angle n’était pas bon mais je m’en suis sorti mieux que la veille, quand nous étions à l’ouest de l’île aux Chrétiens.
D’ailleurs, j’ai pu constater tout de suite combien c’était plus facile quand on rasait la roche. Je dirais, selon mon impression, :  « huit fois plus facile ». Soit en 3 coups de pagaie près de la roche, quand il en faut 24 si on s’écarte de la roche.

Jean Marc aidera l’un de nos compagnons trop épuisé pour passer la pointe de Kermorvan et mènera la totalité de notre groupe à bon port à l’heure prévue (15h30). Au total, nous avons parcouru 42 milles nautiques en kayak de mer de randonnée.

S’en suivra un bilan global dans un café du Conquet. Ensuite, chacun rentre chez soi avec de nouvelles perspectives de progression, des capacités de gérer la sécurité notablement meilleures et avec, dans la poche, une liste de futurs compagnons de randonnée.

La vie est belle, merci à Jean Marc et Gaëlle, merci aux compagnons de stage et vivement la prochaine randonnée !

 

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Formation CRBCK de guide de kayak de mer à Molène et Ouessant avec Jean-Marc Terrade »

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