Deuxième week-end de formation RKM56, les arrivées de plage en kayak de mer

Dimanche, observation du terrain de jeu - photo de Dominique Balsac
Dimanche, observation du terrain de jeu – photo de Dominique Balsac

C’était un joli week-end qu’ont vécu les membres de RKM56, dont je suis un des heureux adhérents.

Samedi, nous avions rendez vous au Centre Nautique de Telgruc-sur-mer, pour notre deuxième week-end de formation avec Jean-Marc Terrade. A la demande de l’association RKM56, ce week-end était destiné à travailler les arrivées de plage en présence de houle. Le premier des trois WE de ce cycle de formation s’était déroulé dans les courants du Golfe du Morbihan.

Vu les conditions du jour, nous allons travailler nos arrivées de plage à Goulien, sur la commune de Crozon.

Ce samedi matin, nous avons des vagues de 30 cm à 1 mètre, c’est parfait. Vers midi nous irons chercher des vagues plus hautes derrière la barre.

Romany Sport PE, kayak de mer.
Romany Sport PE, kayak de mer.

Comme mes collègues de RKM56, je commence par longer la plage dans mon Romany Sport, afin de travailler le dérapage, poussé par les petites vagues de travers qui déferlent. En longeant la plage dans un sens, puis dans l’autre, afin d’effectuer les appuis et la gîte des cotés gauche et droit. De temps en temps, je suis maladroit et je me retourne, mais pas beaucoup, et j’ai le réconfort de voir que, dans ce cas, les esquimautages passent du premier coup.

Pour notre sécurité et celle des autres, nous devons nous retourner immédiatement si nous avons la moindre suspicion de risque de collision avec un autre kayak, ou avec un nageur, ou un surfeur. Si nous sommes en surf et que nous avons besoin de nous arrêter d’urgence, nous nous retournons volontairement plusieurs secondes avant de risquer d’entrer en collision. Une fois retourné, notre corps fait office de frein et stoppe le kayak en un ou quelques mètres. Si le kayak qui surfe est bas sur la vague, il faut savoir qu’il peut avoir perdu ses capacités de manœuvre et, seul, le fait de se retourner permet de stopper le kayak.

La pointe d’un kayak en surf à pleine vitesse perfore facilement un kayak croisé sur sa route. Il est évident que si la pointe rencontre un nageur, un surfeur ou un autre kayakiste, la conséquence dramatique peut être la mort du percuté.

Je connais ce système de freinage, ou de mise à l’abri, depuis que j’apprends le surf. C’est une des premiers techniques de sécurité que les moniteurs de kayak apprennent aux débutants surfeurs. Pour la première fois, je l’ai activé en voyant un kayak m’arriver dessus. Cela m’a fait très plaisir de me retourner suffisamment tôt avant l’impact, parce que je doutais d’une détermination que je n’avais pas encore éprouvée en situation réelle. J’ai vu que ma détermination m’avait fait me retourner suffisamment tôt pour éviter la catastrophe. Une fois que j’ai estimé que le kayak m’était passé dessus depuis quelques secondes, j’ai esquimauté en ayant l’œil vers le large, au cas où un deuxième arriverait vers moi à la suite du premier. Cela m’a rappelé la plongée et la chasse sous-marine, où, lorsqu’on remonte, on effectue un 360° visuel avant de faire surface, pour s’assurer qu’on risque pas une collision avec un bateau passant au dessus de notre tête.

Passer la barre - photo de Dominique Balsac
Passer la barre – photo de Dominique Balsac

La cession du matin continue. De temps en temps, on va chercher un petit surf et puis on reprend le travail des appuis, avec les déferlantes par le travers, en longeant la plage. Jean Marc est attentif à tous et me donne des conseils qui vont me permettre de passer de médiocres appuis à de bons appuis. Et puis, en fin de séance, une fois bien chauds, nous passons la barre, pour rechercher des surfs plus puissants. Pour ma part je n’en ferait qu’un dont je vais me rappeler longtemps.

Alors que nous sommes en attente d’une vague plus puissante que les autres, j’entends Sandie qui me prévient qu’une bonne vague arrive, elle est haute de 2 mètres. Génial ! Je suis bien placé, je la prends, je dévale la pente de la vague dans la jouissance et prends de la vitesse. De la vitesse comme je n’en ai jamais connu (je suis peu expérimenté en surf), à un moment, je comprends que je gîte du mauvais coté et que je vais « y avoir droit » (à partir en vrac). J’y ai droit ! Mais c’est curieux ; bien que je ne sois plus en surface, mon kayak continue de filer tout aussi vite, alors que, normalement, mon corps immergé devrait faire office de frein. La vitesse se maintient toujours. Étonnamment, j’arrive à lever la tête de la mousse et à respirer. Bientôt, la tension sur mon bras est trop forte et je lâche ma pagaie groenlandaise, préférant être sans pagaie plutôt que de me luxer l’épaule. Ma glissade est longue, parce que je respire 3 fois au dessus de la mousse. Arrivé au terme de mon surf « en vrac », j’arrive, juste d’un coup de hanche, à me remettre d’aplomb.

Comme je vois d’autres petites vagues déferlantes qui arrivent (30 cm) par le travers, je prends ma pagaie tempête de secours, sur le pont avant. Surprise ! Je n’ai plus que les cinq sixièmes de ma pagaie. Je comprends alors pourquoi, une fois retourné, mon corps n’a pas freiné le kayak. Mon tronc n’était immergé que partiellement, à cause de l’appui imprévu que procurait la pale de ma pagaie de secours qui dépassait du pont. Nico me l’avait dit il y a plusieurs années : il faut un minimum d’objet sur le pont, rien qui dépasse, et tout doit être solidement amarré, si on ne veut pas se  faire arracher le matériel par la pression d’une vague qui déferle. Nico, comme Jean Marc, Jérôme et d’autres, fait partie de ces kayakistes très chevronnés, en excellente condition physique, qui pratiquent la rivière de haute montagne et se font plaisir dans les déferlantes de la pointe du Raz par gros coefficient de marée.

Pagaie de secours cassée
Pagaie de secours cassée

Je me sers comme je peux de mon unique pale pour diriger mon kayak et regagner la plage. Ensuite, je déposerai ma pagaie cassée sur le bord de la plage, je l’avais acheté d’occasion à Eric Julé (le concepteur du Fulmar), c’était une très belle pagaie, je veux la conserver pour faire une photo souvenir. Au sujet des pagaies de secours cassées ou arrachées, voire ces témoignages et discussions sur le forum kayakistesdemer.org : http://www.kayakistesdemer.org/viewtopic.php?f=66&t=11923

Je préviens Sandie qui, par bonheur, retrouvera  ma pagaie groenlandaise peu après, alors que je n’y croyais plus. Super, je peux reprendre les exercices sous la houlette de Jean Marc !

Je réalise, au moment où j’écris cet article, qu’alors que je surfais « en vrac », en appui involontaire sur la pale de ma pagaie de secours, à moitié dans l’eau : je ne voyais pas où j’allais et je ne pouvais pas m’arrêter, je n’avais pas conscience de l’exacte position de mon corps dans l’eau. Je représentais un danger majeur pour les autres que j’aurai pu percuter, même si ils se retournaient pour éviter la collision. A l’avenir, je rangerai scrupuleusement ma pagaie de secours. Ma prochaine pagaie de secours (une pagaie tempête) sera plus courte, d’une taille qui ne dépasse pas la taille du pont de mon kayak le plus court. Une pagaie tempête s’utilise en la tenant alternativement par une pale, puis par l’autre, pour pagayer. Le fait qu’elle soit courte n’empêche pas qu’elle soit efficace, aussi bien pour avancer que pour s’appuyer. En la tenant par la pale, elle a autant de longueur utile qu’une pagaie standard qu’on tient au milieu, par le manche.

 

L’après midi, nous irons longer les falaises du cap de la presqu’île de Crozon, entre Morgat et Saint-Hernot. Jean Marc prend le groupe des nouveaux adhérents. Jérôme celui des plus expérimentés. Au fur et à mesure de la nav, Jérôme nous confie tour à tour le leadership du groupe. Chacun d’entre nous a sa manière d’être leader. C’est très riche d’apprentissage pour tous. Je crois que ma seule contribution positive, en tant que leader d’un moment,aura été de demander au groupe si tout allait bien et si chacun se sentait à l’aise lors de cette nav. Une fortune de mer (un kayak polyéthylène tordu et vrillé par une puissante déferlante) nous donnera l’occasion de mettre en œuvre utilement les techniques de récupération remorquée que Jean Marc et Jérôme nous ont enseigné précédemment. Tous les exercices de sécurité que nous avons pratiqué régulièrement ont permis qu’il n’y ait ce jour que des dégâts matériels.

Dimanche matin, nous avons clos le stage par une nouvelle et longue séance de travail des appuis, dérapages et surfs dans les vagues idéales que nous offrait la houle modérée arrivant sur la plage de Goulien.

Plage de Goulien - photo de Dominique Balsac
Plage de Goulien – photo de Dominique Balsac

La météo est bien meilleure ce dimanche. Aujourd’hui, pas de petite pluie comme hier, mais plutôt un beau soleil et 5 nœuds de vent en lieu et place des 4 Beaufort avec des rafales à 5 que nous avons subi la veille.

 

Lors de ce stage, j’ai vérifié à mes dépens qu’il fallait scrupuleusement ranger sa pagaie de secours, sans que rien ne dépasse qui puisse modifier la carène du bateau. J’ai appris à faire des appuis sûrs avec ma pagaie dans les petites déferlantes, des appuis en poussée en tenant  ma pagaie groenlandaise par la pale afin d’augmenter la distance entre le kayak et l’appui.

J’ai vu des ami(e)s cher(e)s avec qui j’ai en partage cet amour de la mer et du kayak. Samedi soir, nous étions réconfortés par le plaisir de partager un repas dont chacun avait amené une partie liquide ou solide. Notre chef cuisinier, Jean-François, a eu droit à nos ovations de gratitude, tant sa choucroute de la mer était délicieuse.

Dimanche après midi, après notre deuxième séance de surf, on discute un peu des vêtements techniques et je ramène dans ma voiture un pantalon dont le manchon en latex est à changer. Je retournerai donc bientôt chez TCO, à Bourg Blanc, dire un petit bonjour à Nicole.

A tous ceux qui lisent mon article et qui veulent progresser, n’hésitez pas à vous inscrire à des stages de formation avec des guides de kayak de mer : on progresse beaucoup en un temps court, on passe un très bon moment dans de somptueux paysages et on rencontre d’autres passionné(e)s !

 

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

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