Récupération et remorquage en kayak de mer, lors de la journée sécurité organisée par CK/mer à Portivy.

De la mousse, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer
De la mousse, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer

Ce samedi 9 décembre au matin, je charge mon Romany Sport PE sur le toit de la voiture. J’ai deux heures quinze de route pour rejoindre Portivy, à Saint-Pierre-Quiberon.
J’ai préparé mes 3 bacs en plastique qui contiennent l’un : combinaison sèche, chaussures fermées, cagoule, tops thermiques et polaire. L’autre : gilet (avec couteau, sifflet et lampe flash), jupe, casque, pompe, éponge, thermos et pique-nique. Le troisième contient les mousses pour les barres de toit, la bâche pour faire glisser le kayak sur le haillon arrière sans rayer la peinture, les sangles et bouts pour amarrer le tout, plus le fardier de signalisation (une petite bouteille de lait que je suspend à la pointe arrière du kayak). En prime : le chariot et sa sangle, ma pagaie groenlandaise et une pagaie européenne de secours. J’oubliais de parler des deux éléments indispensables aujourd’hui : le bout court (contact tow) et la ceinture de remorquage avec un bout long de 10 mètres. Pour les très longs remorquages, de plus d’une heure, Jérôme préfère une ceinture avec un bout de 15 mètres, qui s’avère moins fatiguant que le bout de 10 mètres.

A 9h15, j’arrive à Portivy, quelques kayaks encore sur les toits des voitures m’indiquent clairement que je suis au bon endroit. Jérôme Le Ray, Sandie, Bakoko, Hervé, Georges, Jérôme et Jef sont déjà là, ou arrivent peu à peu.

Jérôme Le Ray, président de CK/mer, nous décrit le programme de cette journée sécurité. Ce matin, nous allons nous diriger, vers la côte sauvage de Quiberon, nous organiser pour sécuriser les passes entre les récifs (il y a une petite houle, comprise entre 0,40 et 0,60 mètre), faire du remorquage, des récupérations remorquées en zone dégagée, avec les bouts longs. Nous ferons un pique-nique sur la plage située à l’ouest de la digue de Portivy. L’après-midi, nous ferons des récupérations et des remorquages dans les passes entre les récifs, ensuite nous débarquerons sur un récif plutôt facile d’accès, pour mettre les kayaks et kayakistes au sec. Nous débarquerons sur une cale assez haute (60 cm) et mettrons également les kayakistes et kayaks au sec. Enfin, ceux qui le voudront (rien d’obligé), se mettront à l’eau pour des récupérations et auto-récupérations (esquimautages). Pour clore la journée nous naviguerons avec nos pagaies de secours.

 

Nous voici partis vers le sud, pour la côte Sauvage. La température extérieure est bien fraîche. Dans la voiture, durant mon trajet, le thermomètre affichait entre -1 et +1 degré Celsius. La polaire, sous ma combinaison sèche, n’est pas de trop.

Jérôme nous présente une première passe, il nous donne des conseils quant au moment le plus sûr pour passer, en fonction de la houle. Il se place idéalement à un endroit où, à la fois,
– il peut voir l’arrivée de la houle (sinon un second kayakiste peut jouer le rôle de guetteur et annoncer l’arrivée de la houle),
– voir la passe,
– voir les kayakistes en attente,
– et d’où il peut intervenir rapidement, si l’un d’entre nous est en difficulté, baigne, ou perd sa pagaie.

De la houle, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer
De la houle, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer

Jérôme nous indique quelques gestes pour communiquer :
– Il tient sa pagaie à la verticale et la fait un peu osciller quand il nous donne le feu vert pour le passage.
– Il tient sa pagaie à l’horizontale au dessus de sa tête, les bras tendus, pour nous signaler de stopper et de nous mettre en attente.
– Il met ses avant bras en croix pour signaler qu’on cesse de passer et qu’on se replie tous sur une zone protégée en attendant d’aviser pour la suite.
– si besoin, il nous désigne comment sortir de la passe en montrant la gauche ou la droite.

Jef, lors de la journée sécurité organisée par CK/mer - Photo de Sandie Desbois.
Jef, lors de la journée sécurité organisée par CK/mer – Photo de Sandie Desbois.

L’ambiance est bonne, le jeu entre les passes nous met tous de bonne humeur. Ensuite, nous nous remorquons mutuellement. Que ce soit par groupe de deux : un remorqueur, un remorqué et puis on échange les rôles.
Par groupe de quatre ; la personne en difficulté est assisté par une autre personne qui forme un radeau avec elle. Les deux kayakistes en radeau sont alors remorqués par deux autres, qui se placent soit en ligne, soit en V. Ce qui compte, c’est d’agir vite et bien, de prendre une décision, de l’annoncer clairement au groupe et de l’appliquer.
En comparant les deux méthodes, remorquage en ligne ou en V, nous serons d’accord pour préférer le remorquage en ligne, que nous trouvons plus efficace et plus sûr.

La façon d’accrocher la ligne de vie du remorqué avec le mousqueton est importante. Le plus sûr est de crocheter une seule ligne de vie, le plus près possible d’une des deux pointes, en passant la partie fixe du mousqueton sous la ligne de vie et la partie mobile du mousqueton au dessus de la ligne de vie. Accrocher les deux lignes de vie de la pointe n’est pas une bonne solution, si le pontet saute, le pontet et la ligne de vie s’échappent du mousqueton et le remorqué n’est plus relié au remorqueur. Il est donc plus sûr de ne crocheter qu’une ligne de vie, même si un pontet saute, la ligne tiendra par les autres pontets et le remorquage pourra continuer.

Il s’en suit une pause pique-nique, où nous nous remémorons des remorquages dont nous avons été les acteurs.

L’après-midi sera plus engagée, les remorquages se faisant dans les passes, avec ou sans la houle. C’est là que le bout court ou « Contact tow » confirmera être l’outil le plus adapté. Avec un leash de gilet de rivière, il y a un risque pour le remorqueur de se prendre la pointe du kayak remorqué dans les côtes. Avec le bout court, placé de façon à ce que la pointe avant du kayak remorqué soit légèrement devant le cockpit du remorqueur, le risque de se prendre la pointe dans les côtes est éliminé.

Le remorquage dans les passes se fera aussi bien en marche arrière qu’en marche avant, comme c’est le plus pratique. Assez vite, ces remorquages répétées deviennent un jeu, on s’amuse beaucoup. Personnellement je m’amuse comme un gamin et j’ai le plaisir de voir Hervé, un jeune retraité, s’en donner à cœur joie, plein d’énergie et toujours gourmand d’un petit surf à rabioter ici ou là. Sous l’effet de cette bonne humeur, la prudence diminue un peu, au point de nous amener à prendre des risques supérieurs à nos capacités. Sandie nous le rappellera fort à propos, un peu avant la fin de nos exercices.

Nous avons aussi pratiqué des remorquages sans bout, pour cela nous longeons le kayak du kayakiste en difficulté et lui demandons de se saisir de notre pointe, tout en reposant son buste sur l’avant pointe de notre kayak, ainsi, nous le sortons très rapidement de la passe. L’appui du remorqué, sur le kayak du remorqueur, renforce la stabilité des deux kayaks.

Jérôme nous montrera comment passer le bout de remorquage dans les lignes de vie de 2 kayaks pour les remorquer tous deux, sans qu’ils ne risquent de s’écarter l’un de l’autre ou de se mettre en travers du cap pris par le remorqueur.

Ensuite, nous passons au débarquement sur un récif. Un peu maladroit, j’arriverai à basculer dans la flotte, donnant l’occasion à Georges de me récupérer. Jérôme quand à lui, débarque avec aisance, puis demande au groupe de trouver un deuxième lieu de débarquement. Sandie nous en trouve un nickel, où nous débarquons tous, en nous aidant mutuellement à monter les kayaks au sec.

Tous sur la cale, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer
Tous sur la cale, lors de la journée sécurité en kayak de mer organisée par CK/mer

Ensuite nous débarquons tous sur la cale de la digue, c’est bientôt marée basse (coefficient 71) et nous devons hisser les kayaks 60 cm au dessus de l’eau, à deux, ça le fait mieux !

Dans le port, Jérôme nous montre comment exercer son équilibre en mer, en s’asseyant sur le pont arrière de son kayak, puis en pivotant à  360° et enfin en regagnant son siège.
Il nous montre aussi comment récupérer un kayakiste à l’eau et surtout : comment vider le kayak récupéré de la façon la plus ergonomique possible, sans se faire mal. Un kayak rempli de 150 litres d’eau est à manier avec intelligence et savoir faire, si on veut conserver son dos en bon état. Après cet exercice, comme les autres, je passerai un esquimautage par basse température (vive la combinaison sèche et les polaires !).

Enfin nous pagayons une dizaine de minutes avec nos pagaies de secours.

Une fois changés, un petit pot au café du coin nous permet faire le bilan et de bien nous réchauffer avant de reprendre la route.

CK/mer
CK/mer

CK/mer est une association à but non lucratif. Depuis 1981, CK/mer organise des rencontres, stages et randonnées. CK/mer historise et compile le fruit de ses expériences, certains documents sont accessibles à tous (onglet Documentation), d’autres documents au contenu très riche, comme les bulletins de CK/mer, sont accessibles uniquement aux adhérents à jour de leur cotisation annuelle, soit 18 euros l’adhésion individuelle pour 2018.

Notez que bientôt, du 21 au 28 avril 2018, CK/mer organise un Symposium sur Paimpol-Archipel de Bréhat.

Vive le kayak !

Contact Tow de Whetman Equipment
Contact Tow de Whetman Equipment
Ceinture de remorquage Océan Pro 10 mètres fabriqué par Palm
Ceinture de remorquage Océan Pro 10 mètres fabriqué par Palm
Towline Peak UK - 15 mètres
Towline Peak UK – 15 mètres

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Récupération et remorquage en kayak de mer, lors de la journée sécurité organisée par CK/mer à Portivy. »

      1. Tu passes ton bout de remorquage dans les lignes de vie des deux kayaks au niveau de leurs pointes.

        Dans la pratique, tu passes ton bout sous une des lignes de vie du premier kayak près de la pointe, puis tu croches ton mousqueton dans la ligne de vie du deuxième kayak près de la pointe. Dès que tu vas remorquer, la tension du bout de remorquage va rapprocher les deux pointes l’une de l’autre.

        Faut jamais accrocher son bout, ou le passer, sous les deux lignes de vie d’un kayak, parce que si le pontet à l’avant saute, ton bout se décroche, alors que si il est passé dans une seule des deux lignes de vie (gauche ou droite), même si le pontet avant saute, les autres pontets seront encore là.

        Dans le mauvais temps le matériel est mis à l’épreuve. Il y a quelques jours, j’ai cassé une ceinture de remorquage. Le bout s’est détaché parce que la couture de l’attache a lâché, (heureusement on était presque arrivé à la cale).
        Nous étions 3 remorqueurs en ligne, j’étais le 2ème, nous remorquions un radeau de 3 kayaks sur les ponts desquels reposait un kayakiste, soit une masse totale de 350 à 400 kilos. Il y avait du mauvais temps (4 Bft avec des rafales à 5).

        Après cet incident, je suis passé au magasin ce matin, j’avais un modèle de ceinture de remorquage « Ocean Pro, 10 mètres » acheté il y a trois ans qui a fait une trentaine de remorquages, dont un double (2 kayaks à couple remorqués) et un triple (3 kayaks à couple remorqués). J’ai pu voir que les nouveaux modèles n’ont pas cette faiblesse dans leur couture d’attache du bout de remorquage. Ma ceinture est réparable, il est possible de refaire les coutures en les renforçant pour que cela n’arrive pas une prochaine fois. Mais il est probable que le fabricant (Palm) va préférer me remplacer la ceinture.

        Viens au symposium de Paimpol du 21 au 28 avril 2018 http://www.randokayak.com/2017/12/02/annonce-du-symposium-ck-mer-2018/ , tu auras l’occasion de travailler tout ça avec des supers coachs français (Vincent Achard, David Aperre, Jean-Marc Terrade, Sandie Desbois, Guy Lecointre & Véronique Olivier, Jérôme Le Ray, …) et étrangers (Jeff Allen, Kevin et Nicky Mansell, Anna Moreno, Ashley Williams, Manolo Pastoriza, …) !

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