Stage pagaie rouge, en kayak de mer

Ce lundi 26 juin 2017 à 14h, nous sommes 5 stagiaires : Séverine, Hervé J., Hervé L., Christian, et moi, à nous retrouver à Porz Even.

Il y a un mois, en vue de passer la pagaie rouge, Hervé L. et moi avions demandé à Jean Marc Terrade si il pouvait organiser un stage avec des coefficients élevés, afin que nous puissions travailler les compétences définies par la FFCK : technique, sécurité et environnement. 

Les pagaies couleurs de la FFCK valident des compétences au moyen d’une grille d’évaluation. Peu à peu les différentes fédérations et associations européennes tendent à harmoniser leurs grilles d’évaluation.
Fiche d’évaluation « pagaie rouge randonnée mer » de la FFCK.

Niveaux Euro Paddle Pass et leurs équivalents.

Niveaux Euro Paddle Pass et leurs équivalents.

 

Quelques jours avant le stage, chacun des stagiaires a envoyé à Jean Marc, des plans de navigation à l’estime pour les deux jours, avec les routes fond, caps compas, heures et distances.

 

 

Stage pagaie rouge, en kayak de mer, c'est parti !

Stage pagaie rouge, en kayak de mer, c’est parti !

Lundi, durant notre tour horaire de l’île de Bréhat, Jean Marc, nous demandera, à plusieurs reprises, de nous situer sur la carte. Il nous fera faire du rase cailloux, puis, passé le phare du Paon, il nous emmènera goûter les vagues à surf et zones de cisaillement. Là, je dois avouer que je ne suis pas fier et je la joue « profil bas ». Je suis tellement tendu que je louperai mes esquimautages.

C’est bien la tension que je ressens qui est responsable de cette incapacité à esquimauter, l’avant veille j’avais fait une dizaine d’esquimautages réussis et le lendemain, je les réussirai à nouveau. La tension, fait que je n’allonge pas mon corps sur l’eau, elle a pour deuxième conséquence que je fais des balayages trop courts qui ne me donnent pas l’appui nécessaire. Étant tendu, je ne m’en rends pas compte, je me rends compte seulement que j’échoue et mon moral en prend un petit coup.

Plus tard, Christian me rappellera que JM nous a dit, dans le debriefing du mardi soir : « qu’il faut chercher le jeu et le plaisir, cet état d’esprit nous permet d’être décontracté et donc à l’aise sur l’eau. Finalement nous allons chercher le jeu pour que ce ne soit pas la difficulté qui vienne à nous ».

Si j’avais cherché le plaisir dans le surf ou dans l’esquimautage, j’aurais annihilé la tension qui m’habitait et j’aurais fini par les réussir avec aisance.

 

 

Du wakame (algue comestible).

Du wakame (algue comestible).

Alors que nous sommes à l’amer de Quistillic, sur le chemin du retour, Jean Marc nous demande quel cap nous devons prendre pour rentrer à Porz Even. Nos compas de relèvement sortent des gilets et nous trouvons le cap.

S’ensuit un bivouac au camping du Rohou. Nous goûtons le punch d’Hervé J. et dînons tout en faisant le point sur la journée écoulée. La météo est clémente et il ne pleuvra que vers 8 heures le mardi matin, ce qui nous permet de plier des tentes non mouillées.

 

 

Mardi matin, au port de Loguivy, Jean Marc nous demande de présenter aux autres stagiaires notre équipement de sécurité. J’apprendrais que pour la pagaie rouge, il est indispensable d’emmener des vêtements de secours : bonnet, veste polaire, pantalon imperméable et coupe vent imperméable, le tout au format XXL, pour pouvoir mettre au sec et réchauffer une personne en hypothermie, quelque soit sa corpulence.
La couverture de survie et le thermos d’eau chaude font également partie de l’équipement de sécurité.

Jean Marc, nous apprend qu’une personne peut souffrir d’hypothermie même en été. Il nous donne l’exemple d’un kayakiste en t-shirt manches longues en coton. Avec les embruns le t-shirt du kayakiste est régulièrement mouillé. Avec le petit vent, l’eau s’évapore sans cesse.

L’eau qui s’évapore crée du froid. Quand on veut maintenir une bouteille au frais l’été ; on l’emmaillote d’un linge mouillé. C’est l’évaporation de l’eau qui gorge le linge qui va « consommer » la chaleur de l’eau contenue dans la bouteille. Cette consommation de la chaleur par l’évaporation va rendre l’eau fraîche, voire très fraîche, si l’évaporation est intense.

Notre température corporelle est de 37°, avec le temps qui passe, c’est le corps du kayakiste, habillé de coton mouillé, qui se refroidit de plus en plus, l’emmenant progressivement vers l’hypothermie.
A ce sujet, voir : J’ai froid en sortant de la piscine : c’est normal, Docteur ?

 

Parmi les éléments indispensables, non listés dans le matériel obligatoire de la division D240, il faut penser à prendre :
– un ensemble de vêtements de grande taille pour mettre au sec et au chaud une personne en hypothermie, comme déjà dit plus haut
– un kit de réparation
– un outil multi fonctions
– un compas d’orientation qui permet de relever des amers puis de reporter les caps sur la carte marine, afin de pouvoir se situer en permanence.
– plusieurs cyalumes, en plus de la lampe flash assujettie au gilet. Ces cyalumes servent à se faire remarquer par les secours, ou à se repérer mutuellement en cas de navigation nocturne forcée
– lunette de vue de secours et cordon à lunette.

 

En France, seule la navigation diurne en kayak est autorisée, mais il peut arriver de devoir naviguer de nuit. Cela nous est arrivé, à Pascal, Jean et moi, en juillet dernier.
Alors que nous arrivions à la nuit tombante sur l’île de Penfret, les stagiaires de l’école des Glénans nous ont averti qu’ils allaient faire une fête bruyante jusqu’à trois heures du matin. Comme nous avions tous les trois besoin d’une nuit réparatrice, nous avons repris les kayaks pour faire le tour de l’île et aller monter notre bivouac le plus loin possible de la fête. Je me rappelle que nous avons navigué groupés pour ne pas nous perdre de vue.
Jean Marc nous apprendra que si cette navigation nocturne avait du durer plus longtemps, nous aurions pu fixer deux cyalumes allumés (un sur chaque épaule) à nos gilets, afin d’être visible des autres, de quelque côté que l’on soit les uns par rapport aux autres.

Il est plus prudent d’avoir plusieurs cyalumes, car il arrive que certains ne fonctionnent pas. Pour se faire repérer de loin, on peut attacher le cyalume au bout d’une cordelette et le faire tournoyer, comme une fronde, afin d’être plus visible.

En ce qui concerne le cyalume, Hervé Le Flohic m’a dit qu’il avait appris d’un pilote d’hélicoptère que les recherches sont facilitées si on fait tourner le cyalume comme une fronde. Pour la simple raison que, vu d’en haut, il y a quantité de lumières qui bougent sur l’eau, mais c’est exceptionnel qu’il y en ait une qui fasse un cercle et, du coup, elle se distingue immédiatement.

 

Une fois passé cette présentation de notre matériel de sécurité, nous avons entamé le tour antihoraire de l’île de Bréhat.

Arrivé à la pointe de l’Arcouest, Jean Marc nous indique, comme premier exercice, de faire un bac arrière sur une veine d’eau. Puis nous devons remorquer un ou une stagiaire au dessus d’un piquet qui présente un risque de cravate. J’aurai du remorquer avec un bout court et non avec mon bout de remorquage qui mesure 10 mètres. Si Séverine que je remorquais n’avait pas pagayé, elle risquait la cravate. Ensuite, Jean Marc me montrera comment réduire la longueur de mon bout de remorquage pour de telles circonstances.

 

Après, nous nous dirigeons vers « la Chambre » où nous pique-niquerons rapidement. Sur le chemin, Jean Marc nous propose un nouvel exercice ; nous devons faire des tours complets dans une zone de cisaillement des courants, avec l’aide des courants et contre-courants. C’est la première fois que je fais ça, et je trouve que cet exercice donne confiance en soi et en son bateau, dommage que je ne l’ai pas fait plus tôt.

Manipulation d'un kayak sur le récif, photo de Jean Marc Terrade

Manipulation d’un kayak sur le récif, photo de Jean Marc Terrade

Nous débarquons à 6 sur le récif, photo de Jean Marc Terrade.

Nous débarquons à 6 sur le récif, photo de Jean Marc Terrade.

Puis nous montons au phare du Paon. En cours de route, Jean Marc nous invite à tous débarquer sur un récif, en montant les kayaks au sec. Le récif présente peu d’endroits aptes à loger les 6 kayaks, il faudra d’abord en porter deux sur les hauteurs avant de pouvoir y loger les 4 autres.
Pour moi cette mise au sec d’un groupe de 6 est une première. L’état de la mer à ce moment là, facilite les choses, avec de petites vagues de moins de 30 centimètres.

 

Plus tard, à l’approche du phare du Paon, nous commencerons à explorer les passes à cailloux. Nous en passons certaines avec l’aide de la petite houle. Bientôt Jean Marc corse le jeu en nous demandant de traverser les passes les plus simples en marche arrière.

Ce moment de jeu dans les passes, en particulier celles où on doit faire un virage, sera l’occasion de comprendre que mes appels, à moitié appel, à moitié appui, sont à revoir. Pour faire un changement de direction efficace, un appel doit être fait avec la pagaie strictement verticale, sinon le kayak est ralenti et le virage ne se fait que partiellement. De même, dans les virages serrés, il est indispensable de gîter amplement, afin de réussir son virage. Ma gîte manque d’ampleur.

 

Ensuite, Jean Marc lance la session d’exercices de récupérations. Sans nous prévenir, Jean Marc dessale volontairement dans une passe houleuse.
Je suis à quelques mètres, aux bruits de voix, je comprends qu’il se passe quelque chose et je tourne mon regard vers la passe. Ils sont deux à l’eau : je comprendrais plus tard que Jean Marc a volontairement fait dessaler Hervé L. qui venait lui porter assistance. Cela pour corser la situation et créer un cas intéressant de double récupération. Cas pratique qui servirait de support à son enseignement de la sécurité dans les passes.

Je choisis de récupérer Jean Marc, qui me semble être dans l’eau depuis plus longtemps. Je lui demande de s’agripper à ma pointe en « cochon pendu » et je demande à la cantonade qu’on me remorque hors de la passe pendant que j’aide Jean Marc à remonter dans son bateau.

Implicitement je laisse aux deux autres stagiaires le soin de récupérer Hervé L. et son kayak. Alors que Jean Marc est agrippé à ma pointe avant, il imprime à mon kayak des mouvements à droite et à gauche, pour amplifier l’effet de la houle et m’obliger à prendre des appuis francs pour ne pas dessaler moi-même. Une fois sorti de la passe, Jean Marc, qui continue à corser l’exercice, se comporte à dessein comme un kayakiste sans tonus, incapable de remonter activement dans son kayak. C’est donc à moi de l’aider le plus possible à rentrer dans son bateau.

C’est la première fois que je suis confronté à une récupération d’un kayakiste sans tonus. Pour faciliter son entrée, mes collègues stagiaires me disent de mettre le kayak compétemment sur la tranche, effectivement l’entrée dans le bateau est facilitée pour le kayakiste qui n’a pas d’effort à faire. Une fois ses jambes entrées dans le cockpit, je demande à Jean Marc de s’allonger le plus possible contre son kayak, afin d’éviter de créer un couple de dessalement. Ensuite, il s’agit de basculer le kayak pour le remettre à l’horizontale. Mes collègues stagiaires me disent de prendre Jean Marc par sa bretelle de gilet pour le redresser lui et son bateau, c’est difficile. Heureusement, un autre stagiaire m’aide en faisant tourner la coque pendant que je tire sur la bretelle du gilet de JM. Ensemble, nous arrivons à redresser le kayak et son propriétaire. Pendant cette récupération, je n’ai communiqué avec les autres que par la voix, mon regard est tout le temps resté fixé sur le kayakiste que je secourais. J’ai déjà eu l’expérience de perdre de vue celui que je secourrai dans la houle, heureusement, je l’ai retrouvé et finalement secouru, mais la leçon est restée et je ne lâche plus  des yeux celui que je secoure.

Jean Marc continue son rôle de kayakiste sans tonus et comme j’ai eu le tort de ne pas lui demander si il allait bien, Jean Marc rebascule à l’eau, pour que je n’oublie pas la leçon. Me voilà bien embêté. Gentiment, Jean Marc cesse son rôle de kayakiste sans tonus et monte sur ma pointe avant, où il s’assoit.

Jean Marc nous explique alors comment faire cette double récupération de deux kayakistes dans une passe, dont l’un ne peut pas participer activement à sa propre récupération, parce qu’il est blessé ou en hypothermie.

Quand Jean Marc a dessalé et qu’Hervé L. est venu le secourir, Hervé L. a été gêné par le fait que le bateau de JM se trouvait entre Jean Marc et lui. Jean Marc dira à Hervé L. que la solution était de tirer à la main le kayak vide en arrière, pour l’expulser vers la sortie de la passe et ainsi, Hervé avait accès direct à JM pour le secourir.

Jean Marc nous cite une autre solution dans un cas où il ne pouvait pas approcher le kayakiste qui avait dessalé (mais pas perdu son tonus) sans risquer de le blesser avec sa pointe de kayak, tant la houle était forte. Le kayakiste est monté lui même sur les rochers de la passe et il a été possible de le récupérer plus loin, en sécurité, là où la houle était moins forte.

Pour ce qui concerne notre expérience d’aujourd’hui, Jean Marc nous dit que l’un d’entre nous aurait du prendre la direction des récupérations, en coordonnant les efforts de chacun des secouristes. Le coordonnateur aurait également surveillé l’horizon à 360 ° de façon à pouvoir prévenir le groupe si une houle plus forte arrivait sur nous.

Je vois que j’ai du travail à faire, si je veux être capable de faire ce genre de récupération. D’autant qu’aujourd’hui les conditions de mer (mer belle) sont très faciles. En général quand on doit faire une récupération, c’est dans des circonstances beaucoup plus mouvementées.

Hervé J., soulignera ensuite que la prise de leadership dans les passes à cailloux et dans les récupérations, qui constitue la base du programme « pagaie rouge », nous a manqué. Peut-être du fait de se sentir plus candidat ou stagiaire que d’endosser le maillot de leader.

 

Ensuite Jean Marc nous fait travailler des remorquages assistés. Un kayakiste en remorque un autre, comme on part du principe que le remorqué est blessé et ne peut pas aider, il faut un troisième kayakiste pour dire au remorqueur comment passer le labyrinthe des roches sans mettre en danger le remorqué.

 

Ce dernier exercice de sécurité clos la journée. Nous rentrons au port de Loguivy, à 20h passé.
S’ensuit un debriefing dans un bar de Paimpol, Jean Marc fait le point quand au niveau du groupe. Incidemment, il me demande si je peux faire des parcours de slalom avant l’examen de passage de la pagaie rouge en septembre. Malheureusement je ne pourrais pas, mais je comprends le message, il me faut travailler les appels, la gîte et le placement du kayak.

Hervé Jousset, m’a rappelé que, durant les 2 jours, Jean Marc, nous a invité et aidé à identifier la faune (oiseaux marins, phoques) et la flore (l’algue wakame et les herbiers de zostères) rencontrés. JM a également souligné les liens entre le milieu rencontré et les courants ou la houle. Par exemple : les zones de vase rencontrées aux alentours de l’archipel de Bréhat et indiquées sur les cartes marines (Navicarte, SHOM …), signalent des zones sans courant. Ces zones nous permettent de relier un point à un autre, sans avoir à lutter contre un courant contraire. Nous nous en sommes servi mardi matin, pour relier Loguivy à la pointe de L’Arcouest, sans faire d’effort.

En conclusion, nous avons navigué deux jours en toute sécurité, dans un archipel splendide. Nous avons passé de bien bons moments ensemble. Chacun d’entre nous perçoit mieux où il en est dans sa progression.

Une des leçons essentielle de ces deux journées denses, c’est : si on oublie le plaisir et le jeu, tout devient compliqué et ardu (voire : tout foire complétement :lol: ).
Une leçon, ô combien, commune au kayak et à la guitare.

Vive le kayak !

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