Récupérations en kayak de mer à la pointe du Raz

Repères pour les kayakistes de mer à la pointe du Raz : Trou de souris, Gorleik, Trouz Yar, Gorle Greiz, La Vieille, La Plate.
Repères pour les kayakistes de mer à la pointe du Raz : Trou de souris, Gorleik, Trouz Yar, Gorle Greiz, La Vieille, La Plate.
Armel joue en kayak de mer dans le Raz de Sein.
Armel joue en kayak de mer dans le Raz de Sein.

Samedi 5 août, Armel et moi co-voiturons vers le Cap Sizun. Un Pilgrim et un Romany Sport PE sont sur le toit du fourgon d’Armel.
Suite à ma demande, Samuel Debiesse, l’un des moniteurs du Centre Nautique de Plouhinec, m’a invité à une sortie du club, objectif : jeux et récupérations à la pointe du Raz.

Les conditions :
Samuel nous avait choisi des conditions idéales : début de marée montante par petit coefficient de 57, avec une houle de 1,5 mètre, s’affaiblissant à 1 mètre. Il y avait un peu de vent, du 5 Bft mollissant à 3 Bft. Vent dont l’impact se ressentait surtout en terme de température et non en gêne pour la navigation ou le jeu. Le coefficient de 57, occasionnait de larges zones d’abri, et pas, ou peu, de zones de cisaillement.
D’excellentes conditions pour une sortie engagée, mais plutôt facile pour des habitués de la « salle de jeu ».

Romany Sport PE, fabriqué par SKUK. Photo : Bekayak.
Romany Sport

La difficulté :
Concernant la difficulté de la navigation, elle est la conséquence de 3 éléments qui se conjuguent :
– le coefficient (sage sous les 60, moyen dans les 75, sauvage et fort au dessus de 90). Plus le coefficient est fort, plus le courant est puissant, plus les zones d’abri que sont les contre-courants sont petites. Les zones de cisaillement qui se situent entre les courants et contre-courants deviennent très agitées quand le coefficient est fort.
– la houle (1,5 mètre c’est déjà pas mal, plus c’est fort)
– le vent (nous avions du 5 Bft de nord ouest au début, vers 10h00. Le vent n’a cessé de mollir ensuite, jusqu’à un gros 3 Bft à la fin, à 13h00).

La sécurité :
Ce samedi matin là, nous ferions exprès de cabaner à la pointe du Raz, pour nous entrainer aux récupérations. Cela impliquerait que, de la côte, les nombreux promeneurs nous verraient patauger.
Aussi, pour la sécu, Samuel contacte par VHF le sémaphore de la pointe du Raz en arrivant sur zone, puis à nouveau, à la fin, en repartant.
L‘objectif est d’éviter que des passants inquiets n’appellent les secours en voyant des kayakistes en récupérer d’autres qui sont tombés à la mer. En réalité, il n’y a aucun problème, ce sont des accidents simulés, contrôlés. Le fait que Samuel ait prévenu le sémaphore a permis d’éviter que des secours (vedette, zodiac, des fois hélicoptère) soient mobilisés inutilement.

 

C’est parti !
Du point de vue mental, je savais bien que si je voulais profiter de cette sortie, il fallait que je recherche le plaisir, que je sois relax, cool. Malheureusement, mon mental ne suit pas ma volonté et je vois assez vite que je suis enfermé dans des options « profil bas » et « petit joueur ». Options dont je n’arriverai pas à sortir. Sauf, à deux reprises, avec les encouragements d’Armel et Samuel.

La sortie commence par le passage des vagues de la baie des Trépassés, ça se passe bien, ensuite il y a le clapot et enfin l’arrivée à la pointe. Nous sommes gâtés, la visibilité est exceptionnelle, on voit parfaitement Sein et Tévennec. Les trains de vagues du Trouz Yar sont dans la lumière impérieuse du soleil.

Nous sommes 9 au total. Lors de la mise à l’eau, Samuel nous avait déjà invité à constituer 3 groupes de 3. Le groupe auquel j’appartiens est constitué de moi, Emma et Armel.

Pour nous mettre dans le bain, Samuel nous invite tous à faire un petit esquimautage devant Gorleik, avant d’aller jouer. Chouette, ça passe !

 

 

Ensuite, nous allons, chacun à notre tour, dans le train de vagues qui s’installe entre Gorleik et Gorle Greiz. Pendant que les deux autres se tiennent devant Gorleik, près pour une éventuelle récupération.

En ce qui me concerne, j’irai systématiquement où c’est le plus facile, toujours enfermé dans mon optique « profil bas ». Armel y va franchement, il monte et descend toute la zone, la traverse de long en large et il s’amuse bien, je vois sa pointe qui monte, qui descend. Emma s’engage aussi et, moi, le plus vieux, je reste le plus timide. Snif …

 

 

C'est cool, je me fais récupérer par un compagnon du club de Plouhinec.
C’est cool, je me fais récupérer par un compagnon du club de Plouhinec.
Emma récupère Armel qui vient de se jeter à la baille.
Emma récupère Armel qui vient de se jeter à la baille.

Au moment de faire les récups, je me suis d’abord balancé à l’eau pour donner à un compagnon la possibilité de me récupérer, ce qu’il a fait nickel. Tranquille j’ai fait des photos de la récup, on voit mes bottillons sur la photo. Plus tard, c’est Samuel qui est sorti de son bateau pour que je vienne le récupérer. Samuel m’a étonné : quand je lui ai présenté son bateau vidé, il a littéralement bondi de l’eau pour s’assoir parfaitement dans son cockpit, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Quelle aisance !

 

 

 

Retour à la baie des Trépassés.
Retour à la baie des Trépassés.

Petite conclusion :
Bon, les compagnon(e)s de sortie se sont bien amusés. Personnellement, je n’ai pas fait grand chose, mais j’ai été content d’être là avec eux. J’ai quand même pris des repères, vu de mes yeux les trains de vagues, en vrai. Ce qui n’est pas pareil que de regarder des vidéos.

Bien sûr, j’ai envie d’y retourner et d’être moins sur la réserve cette prochaine fois. J’ai déjà une petite mise au point à faire vis à vis de moi-même : « Jef, mon garçon, ce n’est pas bien de rester comme ça dans ton coin, faut t’amuser un peu plus avec les autres ! »

 

En bonus, une vidéo du club de Plouhinec, Samuel et Hugues dans le Raz-de-Sein:

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Récupérations en kayak de mer à la pointe du Raz »

  1. Très intéressant ! Je suis ravie que tu parles du côté psy de l’exercice. On parle beaucoup de technique, moins du mental. Or c’est à travailler, mais il ne suffit pas de se dire, bon aller, j’y vais, ça ne craint pas. Le psy est plus compliqué. D’ailleurs les grands compétiteurs, quelle que soit la discipline, ont un préparateur mental. Si tu trouves comment faire évoluer ton psychisme, donne-moi la recette ! J’y travaille, mais les progrès sont lents…

    1. Bonjour Nath, mon épouse fait du Qi gong, elle m’a dit que lors de négociations syndicales, cela avait accru sensiblement sa force mentale. Vers 18 ans, j’ai fait du yoga et mon entourage me disait que j’étais plus équilibré.

      Je commence à voir les inconvénients que mes petits comportements négatifs de tous les jours ont sur ma capacité à réagir au stress.
      Si je me laisse aller à mon coté ronchon, si je me plains des petits tracas, si je fais preuve d’égoïsme (c’est à dire si je pense plus à moi qu’à autre chose), mes capacités de résistance au stress vont être limités.
      Si je mange sans savourer les aliments, sans curiosité, cela aussi va me limiter, du moins je le crois.

      Il y a le travail du contrôle de soi à travers une discipline ou les conseils d’un préparateur mental. Et puis il peut y avoir la réflexion sur nos pensées et nos comportements quotidiens et leurs conséquences en termes d’ouverture à l’imprévu ou, au contraire, en rejet de l’imprévu. Voila où j’en suis à ce sujet.

      J’ai vu que je peux fermer la porte à la peur en occupant mon esprit, je l’ai déjà fait et cela devient un réflexe, presque préventif maintenant. La première fois que j’ai fermé cette porte en kayak, c’était lors d’un passage de pointe à la Trinité-sur-Mer, j’étais seul et j’ai eu peur pour moi, il y avait des déferlantes. Alors je me suis mis à chanter en pagayant, et, en quelques petites secondes, j’ai recouvré mon sang froid, j’analysais la situation avec objectivité et je comprenais simplement que, si je ne m’approchais pas de la pointe, je ne courrais aucun danger.

  2. Bonjour Jeff,
    j’ai bien apprecié, et avec envie bien sur, ta sortie dans cet endroit mythique ( sourire)…je pense que nous avons à peu prés le même age et que tout comme toi j’ai parfois/souvent des reticences à m’engager à fond, sans doute pour les mêmes raisons que toi. Ca me fait plaisir de lire un tel CR. j’ai navigué en mai en Bretagne avec Camino et nous avons eu derriere les glenans des conditions de mer un peu hard avec deferlantes t jolie houle et j’avoue que j’etais plus que stressé alors que l’on ne nous aurait pas amené la bas si le risque etait grand…on y arrive en serrant les fesses et apres on est tout content. J’aurais adore être avec vous sur ce spot!!!!!merci pour ton CR

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