Comment et où bivouaquer lors de nos randonnées en kayak de mer

Lors de nos randonnées en kayak de mer, quand approche la nuit, il nous faut trouver un lieu de bivouac. Il est prévu de longue date ou choisi au dernier moment.

Avant d’aller plus loin, il nous faut d’abord distinguer clairement bivouac et camping sauvage.
– Bivouaquer, c’est s’arrêter sur un terrain pour passer la nuit, entre le coucher et le lever du soleil. Le bivouac est toléré en France, la tolérance allant de 19h à 9h.
– Camper de façon sauvage, c’est s’installer pour plus longtemps qu’une nuit. Le camping sauvage est interdit en France.
Source : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2058

Les lieux les plus adaptés au bivouac lors de nos randonnées en kayak de mer, sont l’estran et les terrains communaux voisins de l’estran, aussi les campings situés en bord de mer, mais qui demandent parfois des roulages ou portages conséquents. On peut aussi réserver une chambre en auberge de jeunesse, certaines sont en bord de mer.

Choix du terrain de bivouac d’après les cartes, ou à vue :

le terrain de bivouac étant en hauteur on laisse les kayaks de mer sur la cale
le terrain de bivouac étant en hauteur on laisse les kayaks de mer sur la cale

– en général on cherche un terrain situé quelques mètres au dessus des marées hautes. Pas plus de quelques mètres, pour ne pas avoir à monter une longue pente avec des kayaks chargés. Si le terrain de bivouac est a plus de 5 mètres au dessus de l’estran ; en général, on laisse les kayaks sur l’estran, ou sur la cale, et on part avec le matériel de bivouac sur le terrain communal situé plus haut. En cas de doute sur la tranquillité du lieu, un ou deux kayakistes restent à proximité des kayaks, pour dissuader d’éventuelles dégradations (je ne l’ai jamais constaté, mais certains le redoutent).

Bivouac en kayak de mer sur l'estran - Photo de Dominique
Bivouac en kayak de mer sur l’estran – Photo de Dominique

– On recherche aussi, si possible, un terrain protégé du vent du jour. De ce point de vue, les îles ont souvent plusieurs plages et peuvent offrir un abri idéal, quelque soit l’orientation du vent. Sur le continent l’offre d’orientation est moins grande que sur les îles, mais on va également rechercher la meilleure protection par rapport au vent du jour. Cette recherche par rapport au vent du jour va être le second déterminant du choix du lieu de bivouac.
– En troisième lieu les différentes options de confort seront prises en compte : comme une bonne exposition au soleil, un paysage agréable, des points d’eau et des commerces alimentaires à proximité.

Choix d’un lieu de débarquement permettant d’accéder au terrain du bivouac :
le premier critère de choix d’un lieu de débarquement va être la sécurité du débarquement lui même. Les plages pentues exposées à la houle, sont des plages à shore-break. Le shore-break est un danger majeur. On parle de shore-break quand la forte pente de la côte provoque le déferlement vertical de la vague au moment où la vague atteint le bord. Le déferlement vertical du rouleau sur le bord d’une côte à forte pente, là ou il n’y a plus de fond, amène l’eau qui chute à repartir vers le large, créant un mouvement rotatif qui peut éventuellement charrier les pierres ou galets présents au sol. Ces pierres ou galets qui montent et descendent dans le shore-break peuvent nous rompre les os. Ces plages à shore-break sont extrêmement dangereuses, qu’elles soient exposées à la houle ou susceptibles d’être exposées à la houle le lendemain matin, au moment du départ. Même si les rouleaux du shore-break ne charrient pas forcement des pierres, le seul poids d’une vague haute qui vous plaque brusquement au sol, peut briser votre kayak et vos vertèbres cervicales. La même déferlante loin du bord n’est pas dangereuse car nous sommes seulement « enfoncé » dans l’eau et non pas « martelé » contre le sol.

Arrivée au bivouac sur une plage en pente douce
Arrivée au bivouac sur une plage en pente douce

Quand la houle est présente, ou risque de l’être le lendemain, les kayakistes prudents que nous sommes allons rechercher les plages abritées de la houle, ou bien les plages exposées à la houle mais offrant une pente la plus douce possible, afin que les vagues qui s’y brisent ne soient pas assez hautes pour être dangereuses.
La pente des plages peut se déduire d’après la lecture des cartes marines, en fonction des courbes de niveau de la côte et des lignes de sonde des fonds. Si la côte monte vite en altitude et que les lignes de sonde sont profondes près de la côte ; il y a une certitude de plage pentue et donc une certitude de shore-break en cas de houle.
C’est là que la météo est essentielle à la sécurité de nos randonnées en kayak de mer. La houle est annoncée et quantifiée précisément dans les bulletins côte de Météo France. La hauteur de la houle est indiquée précisément par pas de 50 cm et l’état de la mer (indiquant la hauteur des vagues) est indiqué d’après l’échelle de Douglas. C’est donc d’après le bulletin météo du jour et celui, annoncé, du lendemain que nous allons pouvoir choisir un lieu de bivouac où nous pourrons arriver le soir et dont nous pourrons repartir en toute sécurité le lendemain.
Si vous voyez qu’une zone entière est susceptible d’être rendue dangereuse par l’arrivée de la houle et que vous vous y trouvez déjà, le plus sage est de rester à terre, jusqu’à ce que cette houle s’apaise, rendant l’embarquement à nouveau possible. Des fois il faut attendre plusieurs jours. La houle en mer ne présente pas de danger pour les kayakistes, c’est uniquement quand la houle se heurte à un obstacle, comme un haut-fond, un récif, ou une côte que les vagues de houle se mettent à déferler, devenant dangereuses si elles peuvent nous plaquer sur l’obstacle.

Jef avec l'Aquanaut Club de Valley.
Jef avec l’Aquanaut Club de Valley.

En vue de pourvoir débarquer sur des plages exposées à la houle mais qui ne présentent pas de risque de shore-break, il est nécessaire de s’entraîner au surf.
– Si on sait surfer, l’arrivée sur la plage devient un plaisir ludique.
– Si on ne sait pas surfer, la meilleure solution consiste à suivre, comme son ombre, exactement à la même vitesse et jusqu’au rivage, une vague qui se forme. Cela garanti de ne pas être poussé, dans on ne sait quelle direction, par la vague suivante.
– L’autre possibilité est de faire face aux déferlantes et de progresser en marche arrière, vers la plage, entre chaque déferlante. L’avantage de cette approche en marche arrière est double : on voit le rouleau arriver et on est en position de force pour avancer vers le rouleau avec le maximum de puissance, afin de ne pas se laisser emporter par lui.

La sécurité des hommes et du matériel au moment du débarquement en kayak de mer.
– Dans tous les cas n’oubliez pas de remonter complètement votre dérive avant d’entamer l’approche de la plage, sinon au moment de l’atterrissage, la dérive rentre brusquement dans son puits et votre câble de dérive est plié rendant la dérive inutilisable. Pareil pour l’éventuel gouvernail, il faut le remonter soigneusement avant d’atterrir.

Quelque soit notre préférence sur la façon de gérer le débarquement (surf ou pas surf, marche arrière), la présence de vagues sur le lieu de débarquement demande de prendre une décision et ensuite de s’y tenir. Cela pour ne pas arriver en travers, la tête en bas, ou nageant à coté de son kayak.
Quand on ne sait pas encore surfer et qu’on ne colle pas au train d’une vague qui vous précède vers la plage ; il arrive que la vague suivante vous rattrape et vous retourne, si les esquimautages ne passent pas, on décide alors de déjuper et de sortir du kayak. A la suite de quoi on se retrouve sur la plage avec un kayak de mer de randonnée chargé et dont le cockpit est rempli d’eau, d’algues et de sable. Cela m’est arrivé plusieurs fois lors de mes premières randonnées et, là, j’ai beau être un gars légèrement obtus, j’ai parfaitement compris la nécessité de faire le choix de surfer, ou pas, quand j’arrive sur une plage en présence de vagues de houle. Attention au kayak de mer rempli d’eau, un cockpit de kayak de mer de randonnée a en moyenne un volume de 150 litres. Basculer un kayak rempli d’eau, qui colle au sable, pour le vider, peut faire mal au dos (j’en ai fait la douloureuse expérience une fois et on ne m’y reprendra plus). Le plus sage est de pomper ou d’écoper la majeure partie de l’eau avant de retourner le kayak à plusieurs, pour finir de le vider de son eau.

J’oubliais :
– si il y a des baigneurs ou surfeurs sur la plage, faites encore plus attention, les pointes de kayaks entraînés à pleine vitesse peuvent blesser très dangereusement.
– Toujours dans ce registre, quand le débarquement est délicat, on ne débarque pas ensemble, mais chacun à son tour. En général, c’est le plus expérimenté qui débarque en premier. Une fois son kayak sorti de l’eau, le plus expérimenté accueille le suivant, il maintient le kayak de celui qui débarque dans l’axe des vagues, le temps que son occupant sorte du kayak. Ensuite tous les deux accueillent les suivants l’un maintenant la pointe avant du kayak qui est arrivé sur le sable, l’autre maintenant la pointe arrière. Le but est d’empêcher que le kayak soit pivoté par une vague, mis de travers puis renversé, alors que son occupant est en train de sortir du cockpit.
– Quand on tient son kayak encore dans l’eau, il faut toujours placer le kayak du côté plage alors que le kayakiste dans l’eau se tient du côté large, cela pour ne pas prendre un coup de kayak chargé dans les jambes.
J’ai pris mon kayak dans le genou à l’embarquement sur la plage de Berthaume, alors qu’il y avait des vagues de 40 cm. Je me tenais entre la plage et le kayak. Sur le moment la douleur a été vive et la gêne au genou, qui s’en est suivi, n’est passé qu’au bout de deux ans. Vous vous demandez comment une vague de 40 cm poussant mon kayak a pu me blesser au genou ? C’est que ne voyant pas de danger, j’étais parti pisser, laissant mon kayak flotter tout seul sur l’eau. Quand je suis revenu pour embarquer, je n’ai pas vu que mon kayak avait été a moitié rempli d’eau par les vaguelettes, c’est donc une petite vague de 40 cm, mais qui poussait un kayak de 90 kg, qui m’a alors blessé au genou. Encore une petite leçon apprise en mer et qui rend humble.

1/ Comment bivouaquer sur l’estran lors de nos randonnées en kayak de mer en Bretagne :
La solution basique que retiennent les kayakistes en randonnée en mer est de camper sur l’estran. En terme de sécurité et de gestion de l’effort, c’est la meilleure solution, parce que le portage est très fatiguant avec des kayaks de randonnée chargés. Lors de grandes randonnées en autonomie d’une semaine ou plus nos kayaks de 25 kilos, chargés de 50 kilos de matériels et vivres totalisent jusqu’à 75 kilos par kayak. Si on veut conserver son dos longtemps et en bon état, c’est bien de prévoir un ou plusieurs chariots pour rouler les kayaks plutot que de les porter.
L’estran, c’est la zone de balancement des marées. En France l’estran appartient au domaine public, aucun propriétaire ne peut vous expulser de l’estran. Par contre nous avons le devoir d’être très discrets et respectueux des lieux qui nous accueillent, cela veut dire, entre autres, que nous montons la tente au coucher du soleil et que nous la démontons dès le lever du soleil.
L’estran étant totalement recouvert aux plus fortes marées de vives-eaux (coefficients de marées de 120), il faut préférer les terrains communaux voisins de l’estran ou les campings lors des marées de vives-eaux (marées dont les coefficients varient entre 95 et 120). Pour repérer les dates favorables (marées de coefficients inférieurs à 95) pour bivouaquer sur l’estran en Bretagne, voyez ce calendrier http://maree.info/82/calendrier . Les zones en rouge sont à éviter si vous voulez être sûr qu’il reste un bout d’estran pour planter la tente ou le tarp pour la nuit.

Attention, certains estrans sont interdits au débarquement aux périodes de nidification.
Voyez les cartes détaillées des zones protégées de Bretagne sur cette page : La bonne pratique du bivouac en kayak de mer et Réglementation de l’accès aux îles de Bretagne.
Pour notre tour de Bretagne en juillet 2017, nous avions choisi une période de 20 jours avec des coefficients au dessous de 80, ce qui nous laissait beaucoup de choix pour bivouaquer, souvent notre lieu de bivouac a été choisi la veille au soir, voire en cours de navigation.

En annexe, voyez l’article Réglementation du kayak de mer en France.

Qu’est-ce que l’estran ? Définition :
En France, l’estran appartient au domaine public maritime. Il peut être concédé (autorisation d’occupation temporaire, concession d’utilisation) pour des usages privés (conchyliculture, mouillage, câbles…), mais pour des durées limitées ; ces concessions n’entraînent pas de transfert de propriété de l’estran et peuvent faire l’objet de redevances annuelles dues à l’État pour cette occupation. Dans ce domaine public, aucune construction même saisonnière ne peut se faire sans autorisation préalable par un service de l’État au-delà d’une utilisation supérieure à la journée, et cette occupation impose la protection des lieux, le respect de l’environnement (propreté) et la restauration des lieux en l’état initial. De plus, certaines utilisations non construites peuvent être interdites par arrêté préfectoral, telles que le campement, l’allumage de feux, la pêche ou la chasse, la cueillette ou les plantations, le creusement du sous-sol, la prospection et le pompage des eaux, l’usage de certains véhicules motorisés ou non, l’accès par des animaux domestiques ou le traitement des sols.
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Estran

Qu’est-ce que le Domaine Public Maritime (DPM) ? Définition :
En France, le DPM naturel est constitué :
– du sol et du sous-sol de la mer, compris entre la limite haute du rivage (c’est-à-dire celle des plus hautes mers), et la limite, côté large, de la mer territoriale ;
– des étangs salés en communication directe, naturelle et permanente avec la mer ;
– des lais et relais de la mer ;
– des parties non aliénées de la zone dite « des cinquante pas géométriques » dans les départements d’outre-mer depuis la loi du 3 janvier 1986 (« loi littoral »).
– Le DPM artificiel est composé des équipements et installations portuaires, ainsi que des ouvrages et installations relatifs à la sécurité et la facilité de la navigation maritime.
Source : https://www.premar-atlantique.gouv.fr/intervenir/domaine-public-maritime-dpm.html

2/ Bivouaquer en camping municipal ou privé lors de vos randonnées en kayak de mer en Bretagne en saison (du 15 mars au 15 septembre) :
Les places de camping sont à réserver à l’avance, mais heureusement, il arrive qu’on trouve un emplacement libre pour sa tente au dernier moment :
Le camping municipal de l’île Molène, près de la Cale Charcot, les campings municipaux de l’île de Batz et de Penmarc’h, proches de la plage sont très pratiques.
http://www.camping-municipal.org/bretagne-camping-municipal.htm
Les campings privés proche de la plage, comme le camping de Trez Rouz à Crozon, sont pratiques.

3/ Comment dormir en auberges de jeunesse lors de nos randonnées en kayak de mer en Bretagne :
Les chambres dans les auberges de jeunesse sont à réserver à l’avance, mais heureusement, il arrive qu’on en trouve au dernier moment :
l’auberge de jeunesse de Port-Picain est très pratique pour randonner sur la côte aux alentours de Cancale, parce qu’elle est en bord de mer, face à une crique protégée.
Un peu plus chères, les Auberges de jeunesse offrent l’avantage d’être ouvertes toute l’année :
Bretagne : http://www.unat-bretagne.asso.fr/hebergements/auberge-de-jeunesse/
Bretagne : http://www.fuaj.org/-Bretagne-
Bretagne : http://www.tourismebretagne.com/sejourner/auberges-de-jeunesse

 

Petite conclusion
Ne soyez pas inquiets de tous les dangers que je vous détaille ici. On dit qu’en général les accidents arrivent aux kayakistes moyennement expérimentés, ils sont rendus intrépides par leur petit savoir et font des conneries. Les débutants ont une sainte trouille qui les protègent heureusement de faire des conneries et quand aux kayakistes expérimentés, ils ont appris à être humble et prudents.

Randonnée en kayak de mer dans l'archipel de Glénan au soleil, par mer lisse comme un miroir
Randonnée en kayak de mer dans l’archipel de Glénan au soleil, par mer lisse comme un miroir

Et puis, les randonnées en kayak de mer avec le soleil, sans vent, ni houle, par mer d’huile, avec atterrissage facile sur des plages à pente douce et sable blanc, c’est un bonheur qu’on trouve assez facilement en Bretagne.

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Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Comment et où bivouaquer lors de nos randonnées en kayak de mer »

  1. Merci Jef,
    Tout y est !
    Prochain article – navigation de nuit- quand on n’a pas trouvé de lieu de bivouac ?

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