Surpris par la brume en kayak de mer, randonnée dans l’archipel de Molène

Rase-cailloux à la pointe des Renards au Conquet

Ce dimanche matin, 20 mai, après avoir hésité à aller bivouaquer au cap de la Chèvre, je me décide à partir pour Molène.
Le temps est idéal, grand soleil, pas de houle, peu de vent au départ (2 à 3 Bft), Météo France annonce quand même du 4 Bft pour aujourd’hui et demain.

Je sais bien que du Conquet à Molène, l’idéal est de prendre une marée montante, mais je ne suis pas pressé, je veux profiter pleinement de cette randonnée et peu importe si je mets 5 heures au lieu de 3 pour arriver à bon port.

Sur la plage de Porsliogan, il est bientôt 13h, j’équilibre mon kayak pour qu’il ne soit pas trop ardent : ça consiste surtout à mettre l’eau (3 litres) et la bière (1 litre) dans la pointe arrière, le duvet dans la pointe avant.

Pointe de Kermorvan

Je commence ma navigation en remontant en rase-cailloux vers la pointe de Kermorvan. Arrivé à la pointe, je vois la veine de courant qui déboule (c’est la troisième heure de marée d’un coefficient de 79) et je me fais une petite reprise de courant, comme en rivière.
Des yeux, je surveille mes alignements vers l’archipel et vers le continent et je fais mon bac le mieux possible, jusqu’à Béniguet.

Navire câblier Pierre de Fermat

Ensuite, mon idée c’est de passer par le sud de Béniguet en rase-cailloux, puis de remonter jusqu’à la tourelle de Béniguet Nord, d’où je commencerai mes sauts de puces, d’îlot en îlot, jusqu’au Cromic, ainsi je passerai les courants traversiers sans trop me faire déhaler.

Je verrai quelques phoques dans les environs du Cromic et j’aurai le plaisir de trouver une zone de vagues de courant qui me permettront quelques surfs. Je poursuis ma navigation en longeant le sud de Quéménès. Passé la pointe sud-ouest de Quéménès, j’aperçois Molène, alors que je m’engage dans la passe de la Chimère. En peu de temps, la mer s’anime et se creuse, le vent monte à 4Bft,  j’optimise ma route pour éviter les zones de vagues qui déferlent sur les hauts-fonds environnants.

Brume sur Molène

Brusquement le rideau tombe sur Molène, la brume est là, et je n’ai que le temps de relever un cap compas approximatif, avant que Molène ne disparaisse à mes yeux. La visibilité a chuté à 100 mètres. Dès que je peux, je m’arrête près d’une roche, je sors mon GPS, afin qu’il me donne ma longitude et ma latitude. J’emmène ce GPS Garmin à chaque randonnée depuis 2 ans et, pour la première fois, je vais m’en servir. Il me permet de me repérer exactement sur la carte marine afin de calculer ma route fond pour atteindre bon port. Une erreur de 15 degrés peut me faire louper Molène ou son Lédénez. J’allume le GPS et lui demande un premier « WayPoint », visiblement mon GPS ne s’est pas encore bien calé sur les satellites, parce qu’il m’indique que je suis sur le continent ! Donc je fais un deuxième WayPoint, déjà plus réaliste mais illogique. Le troisième sera convainquant, il correspond bien à la zone où je pense me situer. J’en fais un quatrième pour confirmer le précédent et, comme c’est confirmé par une deuxième mesure, je calcule mon cap et me remets en route. Bientôt, je distingue la cale Charcot, le relevè était bon !

Je roule le kayak jusqu’au camping, je monte mon tipi et puis je vais chez Rachel (cela devient un rituel) pour manger une saucisse de Molène accompagnée de frittes (avec une tite bière à la pression). L’ambiance est conviviale, j’engage la conversation avec un groupe qui est venu sur l’île en voilier, l’un d’eux s’intéresse au kayak et nous discutons le coup.

Quand je regagne mon tipi, les îles de l’archipel sont toujours masquées. Espérons que demain la brume ne sera pas trop présente.

Lundi matin, je prends mon petit déjeuner. Les îles de l’archipel sont invisibles, masquées par la brume. Le visibilité est quand même nettement meilleure qu’hier soir, on voit à un demi mille nautique. Pour mon retour, je peux naviguer au compas et à vue jusqu’à Béniguet.

De Molène à Béniguet les bateaux de ligne, comme ceux de la Penn Ar bed, ne passent pas entre les îles, au cœur de l’archipel. Entre Béniguet et le Conquet, sur le chenal du Four, c’est autre chose. Hier, dans le chenal du Four, j’ai vu passer le « Pierre de Fermat« , un navire câblier d’Orange. Je ne suis pas sûr qu’un kayak soit visible sur son radar, c’est tellement petit et bas sur l’eau. Bien sûr, je pourrai communiquer sur le 16, le moment venu, pour signaler ma présence, mais je préfère choisir l’option d’aller jusqu’à Béniguet, y faire une pause et repartir une fois la brume complétement levée.

Je consulte la carte et l’atlas des courants de marée du SHOM, puis je pars dès que je suis près, à 10h30 (18 minutes avant la PM de Brest). Il y a peu de vent et pas de houle, je regarde régulièrement à gauche et à droite, pour m’assurer qu’aucun bateau ne risque de croiser ma route, mais je ne vois personne jusqu’à Morgol.

Le Cromic

Au Cromic, prés de Morgol, je retrouve, au mouillage, l’équipage brestois avec qui j’avais engagé la conversation la veille au soir. Le capitaine échange encore un peu sur la vitesse moyenne d’un kayak, eux aussi rentrent aujourd’hui, je poursuis ma route.

 

Jeune phoque au soleil

Juste après, je croise quelques jeunes phoques qui prennent le soleil sur leurs roches, certains ont une position en forme de banane. Je me garde bien de les approcher, afin qu’ils ne se jettent pas à l’eau en catastrophe. Comme les phoques le font toujours quand ils sont surpris par un kayak qui arrive sur eux « comme par magie », du fait de sa propulsion silencieuse.

Maintenant je vise Béniguet nord, je commence à distinguer la silhouette de l’île, mais le continent reste invisible.

Mouillage à Béniguet

Finalement je me pose à proximité des quelques bâtiments de Béniguet. Une partie de la plage est autorisée au débarquement. Je fais une promenade sur le petit sentier autorisé, sentier qui relie la côte est de l’île à sa côte ouest.

Il est 13h00, je casse la croûte. J’avais emmené des plats bio, céréales et légumes. Mais curieusement, c’est la bière, le saucisson et le chocolat qui vont y passer !

Béniguet ouest

En attendant que le continent soit visible, je m’installe pour faire le lézard jusqu’à 16h00. Je repars de Béniguet avec un bon 4 Bft de face. Au passage, je cueille un lot de spaghettis de mer pour ce soir (nous sommes encore dans la saison où ils sont bons) ma femme les aime bien.

Je pagaye comme tout ce week-end : en utilisant la rotation du tronc. Mon épaule sujette aux petites douleurs et tendinites s’en porte beaucoup mieux. Alors que j’ai pagayé à un rythme soutenu (4 nœuds), et parcouru 22 milles, je n’ai aucune douleur à l’épaule.

Finalement, l’effort le plus physique que j’ai du faire ce week-end, ça a été, à l’issue de ma randonnée, de charioter mon kayak chargé jusqu’au parking de Porsliogan.

Vivement la prochaine !

Suite à mon article, Rico m’a envoyé ce témoignage :
L’été dernier j’ai pu monter en passerelle de la Finistmer.
La conversation , bien sûr, tournait autour des kayaks.
J’ai retenu ceci : invisible au radar.
Invisible soleil bas avec houle ou clapot même par beau temp.s
Éviter la route au nord de la Vinotière.
Par brouillard dans le Four contact Vhf avec Ouessant Traffic et sémaphore St Mathieu.
Rester groupés est primordial, un navire soudain aura du mal à passer à travers un jeu de quille sans touchettes, et la masse rends moins invisible.
L’été , le trafic est bien plus intense.
Les vedettes de plaisance sont de réels dangers pour nous également.

 

Itinéraire et tracé de ma randonnée en kayak de mer, de PorzLiogan à l’île Molène. En 2 jours.
Itinéraire et tracé de ma randonnée en kayak de mer, de PorzLiogan à l’île Molène. En 2 jours.

 

 

 

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

2 réflexions sur « Surpris par la brume en kayak de mer, randonnée dans l’archipel de Molène »

  1. Salut Jean François,
    Merci pour ton partage. Tu as super bien géré la navigation dans la brume (on en avait fait une belle expérience au tour duf).
    Je ne t’ai pas répondu pour Molene car nous étions sur le retour d’Ecosse et je n’avais pas mon téléphone. De toute façon je n’étais pas en état pour t’accompagner. Je n’ai pas encore récupéré de notre aventure écossaise et des 2500 km de voiture. Mais ça valait vraiment ‘le coup. Tu pourras bientôt en lire le CR sur le blog de Pascal !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.