Aller/Retour solitaire de Lanildut à Ouessant, en kayak de mer

Ça y est, je l’ai fait mon aller/retour à Ouessant !

Ben oui, cela faisait plusieurs années que ça me titillait d’aller à Ouessant tout seul. Aujourd’hui les conditions étaient réunies. Mon épouse faisait une collecte tout la journée et donc j’avais « quartier libre ». La météo était correcte : 2 à 3 Bft, peut être du 4 (finalement non, pas de 4, rien que du 3). Le tout venant d’ouest, puis de sud ouest. L’aller sera contre le vent et la houle et le retour avec les deux. (C’est idéal d’avoir un retour plus facile que l’aller). La mer sera peu agitée. Le coefficient de 97 va m’aider en me poussant dans la bonne direction. L’idéal !

J’ai concocté ma route la veille, j’ai des courants porteurs ou légèrement traversiers à l’aller, comme au retour. Ce matin mon réveil sonne à 5h45, aller hop : au petit déj ! Je prends mon temps, je regarde encore la météo et puis je pars chercher mon bateau.
La route pour Porscave me prend 20 minutes. Je ne connais pas la cale la plus pratique, mais celle sur laquelle j’arrive fait bien l’affaire. Je descends le bateau et le matos, je me change et je vais garer la voiture plus haut.

départ de Lanildut
départ de Lanildut

Je remarque qu’ici les pécheurs et plaisanciers disent gentiment bonjour, c’est très agréable. Je me lance à 8h50, à peine sorti du port, je vois déjà Ouessant droit devant. A droite : le phare du Four, à 10 heures : l’archipel de Molène. J’ai calculé que je devais suivre un cap 285° pour bien arriver, mais hélas, au lieu de m’y tenir ; j’en rajoute un peu. Comme les cuisiniers débutants qui ne suivent pas tout à fait la recette et pensent faire mieux en augmentant les doses de certains ingrédients. Il faudra que je corrige ma correction excessive à l’approche de l’île, quand il deviendra par trop évident que si je continue comme ça, je vais trouver le moyen de louper Ouessant !

En route, à part les algues dérivantes, il n’y a que les oiseaux qui apportent de la vie et des touches de couleurs. En premier j’aperçois les fous de Bassan, toujours aussi beaux, puis des puffins des anglais, par petits groupes affairés, quelques goélands, cormorans et mouettes.

J’ai un GPS sur moi, mais il est éteint, par contre la VHF est allumée, j’apprendrais ainsi qu’un voilier demande un remorquage, il est en panne aux Pierres Vertes. Moins d’une minute après que le CROSS Corsen ait relayé cet appel à l’aide, une personne se déclare, avec une grande simplicité, prête à aller remorquer le voilier vers Lampaul, elle est actuellement à Nividic, soit pas trop loin des Pierres Vertes. Le CROSS Corsen invite le sauveteur en puissance à passer sur un autre canal pour poursuivre la discussion sans occuper le canal 16. J’apprendrais aussi sur le canal 16 qu’un bidon noir d’un mètre de long flotte à la dérive vers la pointe Saint-Mathieu, il est près de la côte. Le bulletin météo confirme les infos du matin.

Le Stiff
Le Stiff
Le Stiff
Le Stiff
Men Korn
Men Korn

J’approche du feu de Men Korn, là je me décide à aller à Pors Ar Lan plutôt qu’au Stiff. Un peu de rase cailloux dans le soleil, rien de tel pour avoir un grand sourire aux lèvres. Je remarque que, bien que ce soit l’étale, il y a des mouvements d’eau.

Porz Ar Lan
Porz Ar Lan
Porz Ar Lan
Porz Ar Lan
Porz Ar Lan
Porz Ar Lan

 

 

 

 

Je vois Pors Ar Lan, j’en approche et j’admire une fois de plus le travail splendide qu’ont fait les constructeurs. La digue, toute en belles pierres, est en partie arrondie. Comme un bras, elle enserre la plage sur laquelle je vais atterrir à 12h20 (3 heures 30 de nav à l’aller).

Du plateau de la digue, je vois du blanc autour de Kéréon, c’est pourtant l’étale de basse mer. Bon, je ne vais pas tarder à rentrer, je mange vite fait, à la fois pour ne pas me refroidir et aussi pour passer le Fromveur quand c’est encore peinard.

Porz Ar Lan
Porz Ar Lan

Je repars à 12h50, je rencontre des mouvements d’eau, mais mon kayak est un danseur professionnel, il passe le clapot sans que j’ai à faire un seul appui, j’ai juste à guider le bateau là où je veux aller, le reste : il sait très bien faire.

Passé la zone d’influence du Fromveur, la mer s’aplatit. En regardant derrière moi, je vois que Kéréon s’éloigne assez vite. Cela augure que le retour va être plus rapide que l’aller. Bientôt, je vois une compagnie de dauphins qui a la bonne idée de couper ma route, je sors l’appareil photo et j’espère qu’il y en aura une de bonne, mais non, les dauphins sont trop loin, les clichés décevants.

Je suis dans le plaisir de bien avancer, je m’absorbe dans mes gestes, de temps en temps la houle m’offre de minuscules surfs, c’est petit mais ça fait plaisir quand même. A ma gauche un grain qui se dirige vers Melon.

un cumulus derrière, il vient sur moi
un cumulus derrière, il vient sur moi
le cumulus redouté m'a dépassé
le cumulus redouté m’a dépassé

Derrière moi un cumulus volumineux qui trouve moyen d’arroser copieusement la mer avec ses 3 pommes de douche. Bon, celui là, il sera pour moi sous peu . Je fais du 4 nœuds, lui, il doit avancer à un bon 3 Bft (9-10 nœuds). Ce n’est qu’une question de temps, il va me rattraper. Je le surveille de temps en temps, je vois qu’il arrose un peu moins, ouf ! Tant mieux. Je ne ralentis pas. En principe, au passage du cumulus, je peux m’attendre à un renfort du vent, accompagné d’une baisse de la température et peut être d’un grain, si il n’a pas déjà tout largué.

ardoise de pont avec crayon
ardoise de pont avec crayon

Je note sur mon ardoise de pont les heures et ce qui se passe :
14h14 le vent forcit, le cumulus me rattrape, je sens un froid vif sur ma nuque, malgré ma cagoule Gill en polaire
14h24 le grain est sur moi, la température remonte un peu
14h28 la houle revient, la mer du vent provoquée par le cumulus l’avait effacé
14h35 fin de la pluie, bel arc-en-ciel, bientôt il va faire trop chaud ! (jamais content).

La visibilité augmente après le passage du cumulus qui a fait le grand ménage. J’essaye de ne pas me tromper d’église en visant Lanildut, mais, malgré mes efforts, je verrais que je me suis trompé de clocher en allant trop au sud, je remonterai donc vers Lanildut avec le vent dans le dos.

Lanildut
Lanildut

Les lumières sont belles et chaudes, le soleil est bas. J’atterris à 15h55 à la cale de Lanildut (3 heures de nav), tout content après mes 25 MN du jour. Ça y est, je l’ai faite ma balade à Ouessant, en toute sécurité qui plus est (bonne météo et, de plus, j’avais des réchappes).

En me changeant, je vois que j’ai mis trop de sous-vêtements : ils sont mouillés par ma transpiration. Prochain coup, je mets une sous-couche de moins !

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

4 réflexions sur « Aller/Retour solitaire de Lanildut à Ouessant, en kayak de mer »

  1. Lanildut-Ouessant en kayak et en solo, fin novembre par 97 de coeff !
    Décidément en quelques décennies les pagayeurs en eau salée sont devenus de plus en plus intrépides.
    Ceci dit, j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce récit. Le coup de la VHF lui apporte une jolie touche d’authenticité.
    Merci pour ce bon moment.

    1. Bonjour Pierre,
      on pourrait croire que c’est de l’intrépidité, je ne le vois pas comme ça. C’est le résultat de ma démarche de formation. En 2018, j’ai suivi 6 stages.

      Je me suis formé avec Jean Marc Terrade et Jérôme Le Ray, j’ai bossé la technique à chacune de mes sorties depuis le mois d’avril dernier : la gîte, le coup de pagaie, l’assiette, les virages, les appuis, la lecture de carte, la météo et l’esquimautage. J’ai même acheté un nouveau bateau qui me convient mieux et qui rend mes navigations plus sûres.

      Sur le plan mental, j’étais prêt à aller à Ouessant en solo depuis plusieurs années, mais je manquais de technique pour faire face aux mouvements du Fromveur. Je n’imaginais même pas qu’on puisse contourner le Fromveur, parce que tous ceux que je connaissais passaient par le Fromveur près du phare de Kéréon (faut dire que c’est un bel endroit). Là, j’ai regardé la carte, avec suffisamment de confiance en mes connaissances, pour tracer ma route tout seul comme un grand. Du coup, j’ai évité le Fromveur, en passant nettement au nord : c’était une sortie bétonnée au plan sécu.

      Vu ma route, bien que le coefficient soit de 97, je n’ai pas traversé de zone de fort courant. Le stade suivant, ça sera d’aller dans le courant du Fromveur quand c’est assez calme. Histoire de tremper un orteil avant d’y aller plus franchement. Si les essais sont concluants, il y a du jeu et du plaisir en perspective !

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