Esquimautage groenlandais en kayak de mer avec Yann Guillou

Il y a quelques jours, Yann Guillou prévenait par courriel les adhérents d’AKG-Oratarnek de venir bien équipés, car la mer commence à être froide en cette fin novembre.

En avant pour les esquimautages groenlandais en kayak de mer à Larmor-Baden
En avant pour les esquimautages groenlandais en kayak de mer à Larmor-Baden

A la maison, je prépare le tuiliq et la polaire qui va en dessous. Je mets soigneusement ma pagaie groenlandaise dans une grande chaussette, pour qu’au retour elle ne mouille pas d’eau de mer les sièges de ma voiture. Pour le kayak, je ferai avec ce que j’ai, je n’ai pas de kayak groenlandais, j’amène mon Xplore-L.

En roulant vers Larmor-Baden, j’entame dans ma petite tête le blues de la pagaie bleue qui veut devenir pagaie rouge et qui voit que ce n’est pas facile. Je réfléchis à la barrière mentale que j’ai rencontré 3 fois en kayak de mer un peu engagé depuis le mois de juin. D’abord, lors du stage pagaie rouge avec Jean Marc Terrade, puis lors de la session récupération au raz de Sein avec Samuel Debiesse et puis lors d’une sortie le 4 novembre ayant pour programme le vent contre le courant dans le chenal du Four, par coefficient de 104, avec Nico et Arne. L’examen de passage, devant jury, de la pagaie rouge randonnée mer, doit avoir lieu en février 2018.

Les 3 fois, j’ai eu des difficultés à faire des esquimautages que pourtant je suis entraîné à « passer » 10 fois de suite sans soucis sur mer belle ou peu agitée. Mais la peur, la pensée que je ne suis pas capable de naviguer dans les moyennes déferlantes d’une mer agitée ou très agitée me mine le moral. Mon esprit, puis mon corps, rapetissent, rabougrissent. J’ai une posture fermée, toute repliée sur moi-même. Une posture incompatible avec l’esquimautage groenlandais qui utilise la flottabilité du corps allongé sur l’eau. Dommage, à chacune de ces trois occasions, j’étais entouré de supers moniteurs, j’étais en pleine sécurité. Au moindre bain j’aurai été sorti d’affaire vite fait. Même si je n’avais réellement pas le niveau, je n’étais pas en danger et je pouvais me dépasser grâce à l’appui que les expérimentés qui m’entouraient m’offraient de bon cœur. D’ailleurs, lors de ces 3 séances, je ne me suis pas fait mal, je n’ai pas eu froid, je n’ai même pas rayé le gel coat de mon kayak.

En réfléchissant un peu plus, je prends conscience que j’ai connu les mêmes limitations mentales dans mon métier de musicien. J’arrive à dominer mon trac (la trouille en langage d’artiste) lors des concerts, parce qu’il arrive bien un moment du concert où je finis par oublier la pression pour ne plus être que dans le plaisir du jeu. Mes meilleurs concerts furent ceux où j’oubliais complétement que je jouais en public, je jouais à point c’est tout. Tout à mon affaire et à rien d’autre. Un concert ça dure une heure et on s’arrange pour mettre les pièces faciles au début, ce qui permet de commencer en douceur. Mais je n’arrivais pas à oublier la pression lors de certains des concours internationaux que j’ai passé dans les années 80. Je me rappelle bien les passages devant les jurys, je jouais sans plaisir et sans âme une espèce de musique en boite de conserve et, bien sûr, j’échouais. Ce qui est particulièrement intéressant dans mes souvenirs, c’est que je me rappelle parfaitement avoir passé un de ces concours en jouant de la musique aseptisée, de la musique morte, sans émotion, sans vie. Et puis, à peine passé mon tour, alors que je m’ennuie un peu en attendant les résultats, je prends ma guitare pour passer le temps. Je joue un prélude et presto de Bach. Et tout à coup, surprise ! La pression du concours est tombée et, de nouveau, je joue avec des émotions, avec de la musicalité, je fais de belles phrases, ma musique respire, les notes vibrent, les motifs se répondent et je retrouve le grand plaisir de jouer avec les sons. C’est la pression que je me suis mis tout seul qui m’a interdit de faire de la musique lors de mon passage devant le jury du concours. De même que c’est la pression que je me suis mis tous seul, en vue d’une navigation un peu engagée, qui m’empêche de prendre plaisir à faire du kayak dans l’eau qui bouge.

Va falloir travailler mon mental, peut-être demander de l’aide à une psychologue que je connais, parce que ce serait con que, toute ma vie, je m’impose la même barrière, quoi que j’entreprenne ! Tout ça parce que j’ai un rapport bizarre aux examens ou aux seuils, un truc que je n’arrive pas à comprendre tout seul, encore moins à résoudre tout seul. Pour bien faire, il faut aussi que je me fasse des sorties moins engagées que celles où je bloque, mais plus engagées que celles qui sont habituelles pour moi. Que j’établisse une progression.

Tout récemment, jeudi 23 novembre 2017, j’ai vu un documentaire de l’émission « Envoyé spécial » d’Élise Lucet qui me laisse entrevoir une piste pour, au moins, pouvoir dominer mon stress. Le premier reportage, intitulé « Que la force soit avec vous ! » présentait la méthode de Wim Hof. Méthode qui consiste à maîtriser son stress par le biais d’exercices respiratoires, conjugués à la pratique d’exercices d’étirement et de musculation, à une exposition au froid et à une pratique de la méditation.

Bon, après toutes ces apartés sur mes difficultés du moment, je reviens à notre séance d’esquimautage groenlandais du samedi 25 novembre. Une séance qui va dans le bon sens pour me permettre de dépasser mes barrières.

Nous étions alors 11 à rejoindre Yann Guillou, François Trellu et Michel Vanvaerenbergh, pour cette séance d’esquimautage groenlandais. En début d’après-midi, nous embarquons à la cale du port de Larmor-Baden. J’ai le plaisir de retrouver des ami(e)s pas vus depuis plusieurs mois, et, tous les 14, nous rejoignons le nord de l’île de Gavrinis, où nous serons à l’abri d’un petit vent bien froid.

La séance commence par un échauffement adapté à l’esquimautage. L’échauffement, très complet, est animée par Hervé Onno. Puis Yann constitue 3 groupes qui vont travailler les 3 rolls fondamentaux, le groenlandais classique, le reverse sweep roll et le storm roll.

Je vais avec François pour travailler le reverse sweep, François constate et me dit que je ne donne pas la nécessaire impulsion du bassin pour remettre le kayak de mer à l’endroit (ça peut se travailler au sec). Yann va filmer nos esquimautages. A l’issue de la séance, Yann nous montrera les vidéos de chacun. La vidéo me concernant est claire, en plus du manque d’impulsion, j’ai le défaut type : mes épaules ne sont pas parallèles à la surface, une erreur très commune, mais qui ne pardonne pas. En voyant la vidéo, je comprends pourquoi je foire tous mes reverses sweep. Je sais bien qu’il est impératif de garder les épaules parallèles à la surface, je le sais par cœur, mais, je le vois : c’est pourtant ce que je fais.

Cette séance m’a donné plusieurs clefs pour mieux poursuivre l’entraînement à l’esquimautage et aller plus loin dans ma progression. Il n’y a plus qu’à mettre en œuvre les conseils de François et de Yann !

Dimanche soir, je parle au téléphone avec Pascal, je lui raconte ce que je suis en train d’écrire dans cet article, mon blues du « j’y arrive pas ». Pascal m’a alors donné son témoignage. A trois reprises, en pratiquant le kayak engagé, Pascal a réussi ses esquimautages dans le courant, la houle et les vagues, même après une chandelle. Depuis, il prend encore plus de plaisir à aller là où l’eau bouge. Pascal me dit une chose très intéressante ; alors qu’il était très fatigué, en retrait de son groupe, il se dit que malgré sa toute petite forme, c’est trop bête de ne pas profiter du merveilleux site de Berder, et il va se faire un esquimautage dans le courant de la veine de Berder. Son esquimautage passe et il réalise que l’esquimautage groenlandais a le grand avantage de ne pas utiliser la force. L’esquimautage groenlandais utilise la flottabilité de notre corps, ce qui fait que, même fatigué, même blessé, on peut réussir son esquimautage … pourvu qu’on ait assimilé correctement les mouvements 😉 .

Je ne suis sûrement pas le seul à galérer pour progresser, voila pourquoi je partage avec vous ce que j’arrive à comprendre de mes échecs du moment.

 

Quelques vidéos d’un stage d’AKG-Oratarnek en avril 2015.

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Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

2 réflexions sur « Esquimautage groenlandais en kayak de mer avec Yann Guillou »

  1. Le roll est un long chemin ! Mais Jef ne te fais pas de mourron çà va le faire tranquillement à ton rythme. Tu passes par les mêmes étapes que les autres et tu vas voir que peu à peu tu vas te retrouver dans des groupes de niveau supérieur sans t’en rendre compte. … Vive le kayak !

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