Tour en mer d’Iroise, en kayak de mer de Port Mazou à l’île de Sein, en passant par l’île Molène

Lundi 30 juillet, j’arrive à port Mazou. J’y retrouve Martine, Christian et Hervé qui m’ont précédé de peu. Un passant, à qui nous demandons où nous pouvons laisser les voitures sans gêner, nous indique un emplacement non loin.

Port Mazou

Port Mazou est un petit port cerné de rochers, face à l’îlot de Melon, il est abrité des fortes houles. Les mouillages y sont constitués de troncs d’arbre ébranchés de 6 à 8 mètres de haut. Plantés à grande marée basse, avec leur racines, dans un large trou d’un mètre de profondeur. On recouvre les racines de pierres et on cale le tronc à l’aide de gros blocs de roche. Un tronc sert à amarrer les bateaux une dizaine d’années. Ce système, traditionnel dans les pays nordiques, ne se rencontre plus qu’en deux endroits en Bretagne : à Gwin Zegal, dans la commune de Plouha, dans les Côtes d’Armor, et ici à Mazou, dans la commune de Porspoder.

vers Corsen
Béniguet

Tout en déchargeant les kayaks des toits, nous discutons de la route du jour.

Finalement, nous descendrons jusqu’à la pointe de Corsen en longeant la côte, puis nous prendrons en diagonale le chenal du Four, jusque vers Béniguet.

 

Béniguet

Là, en pique-niquant, nous attendrons le début du flot pour monter à Molène.

 

 

 

vers Molène
vers Molène
vers Molène

 

 

 

 

Le coefficient du jour est moyen, mais nous devrons quand même avoir l’œil sur des alignements, afin de ne pas nous laisser dériver vers l’est par les courants traversiers.

 

Mardi 31 juillet, lever à 6 heures pour embarquer à 8.

pause à la crique de Saint-Mathieu
Saint-Mathieu

Nous prendrons, avec le jusant, la direction de la pointe Saint-Mathieu où, à midi, nous pique-niquerons dans une jolie petite crique, la deuxième après la pointe de Penzer. La mer se retirant, elle découvrira une barre de roches qui rend dangereux le portage des kayaks chargés. Aussi, bon gré, mal gré, nous patientons jusqu’à 16h. Le temps que la montante recouvre à nouveau cette barre.

D’ici 16h, nous avons le temps de monter par le sentier jusqu’à l’ensemble des bâtiments de la pointe Saint-Mathieu. Ensemble constitué par les cénotaphe, sémaphore, phare, abbaye, chapelle, hôtel et café. Au café, nous trouvons le lieu qu’il nous faut pour passer un moment agréable.

entre Saint-Mathieu et le Château de Dinan
le Château de Dinan

A 16h, nous prenons la direction du Château de Dinan. L’arrivée, avec la houle, sur la plage de galets sera un peu « rock and roll ». Christian débarque le premier, puis avec l’aide de Christian, augmentée de celle d’Hervé, « ça l’a fait » pour Martine et moi.

 

Mercredi 1er août, sur la plage de galets, nous plaçons les kayaks en épis, à l’est de la plage, où la houle est la moins forte.

entre le Château de Dinan et l’île de Sein
entre le Château de Dinan et l’île de Sein
entre le Château de Dinan et l’île de Sein

 

 

 

 

 

S’en suit une longue ligne droite vers l’île de Sein. D’abord, nous croisons la bouée du Bouc. Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la côte, la houle monte progressivement à 3 mètres, avec une période de 9 secondes. Nous faisons une pause de 4 minutes toutes les heures. Notre vitesse moyenne, sans l’aide des courants, me semble tourner entre 3,5 et 4 nœuds. Deux heures plus tard, nous distinguerons la pointe du Raz, puis le phare de la Vieille. Ensuite apparaîtront successivement ; Tévennec, le grand phare de Sein, enfin les maisons. A l’entrée du port, nous évitons les quelques déferlantes qui brisent sur les hauts fonds environnants. J’aurai le plaisir de faire deux petits surfs, juste derrière la balise verte marquant l’entrée du port.
Nous arrivons peu avant basse mer, nous laissons les kayaks sur le sable en attendant le début du flot qui nous les portera sans efforts à la cale de Nochimon, la dernière cale du port, celle qui est la plus proche du Centre Nautique. Ensuite, je demande le prêt d’une carriole à Pierre Portais (le moniteur FFCK de kayak, de paddle et aussi de tir à l’arc du Centre Nautique de l’île de Sein). Accordé ! Avec la carriole, nous portons d’un coup tout notre matériel de bivouac jusqu’au Lenn.

tir à l’arc avec Pierre Portais

Au même moment, Pierre prépare le cours de tir à l’arc de 18h, je réalise que je peux m’inscrire au cours. Ce que je fais. Cela fait longtemps que j’ai envie d’apprendre et j’en profite. Me voila apprenant ce qu’est l’encoche, la plume dite « de coq », les 2 plumes dites « de poule », le fût et la pointe. Pierre ajoute pour moi un arc de gaucher. Me voici avec un groupe de jeunes bretonnants, tous aussi gentils les uns que les autres. Ni mon âge, ni ma langue, ne feront barrière avec eux. Après un premier entraînement, Pierre nous divise en deux équipes, de nombre et forces égales, qui vont concourir en deux manches. Nous perdrons la première manche qui consiste en un tir sur cible, le plus central possible. J’aurai plaisir, juste après, à remporter la deuxième manche avec mon équipe, quand nous devrons, les premiers, vider une bouteille d’eau en plastique, en la perçant dans son bas d’une flèche ajustée au raz du sol. Le soir, je recroiserai le groupe de jeunes bretonnants, ils sont là, « en colo », pour la semaine, ils pratiquent, avec Pierre, le kayak, le stand up paddle et le tir à l’arc.

île de Sein

Le soir, après contemplation du coucher de soleil, notre groupe de 4 déambule avec gourmandise dans les ingénieuses rues étroites de Sein (sur l’île, la place est comptée). Point de voitures à Sein. Dans les petites rues de la commune, quand il faut transporter les courses, seules passent les carrioles.

 

île de Sein
île de Sein
île de Sein

 

 

 

 

 

Jeudi 2 août, nous avons du temps avant PM+5, alors on profite. Aussi bien à pied qu’en kayak, nous arpentons Sein par les chemins et par la côte. Pierre Portais nous a indiqué une petite plage, près de la grande croix de Lorraine. De là, nous pourrons embarquer à marrée basse, avec un portage aussi réduit que possible. A PM+5, nous voila partis, dans l’autre sens, sur la diagonale qui relie Sein à la pointe de Dinan. Nous suivons une route fond au 45°.

entre île de Sein et Château de Dinan

Aujourd’hui, j’ai mal équilibré mon kayak, il y a trop de poids à l’arrière. Du fait que, pour la première fois, j’ai rempli à fond ma vache à eau de 10 litres, mon kayak est devenu mou. Je fatigue pendant plus d’une heure à pagayer principalement du même coté avec le vent de 3/4. Je demande à Christian si il veut bien sortir de mon caisson arrière les deux sacs de vêtements que j’ai chargé en dernier, pour les amarrer sur le pont arrière, afin d’augmenter le fardage de ma pointe arrière. Sitôt fait, mon kayak redevient légèrement ardent. J’aide à ce comportement sain du bateau en penchant mon tronc bien en avant. Ainsi mon kayak redevient manœuvrant et joueur. La navigation, de lourde et pénible, devient légère et ludique grâce à la petite houle d’un mètre cinquante, accompagnée de la mer du vent que génère un 3 Beaufort.
(A ce sujet, voir l’article : Kayak de mer ardent, neutre, mou)

A partir de 17h, nous avons contre nous un 4 Beaufort établi. Nous y allons de notre détermination pour garder le rythme. A l’arrivée, en passant sous l’arche de la pointe de Dinan, nous sentirons la force franche d’un bel effet venturi qui, très momentanément, nous offrira un 6 Bft bref, mais de toute beauté. Nous revenons à notre plage de galets de l’avant veille. Cette fois, pas de houle. L’atterrage est simple.
Comme tous les soirs, nous sortons nos tentes, sacs de couchage, matelas, réchauds, vêtements de terrien, eau et vivres. Nous débutons la soirée par un apéro gourmand, convivial et réparateur, avant d’œuvrer magistralement aux réchauds 😉 . Nous décidons, d’un commun accord, qu’à partir de demain, c’en est fini des traversées de 6 heures sans rien à regarder. Nous optons pour une fin de randonnée en mode rase-cailloux, pur et dur.

 

 

Château de Dinan

Vendredi 3 août, nous ne résistons pas à commencer la journée par un nouveau passage sous l’arche de Dinan. Puis, nous sacrifions à une rare ligne droite, pour rejoindre la côte nord de l’anse de Dinan. Là, comme décidé la veille, nous nous mettons à raser les cailloux avec application et délectation. Chaque grotte est visitée, chaque passe est explorée. Pour ne pas toucher les roches, ni frotter le fond de nos coques, nous ouvrons l’œil et le bon. Nous avançons doucement, lentement, souvent sous l’ardent soleil du jour. Les couleurs éclatent. Nous avons tous quatre activé les modes « contemplatif » et « ludique ».

rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon
rase-cailloux en presqu’île de Crozon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les roches vont du vert au rouge, alors que la mer se nuance du cobalt au turquoise. Le sable conjugue les deux avec évidence.

 

plage de Pen Hir

A midi, nous nous posons sur la grande plage de sable de Pen Hir. Au menu de cette pause : bain délassant, plongeon dans la houle turquoise. Ensuite, restauration face au grand bleu.

 

 

rocher du Lion
Toulinguet
rocher du Lion
rocher du Lion

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rocher du Lion, vu lors du pique-nique, excite notre curiosité. Passé le repas, nous y allons par un petit détour, avant de nous rendre à Camaret.
A la capitainerie de Camaret, nous demandons la permission de remplir nos vaches à eau, ce qui nous sera accordé. Nous regagnons nos kayaks après un passage au café de la place Saint Thomas. Maintenant, notre objectif est de trouver un lieu de bivouac pour la nuit. Si possible sans nous dérouter. Plusieurs plages déçoivent nos espoirs : elles ne disposent pas d’un à plat au dessus de la dernière laisse de mer, où nous pourrions monter nos tentes. Nous recherchons également un abord facile, dénué des roches sur lesquelles nous risquerions de trébucher, lors du portage inévitable des kayaks chargés (50 à 60 kilos par kayak je dirais).

plage de l’ancien Fort de la Fraternité
plage de l’ancien Fort de la Fraternité

Finalement, nous pousserons, contre un vent de 4 Beaufort, jusqu’à la plage du Fort de la Fraternité, cachée derrière l’îlot du Diable. Là, nous aurons à la fois un lieu qui convient et, en surplus, des fortifications à visiter. Le soir, alors que nous arpentons les sentiers alentours, nous entendons les échos d’un des concerts du Festival du bout du Monde. Festival qui se tient non loin, les basses nous parviennent.

 

 

pont des Capucins

Samedi 4 août, nous mettons les kayaks à l’eau un peu avant PM. Nous engageons la nav du jour. Toujours en mode rase-cailloux. Ce qui nous amène à passer sous le pont qui relie le continent à l’îlot des Capucins. Nous avons très peu d’eau, nos coques passent, mais « tout juste ».

 

phare du Petit Minou
Déolen
La Recouvrance

 

 

 

 

Nous montons au Petit Minou et obliquons à l’ouest. Nous passons le Déolen, puis Trez Hir (où nous croisons la goélette La Recouvrance qui vient y mouiller), pour finir par débarquer sur la plage de Bertheaume.

vers la pointe Saint-Mathieu
Olivier vers la pointe Saint-Mathieu
pointe Saint-Mathieu

 

 

 

 

 

Nous déjeunons lentement, ainsi, nous nous présenterons à Saint-Mathieu peu avant la renverse qui nous aidera à nous diriger vers le nord. En chemin, nous rencontrons Olivier (abri d’Olivier) qui vient en solitaire de Carantec en kayak de mer. Il nous dit avoir naviguer dans la brume épaisse la veille et aujourd’hui. Nous lui relatons qu’au sud, nous avons eu constamment bonne visibilité et soleil.

L’Illette

En navigant vers le nord, nous convenons de nous séparer peu avant le terme de notre randonnée. Martine, Christian et Hervé préfèrent arriver à Port Mazou demain en début d’après midi. Ils seront alors frais et dispos pour entamer les 400 kilomètres de la route qui les reliera à Saint-Nazaire.
De mon côté je préfère rentrer ce soir à Brest, qui n’est qu’à 40 minutes de route. Top là ! Nous nous séparons devant la plage de Porsmoguer, où les Nazairiens vont bivouaquer ce soir.

Corsen
Corsen

Ils ont bien fait, parce que sitôt passé la pointe de Corsen j’ai droit à un reste de la brume dont nous a parlé Olivier, ainsi qu’à un bon 4 Beaufort du NNE qui sollicitera ma détermination.

Port Mazou

Arrivé à Port Mazou, j’envoie un texto à Christian : « suis bien arrivé à 20h30, les voitures vont bien. Impec ! Bon bivouac à vous 3 ». Le lendemain Christian me dira de la même manière « qu’ils sont bien arrivés à Port Mazou, après une navigation superbe en mode ras de côte ».

 

Tour en mer d'Iroise, en kayak de mer de Port Mazou à l'île de Sein, en passant par l'île Molène
Tour en mer d’Iroise, en kayak de mer de Port Mazou à l’île de Sein, en passant par l’île Molène

Vivement la prochaine randonnée !

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

3 réflexions sur « Tour en mer d’Iroise, en kayak de mer de Port Mazou à l’île de Sein, en passant par l’île Molène »

  1. Salut Jeff

    Des pierres noires à kereon pour nous ces 3 derniers jours
    Une premiére pour Valérie , faire ça avec son conjoint c’est top
    une nouvelle jeunesse
    j’ai des guides Irlande si tu as besoin

    A plus

    1. Salut Rico, oui c’est une magnifique rando que tu as fais avec Valérie. Bravo à elle. Je suis content pour vous. Pour l’Irlande, nous avons hélas du annuler à cause d’obligations professionnelles. Mais c’est seulement partie remise.

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