Grande randonnée en kayak de mer du Tour de Bretagne

Petit préambule,
vendredi 7 juillet 2017, le matin, je fais une jolie balade à pied en allant à la poste de Brest, je prends rendez-vous avec le dentiste de Saint Coulomb, près de Cancale, il accepte de me prendre en urgence le soir même. Sans sa bonne volonté, je ne sais pas si j’aurais pu faire le tour avec une infection dentaire.

Grande randonnée en kayak de mer du Tour de Bretagne, 20 juillet, traversée de la baie des Trépassés.
Grande randonnée en kayak de mer du Tour de Bretagne, 20 juillet, traversée de la baie des Trépassés.

A 19h00, je retrouve Dave et Marianne, Didier et Marie au camping du Verger à Cancale, j’y dépose mon kayak de mer et mes affaires. Mon fils Joachim, qui est venu avec moi, m’emmène chez le dentiste et ramène la voiture à Brest. Plus tard Jean-Yves et Marie Jo viendront me récupérer chez le dentiste, pour me ramener au camping du Verger où ils ont amené Pascal peu avant.

Dans l’après-midi, alors que j’étais sur la route de Brest à Cancale, un ami m’a fait signe de sa voiture. C’est Arne, il a accompli son tour de Bretagne en solitaire l’été 2016, je l’ai rencontré au rassemblement de kayakistesdemer.org à Crozon, alors qu’il y faisait une étape. Le monde du kayak de mer est petit. 

J’ai aussi une pensée pour Romain Lucas qui a fait son tour de Bretagne en solitaire en 2010, alors qu’il était quasi débutant en kayak de mer, il raconte son tour à : http://www.kayakistesdemer.org/viewtopic.php?f=57&t=7084 . Le monde du kayak est petit, car, à Plouhinec, Romain Lucas a été accueilli par : … Jean-Yves Jacq. Jean-Yves qui est de ce tour de Bretagne 2017.

Avant eux, avant nous, dès 1980, Loïck Bourdon, Loïc Logeais, Yvon Odion, Pascal Bourdon et Franco Ferrero réalisaient en 26 jours un tour de Bretagne qui part de  Pénestin (à l’embouchure de la Vilaine) pour relier le Mont-Saint-Michel.
Ils furent suivis par les kayakistes de la « Rando du Ponant 1 », en 1991 et la « Rando du Ponant 2 », en 2013.

Nombreux seront ensuite ceux qui pratiquerons cette grande randonnée qui conjugue l’unité et la variété.

Tours complets de Bretagne (toute la façade maritime, plus la Vilaine et la Rance) :
Jean-Marc Janvier et Josée Conan ont inauguré, en 2005, un tour complet, maritime et fluvial, intitulé « Partir par l’ouest, revenir par l’est … La Bretagne est une île « .

En 2015 Laurent Demai. et Kaloun P. faisaient aussi leur Tro enez Breizh : http://pagayeursdulevant.blogspot.fr/2015/08/tro-enez-breizh-around-brittany-13.html

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 322 milles nautiques, de Cancale à Larmor-Baden, du 8 au 27 juillet 2017.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 322 milles nautiques, de Cancale à Larmor-Baden, du 8 au 27 juillet 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 8 juillet 2017, départ de Cancale.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 8 juillet 2017, départ de Cancale.

Cancale – Saint-Cast-le-Guildo
Samedi 8 juillet 2017, nous (Dave, Didier, Jean-Yves, Pascal et moi) partons de la plage du Verger à 8h56. La mer est ridée, nous avançons à une moyenne de 5 nœuds jusqu’à la pointe de la Varde. Nous doublons l’île Cézembre par le nord, les courants sont moins forts de ce côté, cela nous ralenti à 3 nœuds.
Nous devons maintenant couper le chenal de Saint Malo, où nous patienterons pour que passent deux gros ferrys.

Plus loin, nous débarquons sur l’île des Ébihens, où nous déjeunons.
Là, Jean-Yves ajuste ses cales pieds et renforce l’étanchéité de son bateau qui prend l’eau, tant par les trappes que par la jupe.
Après une balade à pied pour visiter l’île, nous entreprenons de passer en mode « lézard » : cela consiste à s’allonger la tête à l’ombre, le corps au soleil, le tout en piquant un roupillon. Cette sieste est un élément stratégique de navigation ; pendant que le temps passe, la marée monte. Cela nous permettra d’arriver sur la plage du bivouac sans avoir de portage à faire.

A 18h, nous partirons pour la plage de la Mare à Saint-Cast-le-Guildo, où nous bivouaquerons. Nous y gouterons le whisky « Dark Storm », de la distillerie Talisker, que nous offrira Dave, ainsi que les gâteaux de Marie Jo avec le chocolat de Jean-Yves, j’offrirai mes bières, histoire d’apporter une contribution. Ensuite ce sera dodo sur l’herbe.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 09 juillet, vers le cap Fréhel.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 09 juillet, vers le cap Fréhel.

Saint-Cast-le-Guildo – Erquy
Dimanche 9, nous partons de Saint-Cast-le-Guildo pour la plage de Caroual à Erquy. En cours de route, nous faisons une longue pause stratégique sur la plage du Lourtuais, près du cap d’Erquy. Tandis que Jean-Yves modifie son chargement (les kayaks de mer Xplore L sont très ardents et doivent être beaucoup plus chargés à l’arrière qu’à l’avant, si on veut qu’ils restent manœuvrants par vent latéral). Dave aide Jean-Yves à renforcer encore et encore l’étanchéité de ses trappes.

Pendant ce temps, Pascal, Didier et moi partons en balade à pied vers le cap d’Erquy. L’après-midi est superbe et ensoleillé, quelques personnes sur la plage s’intéressent à notre équipement et à notre périple, Pascal les informe avec talent.

Le matin nous avions passé le cap Fréhel. Juste après, à la pointe du Jas, Didier nous faisait découvrir une belle grotte marine à triple entrée. Dans la journée nous passions devant une carrière, puis devant la pointe Saint-Michel, lotie d’une minuscule chapelle qui est un bon amer.

Didier est dans son jardin, il habite par ici, il nous présente les paysages au fur et à mesure.

Le soir, sur la plage de Caroual, nous nous lavons dans la mer qui vient de recouvrir le sable chaud. L’eau est presque tiède (nous utilisons un savon spécial adapté à l’eau salée). Nous restons plutôt immergés, car, le vent frais est en train de s’établir.

Le soir, nous nous informons de la météo du lendemain et du sur-lendemain : le temps fraichi et la pluie arrive. Nous allons raccourcir l’étape de demain lundi, car un 5 Bft de face s’annonce.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 10 juillet, départ de Caroual.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 10 juillet, départ de Caroual.

Erquy – Plérin
Lundi 10, nous quittons la plage de Caroual avec un peu d’appréhension, vu les prévisions. Mais nous sommes agréablement surpris : pour le moment nous rencontrons un 3 Bft.

La mer est belle. Je découvre cette côte préservée de Bretagne, peu urbanisée.

Nous ferons une pause à Pléneuf-Val-André pour remplir nos vaches à eau. Nous hésitons un peu pour la suite de la navigation, Didier propose d’aller aux Rosaires (Plérin). La traversée est un peu monotone.

Nous arrivons aux Rosaires à marée basse. Nous aurons un long roulage à faire tout à l’heure.
Nous commençons par nous restaurer, puis nous reposer et, enfin, nous mettons nos kayaks de mer sur les chariots pour les rouler jusqu’au lieu du bivouac : une petite lisière, couverte d’herbe, qui borde l’agréable promenade du bord de mer.

Le temps passe vite, nous allons prendre une bière, Dave nous donne l’idée d’aller diner à la pizzéria voisine. Au retour, Jean-Yves nous propose de dormir sous son tarp tendu entre les kayaks. Tous nous allons dormir comme ça, entre nos kayaks.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 11 juillet, départ des Rosaires.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 11 juillet, départ des Rosaires.

Plérin – Bréhec
Mardi 11, le matin, à l’aube, les habitués de la promenade du bord de mer ont apprécié notre discrétion. Gentiment, ils ont accepté de nous prendre en photo, alors que nous sommes sur le départ.

Nous montons vers Binic, puis Saint-Quay-Portrieux, où nous faisons une petite pause derrière l’île de la Comtesse. Nous découvrons de nouveaux paysages.

Dave met sa voile. Avec Didier, nous préférons raser la côte, le courant est moins porteur, mais nous sommes protégés du 4 Bft.

A l’approche de Bréhat, au passage de Plouha, nous passons le port de Gwin-Zégal dont les mouillages sont constitués de troncs d’arbres plantés dans le sable avec leurs racines.
http://sallevirtuelle.cotesdarmor.fr/inventaire/plouha/Geoviewer/Data/html/IA22005651.html

Ensuite, nous arrivons à Bréhec. Nous effectuons d’abord le roulage des kayaks jusqu’aux galets, en haut de l’estran. Nous faisons sécher au soleil, nos affaires mouillées, puis nous allons dans un café de Bréhec.

La zone est mal desservie par le réseau, heureusement le cafetier nous autorise à consulter le web pour avoir la météo du lendemain. Jean-Yves améliore encore l’étanchéité de son kayak de mer, il utilise maintenant deux jupes l’une sur l’autre, pour réduire les entrées d’eau dans le cockpit.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 12 juillet, coucher de soleil à l'île d'Er.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 12 juillet, coucher de soleil à l’île d’Er.

Bréhec – île d’Er
Mercredi 12, nous avons terminé notre période d’échauffement, où nous nous limitions à 15 MN par jour , afin de ne pas nous blesser. (MN = Mille Nautique. 3 milles nautiques correspondent à une moyenne d’une heure de pagayage. Donc, 15 MN par jour signifient qu’on pagaye 5 heures par jour.)
Maintenant que nous sommes amarinés et entrainés, nous allons passer à des étapes de 20 MN (soit 6 heures de pagaie par jour), si la météo le permet.

La navigation du jour va consister à relier Bréhec à l’île d’Er.
Notre première partie de navigation, de Bréhec à l’île de Saint-Riom fut dure. Nous avions un 4 Bft de face, avec de nombreuses rafales à 5.
Passé l’île Saint-Riom, le vent a faiblit, laissant la place à une brume épaisse. Ensuite nous avons longé la côte est de l’île de Bréhat, jusqu’à l’île de Morbic, où nous pique-niquerons le midi, dans la petite cuvette naturelle qui nous protègera du vent. À Morbic, nous mouillerons les kayaks, reliés, les uns aux autres, par un bout de remorquage lesté d’une grosse pierre. Ainsi nous n’avons pas de portage à faire.

Au passage du phare du Paon, la visibilité est devenue bien meilleure.

La mer est peu agitée à agitée, nous prenons le chenal de la Moisie, pour monter vers le phare des Héaux de Bréhat. Passé la Moisie, nous obliquons à l’ouest par la passe de la Gaine. Nous sommes alors sur une route bordée à notre nord par le phare des Héaux et à notre sud par le Sillon de Talbert.

Encore 4 milles nautiques et nous arrivons à l’île d’Er. Nous décidons d’y bivouaquer ce soir.

J’avais un fort désir de voir ces lieux et d’y naviguer. Depuis février 2014, je désirais aller aux Héaux. Cette navigation a été un bonheur de toute la journée. Quelle satisfaction de pouvoir enfin traverser ces paysages qui attisaient tant ma curiosité.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 13 juillet, en route pour l'île Tomé.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 13 juillet, en route pour l’île Tomé.

île d’Er – Pleumeur-Bodou
Jeudi 13. Ce matin, nous quittions l’île d’Er, à marée haute, pour une navigation côtière. Tantôt au large, pour profiter des courants, tantôt près de la côte, pour profiter des paysages.

Un peu avant l’île Tomé, nous décidons d’aller jusqu’à Ploumanac’h pour le pique-nique.
Comme nous avons bien choisi !

Au bureau du port de Ploumanac’h, j’ai présenté notre groupe, expliqué ce que nous faisions et demandé si nous pouvions prendre des douches et laver notre linge.

Le responsable nous a offert l’accès aux douches et lavabos. Un cadeau qui ne pouvait pas nous être plus utile ce jour là. Nous avons fait sécher notre linge propre sur une des cales du port, le plus discrètement possible. Et puis, nous sommes allés nous ravitailler à l’épicerie. Je vous ai dit que Dave nous avait offert une bouteille d’excellent whisky, comme elle était à marée basse, il a bien fallu lui trouver une successrice. Je trouverai un whisky Breton qui nous tiendra dignement compagnie les soirs suivants.

Vers 18h30, quand la marée l’a permis, nous avons quitté le port pour aller vers l’île Grande. En cours de route, nous avons joué dans quelques passes faciles, avec de petites déferlantes. Étonnamment, Dave a préféré les contourner par l’extérieur. Et puis nous avons franchi les jets d’eau spectaculaires, mais sans danger, que provoque la houle sur les lignes où les roches affleurent.

Au fur et à mesure que la houle du large s’éclate sur la ligne de roche, en s’approchant de la côte : les jets se dressent successivement tout au long du parcours de la houle. L’animation me fait penser aux alignements de dominos qui chutent les uns après les autres, une fois le premier domino est tombé.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 14 juillet, sur les hauteurs de Beg an Fry.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 14 juillet, sur les hauteurs de Beg an Fry.

Pleumeur-Bodou – Guimaëc
Vendredi 14, nous quittons notre lieu de bivouac, sur le continent, à quelques mètres de l’île Grande. Nous passons sous le pont routier, doublons l’île Aganton, puis piquons au sud ouest.

Sur les côtés, nous voyons Trébeurden, la petite île Molène et bientôt l’île Milliau.

Nous convenons de nous  arrêter 30 minutes à Milliau. La marée descend, nous mouillons les kayaks de mer, attachés à l’anneau de la cale nord est. Puis nous montons sur le sommet de l’île par l’escalier-sentier.

Sur les hauteurs de Milliau, nous voyons toutes les îles qui bordent Trébeurden, également l’archipel des 7 îles, au loin. Tout près du gîte de l’île Milliau, nous observons l’allée couverte. Puis, bien vite, nous redescendons pour ré-embarquer, direction la pointe de Beg an Fry, où nous comptons bivouaquer.

Une mer peu agitée et un bon 3 Bft nous tiennent compagnie pendant le trajet. Le compas de Dave est faussé par des éléments métalliques, il ne le sait pas, mais cela lui fait prendre le bon cap, celui vers Beg an Fry, alors qu’il croit se diriger vers Locquirec. Nous lui révélons son problème de compas, ce sont des choses qui arrivent et auxquelles il convient de donner de l’attention.

C’est difficile de trouver un bon alignement pour tenir son cap. Alors je me fie à l’écartement entre un pylône et un petit bois. Petit bois bien visible sur une crête. Quand le bois et le pylône se rapprochent, je comprends que je dérive au sud est, vers Plestin-les-Grèves. Quand les deux s’éloignent, nous dépallons au nord ouest. Ainsi, je suis aidé, pour faire un bac assez correct jusqu’à la pointe.

Nous débarquons sur la plage de Beg an Fry. Le soleil est au rendez-vous. Un petit ruisseau nous permet de rincer nos vêtements de kayaks pleins de sel.

Nous pique-niquons sur le terre-plein en hauteur. Là où un monument rappelle l’activité courageuse et secrète des anglais et des résistants français, pour préparer le débarquement allié de 1944.

Arrive la famille de Jean-Yves. Ils viennent de Morlaix et nous passons de très bonnes heures ensemble.

Le soir, au moment de faire la navigation du lendemain, la difficulté de communiquer est telle, que Dave choisit de rentrer en Angleterre. Il faut dire que Dave a un niveau de français très faible et nous-même avons un niveau d’anglais très faible. Le tout, ajouté à la fatigue des navigations plus longues des derniers jours, fait que le moindre échange est de plus en plus frustrant pour tout le monde.
Gentiment, Dave nous enverra un petit message le surlendemain, nous disant qu’il est bien rentré.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 15 juillet, aux approches de l'île de Batz.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 15 juillet, aux approches de l’île de Batz.

Guimaëc – île de Batz
Samedi 15, nous démontons les tentes en prenant notre temps, le départ est prévu à 13h. Une fois rangées nos affaires dans les kayaks, nous avons encore du temps.

Nous partons à pied, par le charmant sentier qui longe le ruisseau jusqu’au moulin à godets. La grande roue fonctionne. L’eau qui l’actionne provient d’un des deux étangs de réserve, situés en amont. Ces retenues alimentent le moulin en période sèche.

Nous retournons aux kayaks pour déjeuner. Comme il nous reste encore un peu de temps, avec Pascal, nous prenons le sentier qui mène sur les hauteurs de la pointe de Beg an Fry.

Nous partons à l’heure prévue. Bientôt nous sentons un vent plus fort que prévu. Notre option de navigation est de remonter tout droit au nord pendant une heure, ainsi nous nous placerons à hauteur de l’île de Batz (notre destination du jour) et, de cette manière, nous accéderons au tapis roulant du courant de jusant. Tapis roulant qui nous fera gagner une heure sur le trajet.

Le vent de 4 Bft et la houle brassent la mer. On peut dire que nos ponts de kayaks de mer étincellent, tellement ils sont arrosés et briqués par les vagues qui déferlent. La navigation est tonique.
Nous ferons un radeau au bout de deux heures, pour prendre les barres de céréales qui vont recharger nos batteries.

Tous, nous apprécions cette navigation dans l’écume, sous le vent et le soleil. Nous prenons pour cap le grand phare de l’île de Batz. A l’approche du chenal, la couleur de la mer passe au turquoise.

C’est déjà marée basse. Nous naviguons à contre courant sur les spaghettis de mer, rasant bien la côte, à la recherche du moindre contre-courant qui nous aidera dans notre progression. Nous arrivons enfin au camping municipal, l’ambiance est bonne, les gens se parlent gentiment.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 16 juillet, en route vers l'île Vierge.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 16 juillet, en route vers l’île Vierge.

île de Batz – île Wrac’h
Dimanche 16 juillet, le matin, à Batz, nous prenons tout notre temps. L’embarquement est prévu pour 12h. Nous allons visiter le hameau proche du camping et y faire quelques courses : du fromage, des légumes frais, du pain, des fruits. Je prends tellement de légumes, qu’en me croisant, les vacanciers, voyant mon sac, croient que c’est jour de marché.

On mange un peu, puis à 12h, c’est cap 250°, pour 7 heures de mer, jusqu’à l’île Wrac’h.

La mer n’est pas monotone, le ciel change, se couvre et se découvre, les oiseaux  parcourent le bleu, traçant leurs multiples lignes dans les hauteurs. Je verrai un groupe de jeunes fous de Bassan, accompagnés d’un adulte. Ils sont en chasse.

La mer s’anime peu à peu d’une bonne houle de 3 mètres. Par moments, le vent et les roches créent des imprévus bienvenus.

Le paysage côtier défile suffisamment vite pour nous indiquer que nous voguons à un bon 4 nœuds.
Toutes les 2 heures, nous faisons une pause, pour prendre du repos et des rations d’énergie (pâte d’amande pour moi).

L’arrivée sur les phares de l’île Vierge est un enchantement. Le coté monumental des phares, les roches aux solides dents et l’écume qui monte dessus en fracas, réjouissent notre goût du spectacle.

Nous atterrissons à l’île Wrac’h et montons le bivouac sur l’estran. Dans la soirée Erwan nous rejoint. Erwan va parcourir le Finistère avec nous, jusqu’à Plouhinec. Puis Armel et Agnès nous rejoignent au bivouac. Armel nous donne des nouvelles du rassemblement que kayakistesdemer.org vient d’organiser ce week-end à Penmarc’h. Armel nous amène de la part des amis du rassemblement un beau melon, des tomates, des fruits et légumes frais. Agnès est en vacances en Bretagne, passionnée de kayak de mer, elle va en profiter pour pagayer un maximum.

La soirée passe vite, au fil des nombreuses anecdotes que nous relate Armel.
Finalement, nous n’avons pas décidé de notre destination de demain. On verra ça quand il fera jour.

Pendant la longue ligne droite de cette journée de dimanche, j’ai travaillé les appels. Jean Marc Terrade m’a fait remarqué que lors des appels ma pagaie était tellement oblique que mes appels étaient à moitié des appuis, donc peu efficaces. Alors, je bosse. Je répète encore et encore, et puis je m’amuse de voir que ça va mieux. Avant, quand je faisais des appels, les gouttes d’eau me tombaient sur la tête, maintenant c’est surement beaucoup plus vertical, car les gouttes me tombent sur l’épaule ou le bras.

Comme nous avons eu du vent de face toute la traversée, les appels avant fonctionnaient au poil pour rectifier ma trajectoire. Par vent de face, on utilise les appels avants, par vent arrière on utilise les appels arrières.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 17 juillet, pause à l'île d'Yorc'h.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 17 juillet, pause à l’île d’Yorc’h.

île Wrac’h – Lampaul-Plouarzel
Lundi 17, nous partons pour Lampaul-Plouarzel vers midi. Pour la première fois, le vent est avec nous. Les courants aussi. Nous pagayons d’abord vers le phare de Corn Carhaix, puis prenons un cap au 180°. Ce cap au sud annonce que nous allons bientôt quitter la Manche, pour entrer en mer d’Iroise.

De temps en temps, une houle plus marquée, lance nos kayaks pour un petit surf. Aujourd’hui, je profite de la traversée pour travailler la gîte, afin de mieux diriger mon bateau.

Nous faisons une pause sur la jolie et minuscule plage sud est de l’île d’Yorc’h. Erwan a cassé sa dérive, Didier a cassé un cale pied et j’ai plein d’eau dans le caisson de jour. Une vague y a déferlé alors que ma trappe de jour était ouverte pour y prendre ma vache à eau. Tous, nous nous affairons.

Puis c’est la ligne vers Lampaul. Nous débarquons à la plage de Porspaul. On porte les bateaux, puis montons le bivouac, pas bien loin des douches du terrain dédié aux camping-cars.

Dans la soirée, Elodie, une amie chère de kayakistesdemer.org, nous amène des rafraichissements et nous verrons encore comme le monde du kayak de mer est un petit village, où les nouvelles vont vite.

Demain nous espérons relier la pointe de Dinan et sa plage de galets.
Ce soir, le vent souffle à 4 Bft, mon tipi fait un potin du diable. Mais je me suis tellement dépensé cette après midi, que je m’endors paisiblement, en ignorant royalement le boucan du vent.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 18 juillet, les roches du Corbin.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 18 juillet, les roches du Corbin.

Lampaul-Plouarzel – Crozon
Mardi 18, c’est extraordinaire tout ce que j’apprends pendant ce tour de Bretagne. J’apprends de mes compagnons et j’apprends de chaque imprévu rencontré.

La navigation d’aujourd’hui était magnifique. Nous nous attendions à de la pluie et à du 4 Bft. Nous avons eu du soleil, un peu de pétole et trois malheureuses gouttes de pluie !

Aujourd’hui, nous allons de Porspaul à la pointe de Dinan. En faisant l’impasse sur Molène, nous rattrapons la journée de retard occasionnée par notre choix de réduire à 15 MN les 4 premières étapes de notre tour de Bretagne.

Nous changeons de mer aujourd’hui.
En franchissant la pointe de Corsen, nous passons de la Manche à la mer d’Iroise. Le passage de la pointe de Corsen, nous a permis de faire un peu de rase cailloux, Didier et moi aimons bien ça.

Ça m’a fait plaisir de passer Kermorvan et le Conquet, j’y ai habité 8 ans et nous avons souvent arpenté les chemins de douanier en famille. Des images de mes enfants et de mon épouse reviennent à mon esprit.

Nous déjeunons sur la petite plage, tout juste après le moulin du Goazel, c’est la dernière avant la pointe Saint Mathieu. Nous faisons là un pique-nique de rêve. Á nos pieds, une eau pure et limpide. Sur nos têtes, le soleil. Devant nous, les roches fortes, aux couleurs variées.
1h20 de pause qui fut un pur délice.

Ensuite, nous relions Saint-Mathieu à la pointe de Dinan, en passant par les Tas de Pois.

Comme je vois la foudre tomber au loin et que j’ai des pagaies en carbone, je demande par prudence à Pascal de me prêter une de ses pagaies groenlandaise en bois. Très gentiment, Pascal me prête une de ses belles pagaies. Je vois que je m’adapte très facilement au changement de pagaie. Ce qui me fait m’interroger, et là, je comprends que depuis le début du tour de Bretagne, je ne croise plus mes pagaies. Ce qui fait que je m’adapte bien à la pagaie groenlandaise. J’avance aussi vite qu’avec mes Werner en carbone, et il me semble bien que je pagaie avec plus de facilité.

La plage que nous a choisi Didier est superbe. C’est pour moi l’occasion de monter mon tipi, pour la première fois sur les galets et, … ça se passe très bien.

Le soir, tous les cinq, nous parlons à cœur ouvert, chacun dit une part qui compte de son histoire et nous savons que nous avons passé un cap qui nous a permis de partager avec les autres des épisodes qui ont compté dans nos vies.

A la fin de la veillée, les stocks de bières et de whisky sont tombés à zéro, alors que les liens qui nous réunissent se sont renforcés.
Vive le kayak ! comme dit Jean Drouglazet.

Il me revient que cette après midi, lors de notre traversée, nous avons rencontré une compagnie de grands dauphins devant la pointe des Renards.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 19 juillet, passage sous l'arche du Château de Dinan.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 19 juillet, passage sous l’arche du Château de Dinan.

Crozon – Cléden-Cap-Sizun
Mercredi 19, ce matin, nous montons sur la falaise pour aller déposer notre sac de déchets aux poubelles du camping de Goulien. Sur le chemin du GR34, la vue est splendide. La lande et la bruyère abondent.

Vers 11h, nous prenons un solide repas avant la navigation. Nous partons à 12h35 avec un 4 Bft de face. La dureté de la traversée nous fait raisonnablement abandonner l’idée d’aller ce soir à Sein.

Nous connaissons aujourd’hui notre navigation la plus physique et la plus dure. 6 heures de pagayage avec un 4 Bft de face. 4 Bft auquel s’ajoutent de fréquentes rafales à 5. Ce vent contraire fait chuter notre vitesse d’un nœud. Nous descendons à un petit 2 nœuds de moyenne.

De temps en temps, j’aime bien varier le rythme de l’effort, donner mon maximum. Dans la dernière demie-heure, je prends deux barres de pâte d’amande, de l’eau, et j’accélère franchement. Chaque geste est soutenu. Cette nouvelle intensité me donne du plaisir et j’arrive à maintenir l’effort jusqu’au moment où je rejoins la pointe de Brézellec. Ce n’est qu’à quelques petits mètres des hautes falaises que je trouverai enfin l’abri du vent de sud ouest.
J’attendrai une dizaine de minutes mes compagnons de navigation et, ensemble, nous rejoindrons la cale de Théolen, toute proche.

La buvette sera notre lieu de réconfort. Un client nous inquiète en parlant de vent encore plus fort pour demain et le surlendemain. Mais, nous sommes décidés à passer la pointe du Raz demain. Si un force 7 approche, nous préférons nous abriter à Plouhinec, en attendant que le temps s’apaise, plutôt que d’attendre ici à Théolen.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, traversée de la baie des Trépassés.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, traversée de la baie des Trépassés.

Cléden-Cap-Sizun – Plouhinec
Jeudi 20, comme je vous le disais, hier soir, un client, de la bien utile Buvette de Théolen, nous annonçait un vent de 40 à 60 km/h. Nous ne savons pas si nous pourrons atteindre Plouhinec dans la journée.

Alors que nous préparons nos kayaks, je vois la houle qui déferle. Je pourrais compter les secondes pour repérer le rythme de la houle et identifier les séries fortes. Mais je préfère ne pas le faire, même si cela peut être utile, je trouve que c’est un peu anxiogène. Et puis, d’ici 15 minutes le rythme peut changer.

Ça y est, nous descendons le premier kayak de mer sur la plage, puis, un à un, les autres. En cours de route, il faut en remonter 3, car l’eau monte vite.

Je pars en deuxième position, après Erwan. Je le suis, pas trop près en cas de soucis. Une fois sorti de la zone houleuse, je me tourne vers la plage, tant pour être prêt à aider un compagnon que pour faire des photos.
Quand, tous les 5, nous sommes à pied d’œuvre, nous faisons route ensemble vers la pointe du Van.

A la pointe du Van, je m’approche du passage étroit, entre la roche et la pointe, curieux de voir si je peux passer. Comme je vois mes collègues contourner la roche par le large, je les rejoins, pour leur éviter tout danger si ils devaient venir à mon secours. Déjà, avant même de passer la pointe du Van, nous voyons le phare de Tévenec. Passé la pointe, nous faisons cap au 180°, direction le sémaphore de la pointe du Raz.

Nous laissons à notre gauche la plage de la baie des Trépassés, vers laquelle galopent, en ligne, les chevaux de la houle. Les surfeurs vont se régaler. La houle d’une période de 9 secondes est haute de 2 à 3 mètres, exceptionnellement 3,5 mètres.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, passage de la pointe du Raz.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, passage de la pointe du Raz.

Nous approchons du Raz avec une heure d’avance. Le vent dur qui était annoncé à la Buvette n’est pas là. Mes compagnons marquent une pause.

C’est Jean-Yves qui nous a mené habilement jusqu’ici. A la fois parce que je veux faire des photos de mes compagnons qui passent le Raz et aussi parce que j’estime qu’il n’est pas bon pour moi de réfléchir devant la difficulté du passage, je m’engage le premier pour passer le Raz.

Je n’ai aucune idée préconçue, je m’efforce d’être attentif à ce que je vois et je corrige ma prédiction de trajet à chaque coup de pagaie en fonction des changements incessants du relief de la mer. Je cherche juste mon passage là où c’est le plus calme. Dans les petites vallées mouvantes que dessinent le vent et la houle, je prends le chemin qui me semble le plus facile. Peu importe si le chemin sinue et ne se dirige pas directement vers le sud.

Finalement, le passage est dans mes cordes et, bientôt, je me retourne pour faire des photos des amis qui passent à leur tour.

Passé le Raz, la houle est plus forte et nos kayaks dansent sur l’eau. Je comprends que si notre passage du Raz était plus calme que le reste de la navigation du jour, c’est parce que la Vieille et ses roches proches, nous protégeaient momentanément de la houle de nord ouest.

La suite de la navigation est bien plus remuante, la houle nous ballote à son gré. Je remarque quand même que la houle est moins forte au large. Je m’écarte donc de la côte. En plus d’une navigation plus facile, la navigation au large, nous donnerait plus de temps pour faire une récupération, avant d’être poussé sur les roches de la côte, si l’un d’entre nous cabanait.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, pause à Porz Loubous.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 20 juillet, pause à Porz Loubous.

Nous passons Bestrée, puis Feunteun Aod. Je propose de faire une pause en mer en faisant un radeau. J’estime que la houle va rendre notre débarquement compliqué et nous donner du stress. Mes amis préfèrent aller dans l’abri de Pors Loubous. Nous y allons tous. Il est difficile de débarquer dans l’abri. Nous faisons notre pause sans débarquer. Nous mangeons et buvons dans nos kayaks. Finalement mes amis ont eu raison : c’est plus sympa de manger dans l’enceinte du port abri que de manger en pleine mer.
Nous repartons. La houle, toujours forte et haute, permet des rencontres rares. J’ai ainsi vu un puffin fuligineux passer à quelques petits mètres de mon embarcation. Le puffin ne m’a vu qu’au dernier moment, tant la houle dresse des petits murs entre nous et les autres.
Puis j’ai vu débouler un groupe de sternes, qui, venant à ma rencontre, est aussi passé tout près.
Ensuite j’ai vu une très jolie scène, comme dans un ralenti de cinéma. Nous étions deux kayakistes sur une crête de houle, côté large, nos trois collègues étant, au même moment, sur la crête voisine, coté côte. Entre nous, comme au creux d’un drap, comme au fond d’une vallée, passe, en sens inverse du notre, un goéland argenté. Il plane et glissant au fond de la vallée qui nous sépare les uns des autres. Abrité par la houle, il remonte la route qui le mènera vers le Raz.

Nous passons la pointe de Lervily et, déjà, c’est le port d’Audierne. Au passage, nous saluons Hugues (Hugues Termeau, moniteur à Plouhinec) et Olivier qui sont en mer sur leurs kayaks. Puis avec quelques derniers surfs, nous gagnons la plage qui borde les bâtiments du club de Canoë Kayak de Plouhinec.
Nous avons la chance d’être invités à dormir dans de vrais lits.

Nous avons passé le Raz avec le soleil, le vent, la houle. La mer avait plusieurs couleurs, dont le turquoise et le diamant. Nous sommes des veinards !

 

Vendredi 21, aujourd’hui, Météo France publie un BMS annonçant du 5 à 6 Bft, passagèrement 7 Bft, une mer forte et des orages en fin de journée. Erwan a malheureusement terminé ses vacances et repart chez lui pour reprendre bientôt le travail. Sa compagnie va nous manquer. Pour lui cette randonnée a un goût de « trop peu ». Erwan aurait aimé continuer avec nous plus longtemps.
Samedi 22, le BMS n’est pas levé. Nous faisons une balade à pied sur la côte nord du cap Sizun.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 23 juillet, départ de la plage Saint Julien à Plouhinec.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 23 juillet, départ de la plage Saint Julien à Plouhinec.

Plouhinec – Penmarc’h
Dimanche 23, nous avons passé 3 nuits chez Jean-Yves et Marie Jo. Ils ont pris soin de nous. Nous sommes reposés et bien dans notre peau. Ce temps, si agréable en leur compagnie, est passé bien vite.

Nous sommes sur la plage de Saint Julien de Plouhinec. Annick et Marie Jo sont là. Robert me donne un coup de main pour quitter la plage. Jean-Yves a maintenant un autre kayak de mer de randonnée, moins rapide, mais bien étanche celui là : son Xplore m.

J’ai un peu mal à l’épaule, rien de méchant, mais par précaution je demande à Pascal si il peut me passer sa pagaie groenlandaise. C’est oui !

Ça va mieux avec cette pagaie, je vais un peu plus vite et je n’ai plus mal du tout.

Je verrai de jeunes fous de Bassan, et puis des puffins fuligineux, en plus des oiseaux marins habituels (cormorans, mouettes, goélands, aigrettes garzettes, hérons …).

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 23 juillet, Didier et Jef contemplatifs, Photo de Pascal Jouneau.
Tour de Bretagne en kayak de mer, juillet, Didier et Jef contemplatifs, Photo de Pascal Jouneau.

Nous nous rapprochons des phares de Penmarc’h, mais la brume tombe et ils deviennent invisibles. Nous suivons le cap quand même (165°) et, bientôt, nous entrons dans la zone un peu plus agitée (déferlantes) qui borde Penmarc’h.

Je demande aux amis de s’arrêter, j’ai besoin d’une petite pause. Nous trouvons un port bien animé à la pointe de Penmarc’h. La station SNSM est ouverte au public, le vieux phare abrite une exposition. Les animations plaisent et les vacanciers affichent le sourire, ignorants superbement la bruine.

Nous reprenons la mer pour 40 minutes. Le temps d’atteindre le camping municipal de Penmarc’h.
Comme nous l’espérions, le responsable nous a réservé un terrain proche de la plage. La bruine cesse et nous commençons une soirée de bivouac paisible et chaleureuse.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 24 juillet, mouillage à Saint-Nicolas des Glénan.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 24 juillet, mouillage à Saint-Nicolas des Glénan.

Penmarc’h – île Cigogne
Lundi 24, ce matin nous partons du camping. Après un long roulage et un bref portage, nous mettons les kayaks à l’eau vers 11h.
Les courants sont peu importants, mais le vent (4 à 5 Bft) est bien présent. Le vent, c’est notre chance, nous pousse vers les Glénan.

Pascal met sa voile « goutte d’eau » et partage ses gains avec Jean-Yves, qu’il remorque pendant une heure. Puis Jean-Yves préfère pagayer et surfer jusqu’à l’arrivée. Je mets ma voile « tape cul », mais je préférerais aussi la pagaie et le surf, au bout de quelques temps.

En premier, l’île aux Moutons devient visible, peu après nous distinguons l’archipel des Glénan, vers lequel nous obliquons.
Nous estimons notre vitesse à 4 nœuds.

Vers 17h30 nous passons le vieux phare du Huic, puis passons, avec tout juste assez d’eau sous les fesses, au sud de l’île Saint Nicolas.

Arrivés au port de Saint Nicolas, nous avons la joie de retrouver Jean qui est venu du continent tout seul. Jean se joint à nous, jusqu’au terme de notre tour de Bretagne, à Larmor-Baden.

Pascal pensait aller bivouaquer à l’île du Loc’h, moi je penchait pour Penfret. Jean propose d’aller à fort Cigogne. Pourquoi pas !

Nous allons donc sur l’île Cigogne et demandons l’hospitalité pour 5 kayakistes qui font le tour de Bretagne. Le chef de l’île répond aussi sec « j’aime bien les kayakistes ». Le sésame a été prononcé et nous permet de passer notre bivouac au sein du fort, parmi les élèves de l’école des Glénans. Les discussions s’engagent, entre les résidents et nous. La soirée est très agréable. Nous apprenons que nous avons des amis communs, comme Hugues Termeau.
Vive le kayak !

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 25 juillet, portage aux Grands Sables, sur l'île de Groix.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 25 juillet, portage aux Grands Sables, sur l’île de Groix.

île Cigogne – île de Groix
Mardi 25, départ des Glénans vers Groix aujourd’hui. Groix sera notre avant dernier bivouac.

La navigation va être une ligne à peu près droite de 28 milles nautique. La ligne va de Cigogne à la plage des Grands Sables de Groix.

Pour plus de confort, je demande encore à Pascal de me prêter sa pagaie groenlandaise.

Aujourd’hui le soleil est là, le vent portant aussi. Nous allons enchainer ds petits surfs pendant 6 heures.

En route vers Groix, je verrais 3 océanites tempête, 4 ou 5 puffins fuligineux et des fous de Bassan et puis un peu des oiseaux qu’on voit souvent en Bretagne.

La pagaie groenlandaise fonctionne bien, je vais aussi vite qu’avec l’européenne, le tout sans me faire mal. Je crois bien que je vais l’adopter comme pagaie principale.

Nous faisons une pause pour manger en mer. Nous avons chacun préparé un petit sac pour nous rassasier à midi.

Groix est presque là maintenant, nous nous rapprochons de la côte.
Nous devinons une entrée de port, alors nous y allons voir de plus près. C’est port Lay. Comme, tout à l’heure, en pissant dans l’écope en mer, j’ai un peu loupé la cible, je profite de la plage pour plonger tout habillé et chasser toute trace de ma maladresse.

Après port Lay, nous reprenons la navigation jusqu’à port Tudy, où nous faisons une longue pause. Courses, coups de téléphone aux proches, et puis un agréable pot à la terrasse d’un café du port. Quelques personnes, intriguées par nos 5 kayaks de mer de randonnée, échangent avec nous.

Vers 20h, nous reprenons les kayaks pour rejoindre la plage des Grands Sables. L’endroit est beau. Quand la nuit tombe, les lumières du continent constituent une ligne jaune et orange qui divise la mer et le ciel.

Le diner est un peu nostalgique, nous savons tous que c’est l’avant dernier. Le rosé et les bières sont les bienvenus. Nous pensons à la belle navigation de demain, mais pas aussi gaiment que d’habitude. Ces 3 semaines ont filé très vite, trop vite.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 26 juillet, arrivée sur l'isthme de Penthiévre.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 26 juillet, arrivée sur l’isthme de Penthiévre.

île de Groix – Penthièvre
Mercredi 26. Ce soir nous bivouaquons dans une sorte de no man’s land, entre la voie ferrée et la mer. Sur l’isthme de Penthièvre. C’est un coin de nature en déréliction (sympa le mot un peu rare, lu chez Michel Tournier il y a 40 ans, je suis content de pouvoir enfin l’employer). Mais le repas que nous venons de prendre et l’humaine bienveillance mutuelle que nous avons abondamment partagée fait que je suis tout content sous la tente, en train de rédiger ces lignes pour remémorer la journée.

Plusieurs des membres de notre groupe on dit vouloir terminer le tour un jour plus tôt. La solution s’impose : on coupe par l’isthme de Penthièvre, gagnant ainsi une douzaine de milles nautiques.

En route nous avons encore vu une océanite tempête et quelques jeunes fous de Bassan.
Aujourd’hui nous avons eu de la brume, du vent et un crachin n°5 de chez Bretagne. Un crachin plus fin que celui que j’ai souvent à Brest. Un crachin subtil, une sorte de brumisateur municipal gratuit.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 26 juillet, joyeux portage à Penthièvre, Photo de Pascal Jouneau.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 26 juillet, joyeux portage à Penthièvre, Photo de Pascal Jouneau.

Notre plaisir d’être ensemble fait de cette journée grise une fête de plus. Et même le long portage, de la plage jusqu’à notre lieu de bivouac, en passant par la route départementale, est l’occasion de partager de bons moments.
Demain ce sera la dernière étape. A Jean-Yves qui nous a dit qu’il redoutait d’avoir un coup de blues, je suggère d’alors regarder la carte pour réfléchir à une belle et prochaine rando. A demain, lecteurs du blog !

 

 

 

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 27 juillet, à l'approche de la pointe de Kerpenhir.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 27 juillet, à l’approche de la pointe de Kerpenhir.

Penthièvre – Larmor-Baden
Jeudi 27 juillet, dernier jour.
Nous nous réveillons, le café n’est pas encore ouvert, mille petites tâches vont nous occuper jusqu’à l’ouverture, dans 45 minutes.

On nettoie les kayaks, couverts d’algues après notre dernier débarquement en surf. Nous faisons sécher les vêtements de kayak, nous dégonflons nos matelas pneumatiques, faisons chauffer de l’eau pour la première boisson chaude. Nous regardons la carte pour la navigation du jour, vidons les tentes et rangeons les tarps, allons voir la plage, du coté baie de Quiberon, pour nous assurer qu’il y aura de la place pour y poser les kayaks tout à l’heure.

Curieusement, la randonnée est une activité de loisir que l’on pratique pour le plaisir. Mais qui ne laisse pas beaucoup de moments libres. Le soir, on s’endort vite après le coucher.

9 heures arrivent, nous allons prendre le petit déjeuner au café. Le patron du Beach Bar est gentil, il nous avait proposé une douche chaude gratuite hier soir, et, ce matin, il nous offre les cafés.

Vers 11h, le bivouac est complétement démonté, il ne reste aucune trace de notre passage. Comme lors de tous nos bivouacs précédents.

Nous commençons à porter les kayaks vers la plage de la baie de Quiberon. La descente de l’escalier est prudente, mais ne pose finalement pas de problème.

A 12 h, nous donnons le premier coup de pagaie, cap au 90°. Nous avançons bien avec le vent arrière. De temps en temps, nous avons droit à quelques petits surfs qui émaillent notre route.

Á la pointe de Kerpenhir, nous déjeunons alors que nos kayaks de mer encordés, montent doucement avec le début du flot.

A 15h45, la renverse à eu lieu, nous rentrons dans le Golfe du Morbihan. Nous faisons un petit stop à la balise des Moutons, mais le jus n’est pas assez fort pour nous permettre de jouer avec les courants et contre-courants. Nous faisons attention aux nombreux voiliers et aux zones ostréicoles. A 17h00, nous débarquons à Larmor-Baden. D’abord, nous vidons les kayaks, puis nous esquimautons. Voila 3 jours que j’utilise exclusivement la pagaie groenlandaise que me prête Pascal. Je tente et je passe un esquimautage de base avec la groenlandaise. Cela suffit à mon contentement. Jean, Jean-Yves et Pascal pratiqueronts des rolls plus sophistiqués et mieux maitrisés.

 

Tour de Bretagne en kayak de mer, 27 juillet, arrivée à Larmor-Baden, Photo de Marie Jo.
Tour de Bretagne en kayak de mer, 27 juillet, arrivée à Larmor-Baden, Photo de Marie Jo.

Ensuite, Marie Jo et Pierre viennent nous chercher avec le fourgon et la remorque du club de Plouhinec. Nous prenons un pot aux « Folies Berder » et puis allons tous diner chez Pascal et Ina.
Notre tour de Bretagne 2017 est fini, mais la vie est belle !

 

 

 

 

 

Jean-Yves Jacq, Didier Bouche, Pascal Jouneau et moi avons parcouru l’intégralité du tour, soit 322 milles nautiques, soit une centaine d’heures de navigation. Le tout en 18 étapes.
Nous avons donné entre 240000 et 360000 coups de pagaie, selon que l’on pagaie à 40 coups par minute, ou à 60 coups par minute.

A part l’étape de départ et l’étape d’arrivée, la plus grande partie des étapes n’étaient pas prévues comme cela. Chaque jour, nous nous sommes adaptés à la météo et aux distances, selon notre condition physique et selon nos envies communes.

Dave Adamson s’est joint à nous de Cancale à Beg an Fry. Erwan Roudaut nous a rejoint de l’île Wrac’h jusqu’à Plouhinec. Jean Drouglazet est parti seul de Mousterlin, pour se joindre à nous, de Saint-Nicolas de Glénan jusqu’à Larmor-Baden. Armel et Agnès ont passé un bivouac avec nous sur l’île Wrac’h. Élodie est venu passer la soirée avec nous à Porspaul. Les amis du club de Plouhinec ont passé la soirée du 21 juillet avec nous.

Un merci à Fabien de Bekayak, qui s’était proposé de nous assister si nous rencontrions des difficultés avec le matériel.
Nous remercions les amis de kayakistesdemer.org pour les vivres frais qu’ils nous ont offert par l’intermédiaire d’Armel.
Je remercie, au nom de toute notre équipe, Jean-Yves et Marie Joe qui ont été l’âme de ce tour de Bretagne, toujours là pour nous réconforter et nous transporter sur les routes, nous et nos kayaks de mer.

Enfin, merci à Jean-Yves, Pascal, Didier, Dave, Erwan et Jean de m’avoir fait l’honneur de leur belle compagnie,
le têtu que je suis, apprendra peut-être un peu de vous, je l’espère.

 

Bien d’autres kayakistes on fait ce tour, ils le racontent, ou pas.

Historique des tours de Bretagne par Guy Lecointre (article publié dans le bulletin CK/mer de septembre 2004) :

Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 1.
Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 1.
Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 2.
Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 2.
Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 3.
Historique des tours de Bretagne en kayak de mer, par Guy Lecointre, page 3.

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

8 réflexions sur « Grande randonnée en kayak de mer du Tour de Bretagne »

  1. Comme d habitude un super récit, une très très belle aventure. Ta plume fait beaucoup de bien au kayak de mer français. Merci Jeff. Et le whisky c est mieux que la bière !

    1. Bonjour Raphaël,
      comment puis-je répondre à ton message tellement trop gentil ?
      Je réponds que c’est bien encourageant ton petit mot, mais quand même, tu abuses dans les compliments.
      De toutes façons : vive le kayak et les kayakistes !

  2. Bravo les gars ! Merci de partager votre aventure avec les copains et copines. Bon repos.
    Françoise

  3. Merci Jean-François pour ce magnifique partage et ce superbe récit bourré d’anecdotes kayakistes. Une grande et belle expérience humaine, à n’en pas douter. En Bretagne les sentiers de grande randonnée passent aussi par la mer. Félicitations et bravo à tous.

  4. Joli tour, récit sympa, belles photos, merci Jef pour tout ça ! J’imagine les sensations que tout cela laisse dans la tête et dans le corps pour un moment… Le tangage et le parfum d’iode 😉

    1. Bonjour Armelle, j’ai chopé une super forme avec cette belle rando. Mais comme j’ai perdu 2 kilos, je me mets devant la télé avec la bière et les chips, pour faire consciencieusement de la récupération active. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire ! lol
      Vivement samedi, que je remonte dans mon kayak !

      Merci de ton gentil message, j’ai vu que sur ton blog tu parlais de la Sardaigne, je me régale d’avance à l’idée d’aller voir ça.

      1. merci pour ton partage de ta rando j ai passé une bonne partie de l après midi a le regarder merci a toi et encore bravo pour les photos super condition les gars chapeau c est la classe il manque le film

  5. Bonjour Jef,
    Un grand bravo à toi et à toute l’équipe, Jean-Yves, Didier, Pascal et tous les autres, pour ce superbe tour de Bretagne. Une belle aventure entre copains joliment partagée. Merci pour ce récit très agréable à lire.
    Amicalement
    Guy et Véro

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