FFCK, Stage sécurité et certification pagaie rouge kayak de mer

Le stage sécurité en kayak de mer, niveau pagaies rouge et noire, du lundi 26 février au jeudi 1er mars 2018 :

Objectifs de la formation :
– Être capable de naviguer en mer, en toute sécurité, dans des conditions de vents forts avec présence possible de courants de marée et de houle.
– Réaliser des sauvetages combinés (remorquage et récupération).
– Être capable de réguler le programme de navigation et assurer la sécurité d’un groupe au cours d’une randonnée avec des passages exposés à une mer formée et à un vent de force 4 à 5.

Les formateurs sont Jean Marc Terrade et Sébastien Dal.

Courant et contre courant (photo Alpine-Paddle)
Courant et contre courant (photo Alpine-Paddle)

Ce stage est organisé sur le site des Glénans à Paimpol.
L’École des Glénans de Paimpol compte un bâtiment situé sur le port de Paimpol, un ensemble de bâtiments (l’ancienne ferme de Coz Castel) au bord du Trieux, et, enfin, un bâtiment sur l’île Verte dans l’archipel de Bréhat. C’est à Coz Castel que nous sommes hébergés. Le Trieux, tout proche, permet d’embarquer à proximité.

La période choisie offre des coefficients de marées allant de 60 à 110.

Si la présence de vents de 4 à 6 Beaufort étaient espérée en cette période de l’année, les températures basses, voire inférieures à zéro, ont ajouté au côté rude de la chose. Pour ma part j’ai choppé une bronchite qui a fait monter mon niveau d’engagement personnel.

La météo de la semaine est la suivante :
– Lundi après midi, vent de 20 nœuds (5 Bft) avec des rafales à 38 nœuds, température de 1°.
– Mardi, vent de 17 nœuds (petit 5 Bft) avec des rafales à 29 nœuds, températures situées entre 1° et 1,5°.
– Mercredi, vent de 23 nœuds (petit 6 Bft) avec des rafales à 40 nœuds, température de -1°.
– Jeudi, vent de 20 nœuds (5 Bft) avec des rafales à 36 nœuds, température située entre 0° et 3°, la neige fait son apparition.
– Vendredi, vent de 18 nœuds (petit 5 Bft) avec des rafales à 36 nœuds en fin de journée, température de 6°, le temps se réchauffe et la pluie apparait.
– Samedi matin, vent de 15 nœuds (4 Bft) avec des rafales à 20 nœuds, température de 10°.

 

J’ai beaucoup appris lors de ce stage et de cette certification. Le contenu était dense, que ce soit sur mer ou en salle. Dans cet article, je ne vous parlerai pas de  tous les ateliers (météo, environnement, choix du programme de navigation ….). Mais de quelques points choisis arbitrairement.

Pyrotechnie

Feux à main
Feux à main

Jean Marc et Sébastien ont amené tout un matériel de sécurité pyrotechnique à mettre en œuvre. Une semaine avant Jean Marc avait prévenu le CROSS. Un quart d’heure avant l’exercice, Jean Marc a repris contact avec le CROSS pour annoncer l’heure, la nature et le lieu exact de l’exercice de sécurité. Cela afin qu’il ne puisse pas y avoir de confusion entre ces signaux d’exercices et des signaux réels d’appel au secours.

Pour faciliter le dialogue et pour des raisons pratiques, nous avons utilisé ce matériel sur l’estran et non dans nos bateaux.

Nous utilisons les feux à main, en faisant très attention à ne viser personne, ni aucun matériel, pas même notre propre bateau, quand nous déclenchons un feu à main. Cela parait évident, mais il faut avoir cette pensée en tête quand on utilise ce matériel. Attention aux brandons qui peuvent trouer une combinaison sèche, pour cela on tient le feu loin du corps, au bout du bras tendu. On peut, pour protéger sa main, mettre un gant mouillé avant d’allumer le feu à main.

Fumigène
Fumigène

Nous avons testé un fumigène. Le but du fumigène est de nous rendre visible, en particulier par les secours aériens. Si le vent est fort (4 Beaufort lors de nos tests) la fumée orange sera plaquée sur l’eau. Les sauveteurs en avion, ou hélicoptère, apprécient particulièrement le fumigène car il laisse à la surface de l’eau de grandes traînées orange, facilement repérables depuis le ciel. Le fumigène est le matériel pyrotechnique qui présente le moins de risques pour les kayakistes en cas d’erreur de manipulation. Selon les vents et/ou les courants, il se peut que les membres d’un groupe de kayakistes distraits ne puissent plus se voir mutuellement pendant toute la durée de fonctionnement du fumigène (1 à 3 minutes) et au delà. Il faut donc réfléchir aux interactions du vent et du courant par rapport au placement du groupe avant de déclencher le fumigène .

Nous avons également testé une fusée parachute. Soucis avec le vent de 5 Bft : tiré beaucoup trop en oblique, le vent a malheureusement vite rabattu le parachute.

Les feux à mains sont intéressants pour se faire voir d’un hélicoptère ou d’un avion qui nous recherche, mais par mer formée, avec du vent, il y a peu de chance qu’un autre navire ou qu’un « passant sur la côte » puisse voir de loin notre feu à main. Par très mauvais temps, il me semble que c’est surtout la VHF qui demeure notre plus sûre option de joindre les secours, … comme de recevoir les appels au secours des autres usagers de la mer.

J’ai également appris à faire des récupérations moins fatigantes. Plutôt que de soulever la pointe avant du kayak : il est intéressant de gîter son bateau, de glisser la pointe du secouru sur le pont avant de son bateau, puis de redresser son bateau d’un coup de hanche, ce qui va sortir de l’eau la pointe du bateau secouru. Deuxième avantage de cette façon de faire : on n’abime pas sa jupe.

Le mardi soir, Jean Marc nous a montré le matériel de sécurité qu’il embarque dans son bateau. La présentation de son matériel (environ 70 objets), avec l’essai de certains d’entre eux, a bien pris deux heures.

Les récupérations remorquées dans les passes

Récupération remorquée (photo-Alpine-Paddle)
Récupération remorquée (photo-Alpine-Paddle)

Mercredi nous faisons des récupérations sans bout (le secouru se couche et s’accroche au pont du secouriste qui le sort de la zone de danger), avec bout court, ou avec un bout long. On utilise l’un ou l’autre selon l’environnement. Si il y a beaucoup de roches alentours, le bout court est plus sûr. Si nous sommes en pleine mer et qu’il y a donc peu de risques de cravate : le bout long est préférable.

C’est toujours bien de faire et refaire inlassablement des récupérations, pour que l’on soit à l’aise quand arrive un imprévu dans des conditions « musclées ».

Nous sommes plus rapides en marche avant qu’en marche arrière, il faut en tenir compte dans sa manière de faire pour aller récupérer un kayak en difficulté dans une passe.
– Soit on peut franchir toute la passe et dans ce cas on prend « au passage » en remorque le kayakiste secouru en franchissant soi-même toute la passe. – Soit on ne peut pas la franchir, alors on s’engage en marche arrière du côté le plus accessible afin de pouvoir dégager rapidement le secouru en revenant sur nos pas en marche avant.
Cela c’est en théorie, après, si il faut aller vite et que se placer en marche arrière est long à mettre en place, on y va en marche avant et on sort le secouru de la passe en marche arrière. Chaque incident demande de s’adapter aux conditions, la sécurité passe avant la rapidité. A chaque fois, c’est une balance entre les avantages et les inconvénients de telle ou telle façon de faire.

Si le secouru est en train de baigner dans une passe soumise aux vagues, on place notre kayak entre le danger et le secouru (entre les roches et le secouru) afin que la houle ne le projette pas dans les roches.

Quand on remorque un blessé ou un malade, il faut, dans l’idéal, une personne en radeau qui veille sur le malade, deux ou trois remorqueurs en ligne qui tractent le radeau et un cinquième ou sixième kayakiste qui fait le « chien fou », c’est à dire qui va du malade au remorqueur de tête pour faire passer les informations qu’il retire de son observation de l’environnement (attention risque de cravate avec telle roche lors du virage avec bout long, attention un bateau de ligne arrive sur nous, attention les remorqués dérivent vers une roche, etc….). Parce qu’avec un vent de 5 à 6 Beaufort, il y a beaucoup de bruit, le vent emporte nos paroles dans un sens et pas dans l’autre, ce qui fait qu’on ne peut pas communiquer par la voix entre remorqueur(s) et remorqué(s).

L’organisation des secours

Le leader est déjà désigné ou bien se déclare le premier lors de l’incident, il décide de prendre en main l’opération de secours et distribue les rôles (secouriste qui remet le baigneur dans son bateau, puis, éventuellement, se met en radeau avec le baigneur si il est blessé, premier remorqueur, deuxième remorqueur, observateur-coordinateur) Souvent lors de récupérations, quand je vois que le secouru et moi allons vers le danger, j’appelle à la cantonade à venir nous remorquer hors de la zone de danger pendant que je continue à aider le secouru). Le fait de faire plusieurs choses à la fois à plusieurs permet de sortir plus vite de la zone de danger.

Digressions

cagoule Gill polaire i3
cagoule Gill polaire i3

Sur le plan du matériel, j’ai appris que les manchons n’étaient pas pratiques avec la pagaie groenlandaise, merci au collègue qui m’a prêté ses gants Mapa, ils m’ont bien protégé du froid.

J’ai testé une cagoule Gill polaire i3, que j’ai trouvé efficace dans le froid mouillé. Je vous la recommande, elle est légère et chaude, elle coûte 20€. Cette cagoule peut protéger tout le visage, ne conservant qu’une petite ouverture pour les yeux. Suite à un esquimautage, j’ai pu vérifier  que le tissu est bien hydrophobe.

Le jeudi, j’ai manqué un épisode de la formation parce que j’ai été rendre visite au médecin pour ma bronchite naissante. Ce jour là les ami(e)s sont allés dans les veines de courant, sous le pont de Lézardrieux, pour faire des récupérations et remorquages dans le jus. L’après midi et la nuit qui ont suivi, j’ai passé mon temps sous la couette.

 

La certification FFCK pagaie rouge kayak de mer, les vendredi 2 mars et samedi 3 mars 2018

Ci-joint la fiche d’évaluation décrivant les tâches techniques, sécurité et environnement de la pagaie rouge : Tests d’évaluation de la pagaie rouge de randonnée en kayak de mer.pdf

A la suite de cette formation « sécurité », nous pouvions passer la certification pagaie rouge, les 2 et 3 mars. Les 4 certificateurs étaient Vincent Achard, David Appéré, Gwendal Le Lan et Arnaud Pitman.
Les certificateurs notaient les tests environnements et chacune des 20 tâches (10 tâches techniques et 10 tâches sécurité) à l’aide de 3 chiffres :
0 = non acquis
1 = en cours d’acquisition
2 = acquis
Obtenir un « 0 », ou plus de quatre « 1 », interdisait de se voir décerner la pagaie rouge.
Ce fut mon cas, parce qu’ayant peur de me vautrer, je n’ai pas osé gîter franchement pour réaliser mes virages dans la houle. De même que je n’ai pas su faire le bac arrière dans le courant, pas plus que l’appui en godille avec le kayak couché sur la tranche. Vendredi, me sentant en méforme, j’ai refusé de prendre le leadership du groupe quand le certificateur me l’a gentiment demandé.

En route vers les Piliers
En route vers les Piliers

Vendredi matin, j’hésite à y aller, parce que je ne retrouve pas les médicaments que m’a prescrit le médecin, et puis en rangeant leurs affaires les collègues les ont retrouvé et je peux me joindre aux autres pour la certification. Je sais bien que plusieurs items ne sont pas maitrisés, mais je n’ai pas envie de « lâcher » les amis le jour J. Je fais bien, c’est une belle navigation, très intéressante du fait du 5 Beaufort (réel) avec des rafales de 36 nœuds de face que nous aurons en fin de navigation. Le tout conjugué au coefficient de 109. Le parcours choisi : un tour de Bréhat dans le sens anti-horaire, au départ de l’Arcouest, permet de mettre en œuvre les différentes tâches techniques et de sécurité. Le lendemain, samedi, sera dédié à la suite des épreuves sur l’eau, ainsi qu’au calcul de navigation (organiser une randonnée avec bivouac, dans tel secteur, pour les lundi et mardi suivants) et à l’entretien avec les certificateurs.

Au final, nous étions 13 à passer cette certification « pagaie rouge ». 10 l’ont obtenue et 3, dont moi-même, ont encore du grain à moudre avant d’être à niveau. Félicitations aux 10 et courage aux autres !

Un grand merci à tous les formateurs et examinateurs : Vincent Achard, David Appéré, Sébastien Dal, Gwendal Le Lan, Arnaud Pitman et Jean Marc Terrade. Un grand merci également aux stagiaires : Léa, Séverine, André, Hervé, Jacques, Jean-Christian, Jean-François (de Gap), Loup, Mickaël, Philippe, Pierre-Yves, Thierry et Yannick.
Cette semaine était riche et chaleureuse sur le plan humain, vous me manquez déjà !

 

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « FFCK, Stage sécurité et certification pagaie rouge kayak de mer »

  1. Merci Jef pour cet article, qui évoque très bien notre semaine hivernale. Je te souhaite beaucoup d’autres balades et de valider cet pagaie « vermeille ». Séjour très agréable humainement aussi.
    A une prochaine sur l’eau.
    Th

  2. Merci Jean François,
    toujours enrichissant de lire tes comptes rendus.
    j’apprécie aussi ton humilité quand tu expliques tes échecs qui ne sont que partie remise, on le sent bien.
    je vois que tu as eu de bons formateurs, dont Vincent avec qui je vais avoir le plaisir de suivre un stage prochainement. et oui, j’ai besoin de quelques rappels 😉
    Philippe

  3. Salut Jef,
    Merci pour cette restitution qui rappelle les bons moments passés malgré le froid, le vent et la neige. Je pense que ça nous a tous grandi un peu.
    Au plaisir de te revoir dans le Morbihan si jamais tu repassais par là.
    Kayakamikalement.
    PYves

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