Base Camp Pagaie Noire kayak de mer – Sweden, octobre 2018

Nous sommes 8 stagiaires, inscrits à la formation pagaie noire en Suède, automne 2018. C’est la première formation pagaie noire mer qu’organise la FFCK. A cette occasion, Jean Marc Terrade, formateur national mer FFCK, sera notre enseignant, il supervisera toutes nos navs et prendra la main sur le stagiaire leader dès qu’il l’estimera nécessaire.

débarquement sur l'îlot de Byxeskären (Suède)
débarquement sur l’îlot de Byxeskären (Suède)

Jean Marc emploiera avec nous la pédagogie par expérience : il nous met en situation, ensuite nous faisons le debriefing de l’action. Ce debriefing d’une heure consiste à faire un bilan factuel (sans jugement) de la journée : qu’avons nous fait et comment aurions nous pu faire autrement ?

La différence entre un kayakiste pagaie rouge et un kayakiste pagaie noire se situe sur la connaissance, ou pas, du territoire sur lequel on navigue :
– une pagaie rouge est capable de guider en sécurité un groupe dans un territoire qu’il connaît.
– une pagaie noire est capable de guider en sécurité un groupe dans un territoire qu’il ne connaît pas.

Plus précisément : au vu des cartes, météo et courants, une pagaie noire est capable d’estimer le niveau de difficulté de la navigation. La pagaie noire veille en permanence à ce que la navigation soit adaptée au niveau du groupe qu’il guide. Si la navigation prévue passe par des zones compliquées, le, ou la, leader a prévu une ou des réchappes (des abris) qui font que, même si les conditions durcissent, le groupe reste en permanence en sécurité.
Tout a fait dans cet esprit, Stéfan, nous a dit « qu’il prévoit les randonnées qu’il organise, comme si il les concevait pour ses enfants ». Dans certains cas, Jean Marc nous relate qu’il a préparé jusqu’à 4 réchappes pour un passage exposé.

Un mois avant la formation, nous devions, chacun de notre côté, nous renseigner sur le Bohuslän, qui est la région de Suède dans laquelle nous nous rendrons pour naviguer. Cette région a été choisie parce qu’à priori aucun des stagiaires ne la connait. Jean Marc nous fourni des documents pour cadrer notre organisation : contacts de chaque participant, planning de la formation, transport, lieux de rendez-vous, menus, recettes de cuisine adaptées, boite à questions, liste détaillée du matériel collectif et individuel à emmener, liste des topos à organiser chaque soir, organisation de la caisse de bord, liste des courses.

Pour moi, et visiblement pour les autres stagiaires, le travail de préparation de cette semaine en Suède a été le travail le plus important que nous n’ayons jamais effectué pour préparer une navigation. Même le « tour de Bretagne » que j’avais organisé en été 2017, qui, pourtant, durait 3 semaines et nous faisait passer par des zones que je n’avais jamais navigué, m’avait demandé moins de travail de préparation.

Si je totalise, je vois que la préparation de cette formation en Suède m’a pris une soixantaine d’heures. Rien que cette étape était déjà un apprentissage. Je compte dans les heures de préparation le choix, l’emprunt, ou l’achat de matériel (neuf ou d’occasion), adapté aux conditions météo de la Suède en cette saison.

Lors du stage, deux thèmes reviendront quotidiennement au premier plan de l’enseignement de Jean Marc :
– assumer la responsabilité du groupe en navigation et en bivouac (leadership)
– comprendre l’interaction entre la météo, la mer, les courants et la géographie, sur un territoire qu’on n’a pas reconnu au préalable.

 

 

cagoule Gill polaire i3
cagoule Gill polaire i3

Pour savoir comment s’équiper, afin d’aller pagayer dans de bonnes circonstances au Bohuslän (la côte nord-ouest de la Suède), de fin octobre à début novembre, il nous fallait nous renseigner sur :

– les magasins ou sites vendant les cartes marines de la zone de navigation.  Séverine a trouvé les jeux de cartes les plus adaptés à notre pratique, parce qu’au format A3 et au 50 000ème : Båtsportkort – Svinesund-Måseskär – Västkusten norra.

– les conditions météos à cette période de l’année : températures de l’air et de l’eau, vent, vagues, précipitations, houle, visibilité, heure de lever et coucher du soleil. Cela n’est pas bien difficile avec les ressources en ligne d’Internet. https://fr.weatherspark.com/

– la déclinaison magnétique locale (différence entre nord géographique et nord magnétique) à la date du séjour. http://www.geomag.nrcan.gc.ca/calc/calc-fr.php

– les horaires des marées, le marnage et la présence de courants ou pas. http://fr.wisuki.com/tide/2925/goteborg

– les lieux adaptés au bivouac d’après la lecture des cartes marines et des vues satellites.

 

 

Une fois ces conditions connues, il faut vérifier qu’on possède le matériel adapté. Parmi les achats de matériel, je m’occuperai des cagoules Gill pour trois d’entre nous et j’irai chercher chez Bekayak quelques accessoires, pour le groupe. Pour moi-même, j’achèterai des sous-vêtements en laine mérinos qui me donneront toute satisfaction.

Bakoko et Séverine se renseignent sur nos éventuelles intolérances, ou allergies alimentaires, puis ils élaborent des menus adaptés. Stéfan et Bakoko se chargent des courses. Jef des Alpes amènera une cocote minute Lagostina de 6 litres qui nous permettra de cuisiner pour 9. Stéfan organise les conférences téléphoniques aux heures qui conviennent le mieux aux stagiaires et à Jean Marc.

Jean Marc Terrade effectuera le transport du matériel de Bretagne à Lysekil, il sera rejoint à Paris par Jef des Alpes qui amènera le matériel venant du sud de la France.

vers Göteborg
vers Göteborg

La FFCK met à la disposition de notre groupe un utilitaire 9 places auquel Jean Marc attellera sa propre remorque, chargée de nos kayaks de mer. L’utilitaire, loué à Rennes, rendra l’âme au Danemark. C’est en allant au garage que le groupe découvrira que le loueur n’avait pas assuré le véhicule. Aie, aïe aïe ! Heureusement Jean Marc, Bakoko, Yannick et Jef des Alpes s’organiseront et réussiront en moins de 24 heures à louer au Danemark un utilitaire qui permettra d’aller à Lysekil et de revenir à Rennes. Le stage sera sauvé ! Moi-même, Stéfan, Jean-Michel, Séverine et Saraillou, arriverons par avion à Göteborg.

 

bac au sud de Lysekil
bac au sud de Lysekil

Samedi 27 octobre à 11h45. En cours de route, Yannick a un empêchement qui fait qu’il ne nous rejoindra à Lysekil que le lundi soir. De l’aéroport de Göteborg, où viennent nous chercher Jean Marc, Bakoko et Jef des Alpes, nous prenons la quatre voies vers Lysekil. Nous empruntons le bac au sud de Lysekil pour raccourcir le trajet.

Arrivés à l’hôtel, JM fait un point pour organiser la soirée. Après dîner, le groupe 1 va travailler la météo et préparer la navigation de demain, alors que le groupe 2 (constitué de Jean-Michel, Jef des Alpes, Saraillou et bientot de Yannick) va travailler sur le matériel et sur l’avitaillement.

Pour notre première soirée à Lysekil, la FFCK a retenu un restaurant. Tout en dînant, nous entamons, sous l’égide de Jean Marc, une discussion très riche. Nous sommes « rincés » à son issue. Nous nous sommes levés vers 3 heures ce matin et il est déjà minuit. … Dodo pour tout le monde.

 

Dimanche 28 octobre 2018. Lever 7h, petit déjeuner, suivi d’un premier point pour organiser la journée. Vers 10h00, nous déposons nos kayaks sur la plage de Pinnevik, nous disposons le matériel collectif (tipi, réchauds, avitaillement) sur la cale. Le matériel perso de navigation et de bivouac est disposé sur la plage, près de nos kayaks. Nous chargeons d’abord le matériel personnel. Le matériel collectif sera distribué à chacun, selon la place disponible restante dans les caissons. Pour donner une idée des proportions : mon matériel perso occupe le caisson avant et la trappe de jour de mon kayak. Mon caisson arrière est disponible pour le matériel collectif.
Dans notre organisation, nous mettons à part le repas de midi, qui, comme le matériel de sécurité, devra être rapidement accessible.

Le club de kayak suédois ouvre sa saison d'hiver - photo Jean Michel Albisson
Le club de kayak suédois ouvre sa saison d’hiver – photo Jean Michel Albisson

Je vous décris le contexte particulier de cet embarquement :
alors que nous déchargeons nos kayaks de la remorque, nous voyons, sur la plage, un groupe de 30 kayakistes suédois sur le départ. Nous apprenons qu’aujourd’hui ils ouvrent ce qu’ils appellent leur saison d’hiver. La presse étant là, nous sortons le drapeau FFCK, pour être identifiés.

Une fois nos bateaux chargés, nous allons, Jean Marc, Stéfan et moi, remplir les vaches à eau et thermos du groupe. Nous comptons 5 litres d’eau par personne et par jour. Avec les températures négatives que nous aurons cette nuit, vous comprendrez que les thermos font partie du matériel de sécurité.

De ce jour à mercredi, c’est notre groupe, le groupe 1 (qui est constitué de Séverine, Stéfan, Bakoko et moi-même) qui a conçu la navigation du jour. Ce dimanche, nous allons sur une île à 3 milles nautiques. Cette île a été choisie parce qu’elle offre un relief qui nous assure d’être protégés du vent du nord qui règne sur la zone en ce moment. La navigation se passe comme prévu. Dès le débarquement sur la plage de Ögården, Jean Marc, demande que le leader du jour (Stéfan) fasse le point et organise l’installation du bivouac. Stéfan, efficace, paisible, rassurant, à l’écoute de tous, annoncera que nous devons : 1/ monter les kayaks au sec, 2/ dresser le tipi collectif, 3/ monter nos tentes, 4/ nous changer, 5/ nous retrouver au tipi dans 2 heures pour organiser collectivement la suite de la soirée.

Bivouac à Ögården
Bivouac à Ögården

Je me dépêche d’accomplir mes taches, ainsi j’aurai le temps de remplir mon carnet pour y coucher mes souvenirs du jour. A 18 heures, nous nous retrouvons sous le tipi pour cuisiner, débriefer la journée, discuter du leadership, préparer la nav de demain, puis remplir le journal de bord du groupe.
Demain, c’est mon tour d’être le leader.

 

Ögården au matin
Ögården au matin

Lundi 29 octobre, nos tentes sont raides et couvertes de givre. Nous nous réunissons sous le tipi pour le petit déjeuner. En même temps, nous remplissons notre douzaine de thermos (une dizaine sont dédies aux repas rapides et deux sont réservés, par sécurité, aux personnes qui pourraient avoir froid).

Aujourd’hui, je joue le rôle de leader, je dois veiller à la sécurité du groupe, rappeler les tâches à accomplir, faire des points réguliers, informer et être attentif à tous comme à l’environnement. Alors que, devant mon réchaud à gaz, je remplis les thermos avec Jef des Alpes : je réalise que plusieurs d’entre nous sont partis démonter leur tente sans que je leur demande de rassembler les vivres destinées au repas de midi, afin qu’une seule personne en ait la gestion. A midi, nous perdrons 10 minutes dans le vent froid à cause de cet oubli.

Je décris au groupe la navigation du jour, la météo, les horaires, les différentes phases de la journée.
Nous commençons la nav en rase cailloux, c’est Stéfan qui est « l’éclaireur » du premier quart de notre route, il est prévu qu’ensuite ce soit moi, Séverine, puis Bakoko qui jouent ce rôle.

Bakoko à Fiskebäckskil
Bakoko à Fiskebäckskil

A Fiskebäckskil, nous faisons le plein d’eau et montons le tipi pour le déjeuner. Nous en avons besoin, alors que souffle un 5 Bft bien froid.

 

Par téléphone Yannick, qui a dû rester au Danemark, nous confirme qu’il arrive ce lundi soir à Lysekil.

Nous savons que le vent va forcir dans les jours qui viennent, aussi nous annulons le bivouac de ce soir, pour rejoindre Lysekil et retrouver Yannick. Nous avons trop peu de temps pour rentrer à la pagaie en toute sécurité. Jean Marc a remarqué une navette qui rejoint Lysekil, nous nous dépêchons de rejoindre l’embarcadère de Fiskebäckskil, dans l’espoir que cette navette acceptera de nous emmener  à destination.

sur la navette, Jean Marc, Saraillou et Séverine veillent sur une pile de 4 kayaks - photo de Stéfan
sur la navette, Jean Marc, Saraillou et Séverine veillent sur une pile de 4 kayaks – photo de Stéfan

L’équipage de la navette, voyant le mauvais temps et la nuit proche, accepte de nous transporter, nous et nos bateaux. On charge les kayaks au pas de course, nous les empilons en deux piles de 4 kayaks, pour ne pas faire perdre de temps à la navette. Arrivés à bon port et dans les temps, nous nous changeons dans un providentiel abri bus. Une fois les kayaks sur la remorque, récupérée par Jean Marc sur le parking de notre plage de départ, nous allons nous réchauffer et prendre un pot dans un fast-food proche.

Le soir nous retrouvons Yannick, notre groupe prépare la nav du lendemain.

Lors du débriefing nous notons que Saraillou et moi avons été brièvement en hypothermie stade 1 (frissons) au moment du repas de midi. Nous avions fait un petit footing pour que nos frissons disparaissent.
Quand nous pagayons, nous dégageons de la chaleur au point de pouvoir avoir trop chaud. Quand nous sommes statiques, par exemple aux pauses repas, si nous sommes légèrement mouillés et sans abri au vent, nous avons vite fait de nous refroidir. Voila pourquoi, quand il fait froid, ou simplement si le soleil n’est pas là, il est prudent de faire des pauses repas brèves. Si on veut plus de temps pour le repas, il faut monter rapidement le tipi.

 

Mardi 30, lever 7 heures, petit déjeuner. La navigation du jour démarre de Bälögat. Aujourd’hui c’est Séverine qui est notre leader. Lors du briefing, elle nous présente la météo et notre parcours. Nous monterons à Hjältön, puis à la pointe de Rävsnäs. Ensuite nous entreprendrons un « downwind » en deux étapes, jusqu’à la balise blanche qui signale la proximité de notre point de débarquement.

Avant ce briefing, nous avons un peu galéré à trouver un point d’embarquement. Le point que nous avions retenu d’après les cartes et Google Earth était situé sur un chantier naval. Le chantier étant désert, nous ne trouvons personne à qui demander de nous ouvrir la barrière donnant accès au point de mise à l’eau.
Un deuxième point d’embarquement possible nous sera également inaccessible, une colonie d’enfants ayant pris possession des lieux.
Finalement le troisième point sera le bon.

Downwind vers Bälögat
Downwind vers Bälögat

A l’issue du premier downwind, comme je m’étais bien dépensé, j’avais un peu trop chaud, j’ai eu le plaisir malicieux de réguler ma température par un esquimautage « thermique ».

Jef Delcamp - photo Alpine Paddle
Jef Delcamp – photo Alpine Paddle

 

Pour le downwind, Séverine nous a demandé de constituer des groupes de 3, bien identifiés de tous. Les 3 veillent les uns sur les autres en permanence, de façon a récupérer vite celui d’entre les 3 qui se retrouverait à l’eau.

Stéfan mène le rase-cailloux
Stéfan mène le rase-cailloux

Encore au même moment, dans l’attente du repas de midi, moi et Saraillou nous nous sommes refroidis. Là encore, un petit footing, plus une soupe chaude et tout rentrait dans l’ordre. Les jours suivants, Saraillou et moi gérerons mieux les moments d’attente exposés au vent : nous nous bougerons avant d’avoir froid.

 

Jean Marc et Yannick
Jean Marc et Yannick

Mercredi 31, comme nous désirons une navigation plus longue, nous nous levons à 6h15. Hier soir nous avions prévu une navigation dans l’archipel situé au proche sud ouest de Lysekil.
C’est Bakoko qui sera le leader. Nous descendrons au sud en cherchant l’abri que les îles nous offrent au vent de sud-ouest. Le retour se fera avec l’aide partielle du vent d’ouest.

Le matin, nous constatons que le vent est beaucoup plus fort que celui qu’annonçait les 4 modèles météo que nous avions consulté sur windy.com (ECMWF 9 km, GFS 22 km, NEMS 4 km, ICON 7 km). Nous décidons de partir de Stätten en passant par Gröth, Kniparen et Kyrkeskar. Au sud de Kyrkeskar, nous découvrons une charmante petite île, qui est une réserve ornithologique en été, c’est là que nous pique-niquons.

Jean Marc Terrade - photo Alpine Paddle
Jean Marc Terrade – photo Alpine Paddle

Chacun d’entre nous doit en permanence savoir se situer sur la carte. Jean Marc veille a ce qu’à chaque étape de la randonnée, le leader donne des informations et consignes claires :
– pourquoi nous faisons cette randonnées (paysage, faune et flore, santé, sport, travail technique …),
– où nous sommes,
– où nous allons,
– de quelle façon.
– Le leader doit indiquer à chaque étape engagée une zone de repli (un abri), au cas ou un imprévu nous empêche d’atteindre l’étape suivante annoncée.

La navigation du jour commence. Remonter au vent de 5 Bft avec une pagaie groenlandaise et un excellent bateau, comme mon Romany Surf, est un vrai plaisir. Je me sens bien, le souffle du vent est agréable sur le visage, je ne fatigue pas. Le gâteau du jour c’est le vent. La cerise qui va dessus c’est le soleil et les oiseaux. En cours de navigation Séverine a essayé une pagaie groenlandaise prêtée par Yannick (Alpine Paddle), à la fin de la formation, il me semble bien que Séverine l’avait adoptée.

Formation Pagaie Noire FFCK, en octobre-novembre 2018 dans le Bohuslän en Suède - Photo Alpine Paddle
Formation Pagaie Noire FFCK, en octobre-novembre 2018 dans le Bohuslän en Suède – Photo Alpine Paddle

Je vois pour la première fois des corneilles mantelées, il y a des eiders et, bien sûr, les habituels goélands, cormorans qui me sont familiers. Nous profitons aussi du spectacle des cygnes et des groupes de canards qui nous survolent. Après trois jours de grisaille, le moindre petit rayon qui colore les îles est une fête.

Sous un grain, retour à Stätten
Sous un grain, retour à Stätten

Passé le pique nique, nous faisons un downwind avec petits surfs. Nous avons mis 3 heures pour remonter au vent, nous mettrons 50 minutes pour redescendre sous le vent.

 

Stâtten
Stâtten

Sur la fin de la navigation, deux arc-en-ciel s’inscriront dans le bleu. Nous verrons aussi tomber une jolie douche issue des cumulus qui nous surplombent, douche bien ventilée, en gerbes de gouttelettes argentées, par le 5 Beaufort.

 

Cette navigation fût un des musts de notre séjour en Suède, pour la variété des couleurs et des ambiances.
Le soir, debriefing, lentilles-saucisses et préparation de la nav du lendemain par le groupe 2.
En gros nos journées commencent à 6h45 pour se terminer à 23 heures.

 

Jeudi 1er novembre, Nous embarquons à nouveau sur la plage de Pinnevik. Nombre de belles éclaircies vont ponctuer la journée.

L'île de Stora Kornö, dans le Bohuslän
L’île de Stora Kornö, dans le Bohuslän

Yannick, notre leader du matin, désigne Jef des Alpes comme « éclaireur » et Jean Michel comme « serre-file ». Nous montons vers le nord, d’abord vers l’île de Stora Kornö, puis vers l’île de Malmön. A chaque étape de la navigation (pointe, île, petit port), le leader redonne les informations, les amers ou alignements et les consignes de sécurité. Au passage, j’approche de plus près les phares suédois, ils sont construits en métal.

Jean Marc et Bakoko
Jean Marc et Bakoko

A partir de Stora Kornö, nous passons en mode rase-cailloux et c’est bien agréable. Nous en sommes à notre cinquième jour de navigation, les rappels constants de Jean Marc nous amènent à produire des briefings plus efficaces, avec la bonne quantité d’information, pas trop, parce que trop d’informations tue l’information.

En gros, le Leader annonce :
– Le pourquoi de notre navigation,
– La situation générale météo (la place des anticyclones et dépressions qui nous entourent) et leurs conséquences sur notre zone de navigation du jour.
– L’éventuelle présence de courants, de houle, de clapot, de déferlantes, de chenaux fréquentés …
– Notre parcours et nos étapes, les réchappes (abris) possibles si besoin.
– L’organisation du groupe, au sein duquel le leader renouvelle et échange les rôles en fonction des situations. A la fois pour l’efficacité, mais aussi pour apporter de la richesse dans l’expérience de chacun. Ainsi, le samedi, j’apprécierai beaucoup d’être désigné comme remorqueur, puis comme remorqué et enfin comme « freineur – guide ».

Jef des Alpes - photo de Stéfan
Jef des Alpes – photo de Stéfan

Pour terminer, il est très important que le leader vérifie qu’il a été bien entendu et bien compris par tous. L’éventuelle distraction temporaire d’un membre du groupe, le bruit du vent ambiant qui peut masquer des mots, la mauvaise compréhension due à des formes de pensée différentes peuvent créer de sérieux problèmes si la situation vient à se durcir. A d’agréables exception près, nous avons souvent navigué avec de bruyants 5 Bft accompagnés de rafales à 7.

Après Stora Kornö, nous sommes montés au nord pour le pique nique à Malmön. Nous nous sommes posés sur un charmant petit port au sud-est de l’île. Là, nous trouverons un carré d’herbe à l’abri du vent. Nous y partagerons le menu du jour : soupe, purée lyophilisée, sardines en boite, fromage et crème dessert « Mont Blanc ».

méduse à Malmön
méduse à Malmön

Après le repas, nous avons un peu de temps pour faire quelques photos avant de reprendre la mer. Dans le port, nous repérons quelques méduses photogéniques. Nous embarquons avec Saraillou, notre leader de l’après midi, et prenons la direction est, vers une raffinerie. Au passage, nous céderons le pas à un navire gazier. Puis nous entamerons notre descente vers le sud, vers Lysekil.
Oubliant les consignes du Leader (Saraillou) j’aurais le tort de me laisser aller au plaisir des gestes du coup de pagaie. Je m’absorberai complètement dans la seule réalisation des gestes, ce qui m’amènera à rechercher l’intensité et accélérera mon allure et fera monter ma température, au point que je devrai faire un esquimautage « thermique » pour me rafraîchir et retrouver une température « standard ». En jetant un coup d’œil derrière moi, je vois que le groupe a bifurqué, sans nous prévenir (nous étions trois en tête), je reconnais là l’habituelle sanction infligée à ceux qui ne respectent pas les consignes. Aussi, je m’applique dare-dare à rejoindre humblement, discrètement et rapidement le groupe.
Encore un peu de rase-cailloux, quelques corneilles mantelées, des eiders et puis nous voilà déjà sur la plage en train de porter nos kayaks vers la remorque.
Nous avons parcouru 17,5 MN, c’est plus que les jours précédents, nous avons bien fait de nous lever tôt.

Lors du briefing du soir, Jean Marc précisera que le leader consacre tout son temps à la conduite du groupe (pas de photo, pas de conseil de pagayage, pas de contemplation …). Le leader regarde chacun, estime l’état de tous les membres du groupe : aisance, fatigue, éventuelle frustration de se sentir bridés pour ceux qui aiment se dépenser, éventuel découragement ou fatigue de ceux qui ont temporairement du mal à suivre le groupe … .
Jean Marc nous renseigne aussi que le leader doit se placer au vent, de façon à ce que sa voix soit portée vers les membres du groupe. Jean Marc nous donne bien des informations précieuses pour être un bon leader, mais souvent elles sont personnalisées et là, le seul moyen de les obtenir est de suivre le stage de formation. Je vous dirai plus tard, à la fin de l’article, les conseils personnels que Jean Marc m’a donné. Sachez que chaque stagiaire a eu des conseils en rapport avec sa façon d’être leader.

Jean Marc est formateur national mer FFCK, c’est à dire qu’il est formateur de moniteurs et aussi qu’il participe aux travaux visant à homogénéiser les test de passage de pagaie dans les divers pays d’Europe. Même si mon article peut vous aider à saisir le contenu du stage de formation, rien ne vaut sa pédagogie par l’expérience dont je parlais au début de l’article.
De même que les kayaks inuits sont tous différents, parce que faits aux mesures de leurs propriétaires, de même l’enseignement de Jean Marc est différent selon la personne à qui il enseigne. J’ajouterai que pour profiter de l’enseignement de Jean Marc, il faut rester humble. Si on croit déjà tout savoir, il n’est simplement pas possible d’apprendre.

L'île de Malmön
L’île de Malmön

En fin d’après midi, nous noterons, lors du bilan, que Saraillou a été un leader particulièrement attentif à notre groupe, extrêmement fluide dans son fonctionnement, il a fait ses briefings efficacement, dans le fil de la navigation, très mobile, toujours bien placé par rapport au groupe, sa présence était sûre et légère.

 

Vendredi 2. Nav sympa aujourd’hui, mise à l’eau sur le quai devant l’hôtel, route au sud contre le vent de 4 Bft avec des rafales à 6. Là encore les heureux possesseurs de pagaie groenlandaises auront plus de facilité que ceux qui affectionnent la pagaie européenne.

Pour le plaisir de nos yeux, c’est dans un véritable archipel, constitué autour de l’île et réserve naturelle de Storön, que nous nous engageons aujourd’hui.

Avec un autre, je me joins (comme d’habitude) à l’éclaireur désigné par le leader, ainsi nous formons un trio qui a plaisir à se dépenser. Hélas, je suis tellement impatient d’y aller que je pars avant la fin du briefing du leader. Aïe aïe, faut surtout pas faire ça, c’est dangereux pour la suite de la navigation ! C’est un manque de respect et une connerie. Heureusement je serai repris par Jean Marc qui supervise et je ne partirai dans le trio de tête qu’une fois le leader sûr que j’ai bien compris les informations et consignes.

archipel de Störon
archipel de Störon

Nous avons un clapot, petit mais haché, mon Romany Surf est parfaitement à l’aise dans ce type de mer. De mon côte, je me penche légèrement en avant dans mon bateau, ça libère mon bassin et je sens beaucoup mieux les mouvements de la coque, ce qui ajoute au plaisir de la navigation.

 

pique-nique - photo Alpine Paddle
pique-nique – photo Alpine Paddle

La pause de midi est très brève, parce que le vent souffle frais. Pour atteindre l’île, nous débarquons avec précautions sur les rochers arrondis et un peu glissants. Une toute petite bande de mousse nous sert de banquette. Soupe Royco avec semoule, pâté Hénaff, Gouda et chocolat en tablette.

Nous repartons vers Lysekil, mais, ce coup ci, nous avons le vent dans le dos. La vitesse n’est plus la même. J’estime qu’à l’aller nous avancions à 2 nœuds, au retour à 6. Je mets la dérive pour le downwind, le kayak tient mieux le cap. Je veux « tailler la route », alors je pagaye intensément, au point d’avoir, aujourd’hui aussi, besoin d’un esquimautage « thermique »pour me remettre à bonne température. Ce coup ci, je comprends que je ne suis pas assez zen, parce qu’il me faudra m’y reprendre à trois fois pour sortir correctement l’esquimautage.

Jean Marc nous enseigne que pour éviter le problème de ceux qui se barrent en avant (et distendent le groupe) le leader peut donner des étapes courtes : « on va à ce point qui est à un demi mille ». Ou bien le leader dit au « rapide » de prendre un « lent » dans sa vague pour l’aider à mieux avancer. Je l’ai fait, j’ai pris un « lent » dans ma vague et je peux sincèrement dire que je me suis constamment appliqué à maintenir un rythme régulier de métronome. Je regardais très fréquemment, du coin de l’œil, la pointe avant de mon suiveur, pour être sûr d’avoir un rythme qui lui convienne « au poil ».

 

Samedi 3, le matin aller/retour au phare de Byxeskären, l’après midi : topo sur les avantages et inconvénients du matériel de sécurité. A l’issue du topo, je sais que je vais changer mon matériel de réparation, je vais acheter du Solarez (avec un carré de tissu et du Solarez, on peut boucher un trou en quelques minutes), je vais aussi ajouter de la Nautamine à ma pharmacie de sécu. Le soir nous ferons le bilan (debriefing) de la journée.

Le samedi matin donc, nous allons au phare. Nous débarquons tous sur les rochers, dont certains sont bien glissants (ceux couverts d’algues noires). Nous montons nos kayaks sur la roche et puis nous faisons un point position en procédant à une triangulation : nous relevons l’azimut de trois amers, bien identifiés sur nos cartes marines, à l’aide de quoi nous tirons les droites sur la carte et obtenons un triangle à l’intérieur duquel se situe notre groupe.

débarquement sur l'îlot de Byxeskären
débarquement sur l’îlot de Byxeskären
remorqués
remorqués
selfie des malheureux remorqués
selfie des malheureux remorqués
freineur guide
freineur guide
accueil du "malade"
accueil du « malade »
mission accomplie, le malade est sur le quai en pls
mission accomplie, le malade est sur le quai en pls

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au retour, Jean Marc et le leader (Jean-Michel) organisent le remorquage d’un radeau de 3 kayakistes. Ce radeau est constitué du « malade » et de deux accompagnants qui veillent sur lui. Ce radeau est tracté par trois remorqueurs en ligne. Un septième kayakiste joue le rôle complexe de « freineur – guide », son rôle est d’éviter au radeau d’aller dans les roches lors d’un virage, ou bien de partir au surf sur les remorqueurs. Un huitième kayakiste joue le rôle de « chien fou ». C’est un rôle physique : le « chien fou » parcourt le convoi en permanence pour faire circuler l’information entre la tête et la queue du convoi. Placé sur l’extérieur, il a (avec le « freineur – guide ») la meilleure vue d’ensemble de la situation.
Le remorquage est assez simple en eau libre, mais devient complexe quand il y a des roches ou îlots qui obligent à un parcours en S. Le remorquage devient « chaud bouillant » quand on arrive sur une plage à surf (il faut aller ailleurs si la plage est une plage à shore break. Une plage à shore break, induit le risque réel de se fracturer les cervicales, alors qu’on se fait drosser et rouler sur le sable, ou les roches).
Pour en revenir à la plage à surf, le « freineur – guide » doit retenir intelligemment le radeau, à chaque fois qu’il estime qu’une vague risque d’emporter en surf le radeau sur les remorqueurs.

En parlant de remorquage, nous avons beaucoup appris sur le bout de remorquage, sa longueur optimale selon les situations, la façon de le préparer à l’usage, de moduler sa longueur selon les besoins. Nous avons appris sur le choix du mousqueton et sur la manière de le fixer.

Ce stage m’amène à modifier ma façon de porter ma ceinture de remorquage, il me porte aussi à modifier mon bout de remorquage. Pourtant j’ai déjà fait des remorquages dans des mers hachées, en situation réelle. Avec une personne véritablement en hypothermie au stade 2 (début de somnolence), pour qui il fallait être rapide et efficace. J’ai fait aussi un remorquage de radeau de 40 minutes avec un blessé à la tête. Un blessé qui avait troué son kayak dans les déferlantes et qui risquait une hypothermie si il restait dans son bateau troué, du fait du renouvellement incessant de l’eau du cockpit. Aussi nous avons placé le blessé assis sur le pont arrière, les jambes ne baignant pas dans l’eau froide du cockpit. Le blessé était assisté d’une personne. Bien que j’ai acquis de l’expérience en situation réelle ou en exercice, j’ai encore beaucoup appris lors de ce stage et je comprends que j’ai encore autant, et plus, à apprendre auprès de Jean Marc.

Pour stopper le convoi, le kayakiste « freineur – guide » met son kayak en travers, il gîte fortement en montrant ses fesses au convoi qui est devant lui et, de plus, il plante sa pagaie verticalement du côté convoi pour accentuer le freinage. En même temps, il se penche sur son pont avant, afin de baisser son centre de gravité au maximum, cela pour gagner en stabilité.

Jean-Michel
Jean-Michel

A l’arrivée au port, deux kayakistes se placent en attente, prêts à accueillir le « malade » pour le tirer de son kayak et le placer sur le quai en position latérale de sécurité.

Lors du retour en convoi, dont je vous parlais à l’instant, Jean Marc nous a donné pour consigne d’échanger les rôles, afin que chacun d’entre nous enrichisse son expérience en exerçant plusieurs fonctions. Ne croyez pas qu’être dans le radeau des remorqués ne soit pas intéressant, parce que j’ai appris lors de ce stage que selon la façon dont on constituait le radeau, on pouvait influer sur sa direction, par exemple pour faciliter le travail des remorqueurs, ou pour éviter un obstacle, ou pour mieux veiller sur le « malade ». Les deux personnes qui assistent le remorqué, ne sont pas « boutés » au remorqué, ils se solidarisent avec le remorqué à la seule force de leurs mains, ils peuvent se libérer à tout moment, ou libérer le remorqué, ce qui leur laisse le choix d’avancer ou de reculer leur bateau par rapport au bateau du remorqué. Ainsi ils modifient la carène du radeau.

Il faut quand même que je vous raconte ce qui m’est arrivé quand j’ai pris la place de « freineur – guide ». Je relaie Yannick, qui me dit qu’il a failli partir à la baille et que ce n’est pas évident. Vous verrez plus tard que j’aurais du mieux écouter son conseil.
J’accroche bien la pointe arrière du « malade », quoique n’étant pas assez proche de cette pointe, je suis à moitié couché sur l’eau, en appui sur sa pointe arrière pour le faire. Le convoi reconstitué avec la nouvelle distribution des rôles repart, alors que je suis à peine concentré sur mon nouveau rôle. Je manque de rapidité et me voila en travers, mon kayak se retrouve tracté par le convoi. Ne voulant pas aller à la baille, je gite en montrant mes fesses au convoi, ça fonctionne. Les remorqueurs doivent sentir une résistance et augmentent leurs efforts, la traction augmente. Je ne sais plus trop ce que j’ai pensé à ce moment là, mais me voila retourné alors que la traction continue, je me dis qu’il faut que je largue mon bout de remorquage pour retrouver ma liberté de mouvement, avant d’esquimauter. Mais là,  surprise !
Au toucher, je ne trouve pas la boule qui me permet de tirer sur la boucle et de larguer la ceinture de remorquage. Je la cherche un peu plus « au radar », mais toujours sans succès, peut-être ma ceinture de remorquage a tourné sur ma taille. Là, je réalise que, probablement, si je ne trouve pas cette boule, c’est que je dois commencer à paniquer. Aussi, je me contrôle, je ralenti mes gestes, je me pose quelques secondes en me disant « regarde Jef, tu n’es pas bien là, dans l’eau, peinard ? La vie est belle, profite ! Je retrouve mon efficacité, je déjupe et je sors du kayak, je suis toujours légèrement tracté, ce qui complique un peu ma prise d’air en surface, mais j’arrive à reprendre mon souffle. Je vois Stéfan qui vient vers moi me récupérer. La récupération est rapide et efficace, je suis sur le bateau au sec, j’ai remis la jupe et c’est reparti.
Si je vous raconte cet incident, c’est juste pour témoigner de la façon dont j’ai chassé la peur de mon esprit pour retrouver toute ma tête.

 

Stéfan, Jean-Michel, Jef des Alpes, Saraillou, Bakoko et Yannick.
Stéfan, Jean-Michel, Jef des Alpes, Saraillou, Bakoko et Yannick.

J’espère communiquer aux lecteurs de cet article le désir de se former et d’avoir un sérieux coup de booste dans leur progression. C’est top de progresser, j’adore ça !

 

 

 

 

 

Petites annexes diverses et variées :
Nous nous sommes beaucoup servi de windy.com pour nous renseigner sur la météo, les prévisions sont souvent justes (mais pas toujours comme nous l’avons constaté). De plus, windy.com affiche en option les isobares, il permet de comparer plusieurs mailles météo et possède une interface ergonomique.

Pour voir les relevés du vent mesurés par les capteurs, nous avons utilisé windfinder.com. Sur la carte de windfinder, les spots illustrés par un point rouge offrent l’affichage de l’historique du vent jusqu’à – 7 jours, à la rubrique « observations ».

Parmi mes notes, j’ai écrit que le leader fait la préparation de nav, c’est à dire qu’il acte les interactions entre :
– la carte marine, en tenant compte de la déclinaison magnétique
– la météo (vent, vagues, houle, températures, visibilité, évolution)
– les courants
Ensuite, sur le terrain, le leader évalue et réévalue en permanence la situation, il saisit toutes les opportunités. Le vent peut être différent de celui prévu, il peut advenir que passe un cargo, qu’un ou plusieurs membres du groupes baignent, que la brume tombe, etc etc. Quelque soit l’imprévu, il doit être réactif et inventif pour choisir les bonnes options qui garantissent en permanence la sécurité du groupe. Y compris l’option de mettre fin à la sortie prématurément, si il juge que c’est préférable pour la sécurité du groupe. Le leader peut « mettre en demeure », devant témoin, de respecter ses consignes, à défaut, les membres qui ne veulent pas respecter les consignes du leader, reconnaissent qu’ils ne sont plus sous la responsabilité du leader.

Tout au long de la nav, le leader fait des 360°, il situe le groupe en permanence sur la carte marine, il note un nuage, un rocher, une réchappe (un abri), une zone de déferlantes, un kayakiste qui s’écarte du groupe, un kayakiste qui fatigue, un kayakiste à l’aise dans l’eau sur lequel il peut s’appuyer, il note que sur les rochers qu’il voit, la zone battue est plus haute qu’ailleurs (il sait alors qu’il est dans une zone où habituellement ça « tabasse »), etc etc …

A chaque sortie le leader rempli son livre de bord, il note ses observations, ses idées. Ce livre de bord lui permettra, si, malheureusement, besoin est, de prouver au juge qu’il est un leader attentif, réfléchi, un leader qui veille à la sécurité des autres.
Chez les voileux, il est habituel de tenir un livre de bord. Chez les kayakistes ce n’est pas encore le cas. Sauf pour un petit nombre de leaders qui ont été particulièrement sensibilisé à toutes les conséquences, y compris juridiques, qu’entraîne le fait de prendre la responsabilité d’un groupe. Jean Marc veille à transmettre cette sensibilisation aux conséquences juridiques de la prise de responsabilité. Hier ma femme m’a offert un livre de bord, avec les pages numérotées. Ya plus qu’à !

Je vous transmets la définition concise d’une « pagaie noire » par Jean Marc Terrade : c’est une personne qui est connue et reconnue par ses pairs pour faire progresser le groupe en sécurité.

Pour clore, voici les conseils personnalisés que m’a donné Jean Marc à l’issue du stage :
1/ développer mon aisance sur l’eau
2/ être plus ambitieux sur mes navigations [quand je navigue seul, ou avec des pagaies rouges ou noires]
3/ m’affirmer plus, tout en laissant les portes ouvertes lors des briefings
4/ quand je suis leader : ne pas être contemplatif, ne pas prendre de photos, juste signaler aux autres les beautés qui nous entourent. Car, en tant que leader, je dois être en veille permanente, toujours attentif aux autres et à l’environnement.

 

Merci à Jean Marc, Séverine, Bakoko, Jean Michel, Jef des Alpes, Saraillou, Stéfan et Yannick pour les bons moments partagés cette semaine.

Un merci particulier à Jean Marc pour l’extrême attention qu’il nous a prodigué chaque jour. C’est évident, mais ce n’est pas plus mal de le dire.

 

 

Documents :

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

5 réflexions sur « Base Camp Pagaie Noire kayak de mer – Sweden, octobre 2018 »

  1. Merci Jef pour ce partage très instructif.
    J’ai hâte de renaviguer avec toi et que tu me transmettes concrètement de nouvelles notions importantes pour améliorer notre pratique.
    À bientôt
    Jean

  2. Là, c’était du lourd. pas un stage club méd ! du High level.
    On pourrait presque penser que ton stage PR était cool.
    Super résumé, Jef, comme d’hab.
    A quand un livre ?
    En tout cas, Respect. carpe diem.
    Lolo alligators

  3. J’ai comme d’habitude parcouru ton récit avec beaucoup d’attention et de plaisirs. Je n’ai pas la possibilité de naviguer souvent car assez loin de la mer. Tes récits sont pour moi une mine d’informations utiles qui m’ont jusqu’à présent beaucoup « déniaisé » :-).
    Merci Jef.

  4. Salut Jef
    Merci pour ce partage.
    Je suis admiratif ! Un grand bravo à toi, et à tes compagnons.
    J’espère pouvoir bénéficier de ta nouvelle expérience lors de nos prochaines navigation.
    A bientôt Maître Jef.

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