Technique pagaie, pagayage groenlandais

Pagayage groenlandais

Drapeau Groenlandais
Drapeau Groenlandais

Utiliser les pagaies groenlandaises (dites aussi pagaies traditionnelles) est une expérience qui peut être au départ déroutante : la technique de pagayage est particulière et il faut prendre le temps de l’acquérir avant de porter un jugement sur ces pagaies. Plus que de la force physique, ces pagaies demandent un peu de finesse et de précision.

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Le pagayage groenlandais est une recherche de rendement : comparativement aux autres, la pagaie groenlandaise demande moins d’énergie pour avancer. Seule une technique adaptée vous permettra d’obtenir de votre effort le meilleur rendement. Appliquer trop de force peut même être contre-productif.

Beaucoup de personnes essayent rapidement ces pagaies, en leur transposant la technique de pagayage qu’ils connaissent avec les pagaies classiques : leur jugement, au bout de 5 minutes est sévère : « pourquoi ça vibre ? », « on n’avance pas ! », « elle n’a aucune puissance ! ».

Restez patients : il faut probablement quelques semaines pour atteindre la satisfaction. Gardez à l’esprit que, si la pagaie groenlandaise est un gros atout pour les appuis et les esquimautages, elle pardonne beaucoup moins les lacunes lorsqu’il s’agit de pagayer.

Le dicton ne dit il pas qu’il n’est de pire élève que celui qui refuse le changement ?

Tout ce qui suit n’est qu’un guide, une succession de pistes pour développer votre propre technique : il n’y a pas de modèle idéal : la bonne technique est celle qui vous convient.

 

Une pagaie effilée

Regardons cette fameuse pagaie : elle se distingue des pagaies dites européennes ou euro (que l’on appellera « classiques ») sur plusieurs points.

pagaie traditionnelle ou européenne
pagaie traditionnelle ou européenne

La différence qui saute aux yeux, c’est la longueur du manche et des pales. Les pales de la pagaie groenlandaise sont très longues, progressives. Les pales d’une pagaie classique sont courtes, larges et situées aux extrémités.

Cette forme effilée donne inconsciemment l’impression que ces pagaies sont peu puissantes. mais ne vous trompez pas : la surface des pales est à peu près identique entre les deux types de pagaie.

Comme les pales sont plus longues, les pagaies devront être immergées nettement plus profondément que les pagaies classiques (à la fin de l’attaque, la main arrive au ras de l’eau). Si vous n’utilisez que les extrémités, comme avec une pagaie classique, vous aurez effectivement l’impression de n’avoir que peu de prise dans l’eau.

Dans les vagues, la longueur des pales est un plus car, en étant plus profonde, la pagaie groenlandaise évite la couche de surface, pleine de bulles d’air, qui offre moins de prise, et s’ancre dans l’eau verte, dense, sous cette couche.

Le support qu’offre la pagaie traditionnelle est réparti sur une grande longueur (ce qui permet un appui progressif et ajustable). Ajoutons à cela que la pagaie traditionnelle est nettement plus flottante, tout cela en fait un atout indéniable pour tous les appuis (poussé, tiré, godille).

 

Des pales non croisées

Autre caractéristique originale : les pales ne sont pas croisées (les pagaies euro le sont généralement).

Il n’y a plus de notion de main directrice (celle qui dirige la manœuvre) : les deux mains sont directrices. C’est un des éléments qui perturbent les habitués des pagaies euro croisées : on pourra, pour s’y préparer, décroiser sa pagaie euro et se faire à ne plus avoir de main directrice.

Plus de main directrice, c’est beaucoup moins d’efforts sur les poignets. Là, c’est souvent ce qui motive le passage aux pagaies traditionnelles : un souci d’épargne articulaire.

 

Un manche court

Les pales sont longues, mais le manche est très court : un peu plus que la largeur du kayakiste au niveau de ses épaules. La prise de la pagaie traditionnelle sera forcément différente.

Pour une pagaie euro, on conseille classiquement de lever la pagaie au dessus de la tête, les coudes pliés à un peu moins de 90°.

Pour tenir une pagaie groenlandaise, les mains sont en revanche espacées d’un peu plus que la largeur des épaules : tenez vous coudes un peu écartés du corps et tenez la pagaie sous votre cou en gardant les avant bras parallèles : vous avez le bon espacement.

tenue pagaie traditionnelle ou européenne
tenue pagaie traditionnelle ou européenne

Pour que la pagaie soit bien adaptée à votre morphologie, l’épaulement de la pagaie est tel que dans cette position, pouce et index sont autour du manche et les autres doigts sont sur le bord de la pale. Ainsi naturellement, sans regarder votre pagaie, vous connaissez l’orientation des pales : vous avez le majeur, l’annulaire et l’auriculaire dessus.

Le maintien de la pagaie doit être lâche, comme pour une pagaie euro : une prise trop serrée gêne la bonne circulation du sang dans les doigts (les mains se refroidissent rapidement), peut entraîner des ampoules et s’accompagne souvent de douleurs au poignet (le pagayeur étant très contracté sur la pagaie). Sur l’image de droite (« Poussée sur la pagaie »), vous remarquerez que le pouce n’est pas serré autour du manche). Laissez à votre pagaie le jeu nécessaire pour qu’elle puisse trouver son chemin dans l’eau, sans la forcer.

La main haute pousse la pagaie avec la paume à la base des doigts (image ci-contre, flèche jaune et zone jaune sur la main, à droite) et non avec l’angle entre le pouce et l’index. Elle pousse donc surtout sur la pale (qui offre une grande surface plate de poussée) et aussi sur le manche (base de l’index) de la pagaie.

poussée main haute sur la pagaie groenlandaise
poussée main haute sur la pagaie groenlandaise

La main basse, elle, tire sur la pagaie avec les deuxièmes phalanges (flèche verte et zone verte), sans fermer la main sur le manche (à la manière d’un crochet assez ouvert).

traction main pagaie groenlandaise
traction main pagaie groenlandaise

Les deux mains sont tenues de telle façon que le manche de la pagaie est aligné avec l’avant bras ce qui permet d’éviter de contraindre le poignet et nous verrons plus loin que cette position alignée imprime à la pagaie un angle d’attaque sur l’eau (vue de côté) dont l’importance est majeure.

tenue de la pagaie  - Photographie Greg Stamer
tenue de la pagaie groenlandaise – Photographie Greg Stamer

 

Mains basses !

Il est classique de lire que par rapport à une pagaie traditionnelle, la pagaie groenlandaise est tenue plus basse avec les mains moins espacées sur le manche.

En fait, du fait du faible espacement des mains sur le manche, si on compare les pagaies groenlandaises et euro, pour un angle de pagaie identique par rapport à l’eau, les mains sont moins hautes lors des pagayage pour la pagaie groenlandaise. C’est l’un de ses gros avantages en terme d’économie d’énergie et de fatigue pour le pagayeur : il faut nettement moins lever les bras. Même avec un style presque vertical, les mains ne sont pas plus hautes que le menton.

Pour autant ce serait une erreur de penser que le pagayage groenlandais est obligatoirement bas : la géométrie du pagayage varie selon la tâche : une courbe basse presque horizontale avec les coudes tenus proches du torse pour un régime de croisière ou dans des eaux peu profondes jusqu’à une attaque agressive et presque verticale pour des accélérations rapides.

Généralement le manche fait un angle de 45° avec la surface de l’eau, ce qui veut dire que la main haute ne monte pas au dessus de la hauteur de l’épaule.

 

La pagaie groenlandaise travaille plus en arrière

En commençant à utiliser la pagaie groenlandaise, il devient rapidement évident que contrairement aux pagaies classique, l’attaque prend du temps et qu’il faut donc laisser suffisamment de temps à la pagaie pour bien s’insérer dans l’eau. Appliquer tout de suite de la puissance sur la pagaie avant qu’elle soit correctement insérée dans l’eau sabordera l’efficacité du pagayage. L’attaque est donc plus longue, ce qui recule d’autant la passée.

secteurs d'action de la pagaie groenlandaise
secteurs d’action de la pagaie groenlandaise

En revanche, à la sortie, vous aurez l’agréable surprise de constater que pendant la sortie, la pagaie groenlandaise travaille encore, là où une pagaie classique n’est plus qu’un frein et doit être sortie rapidement de l’eau.

Au final, la longueur du trajet efficace (c’est à dire la longueur pendant laquelle la pagaie a un effet propulsif) est à peu près la même que pour une pagaie classique ou une pagaie cuillère, mais cette zone efficace est comparativement plus en arrière.

 

Le secret de l’attaque : incliner la pagaie

La pagaie groenlandaise flotte et n’a pas envie de s’enfoncer dans l’eau : pour la plonger efficacement dans l’eau : il faut une bonne technique ! Le secret, c’est l’inclinaison de la pale vue de profil. Au départ, cela semble assez contre intuitif pour le novice et demande de s’y familiariser.

Le terme anglo-saxon utilisé pour cette technique de pagayage est « canted stroke » (« pagayage incliné »). C’est un élément fondamental du pagayage groenlandais et une vraie révélation pour ceux qui débutent en galérant.

La pale doit donc être inclinée vers l’avant : vue latéralement, son bord haut doit être quelques centimètres en avant du bord bas. Sur le dessin ci-dessous est représenté le profil de la pale au cours du pagayage.

attaque, passée et sortie de la pagaie groenlandaise
attaque, passée et sortie de la pagaie groenlandaise

Cet angle de la pale est en fait naturel pour votre main : si vous tendez votre bras devant et tenez vos mains légèrement ouvertes et les poignets dans une position neutre (ni fléchis ni étendus), vous pouvez constater que la paume de votre main est nettement inclinée et non verticale.

angle d'attaque de la pagaie groenlandaise - Photographie Greg Stamer
angle d’attaque de la pagaie groenlandaise – Photographie Greg Stamer

Nous avons vu que comme le majeur, l’annulaire et l’auriculaire sont sur la pale, la paume imprime naturellement le bon angle à la pagaie. Si la pagaie est mal adaptée et a un manche trop long, la main ne sera pas sur la pale et elle ne donnera pas naturellement cette inclinaison (ce qui peut générer du stress sur le poignet).

Les premiers essais avec pale inclinée sont en général surprenants, comme nous allons le voir : avec cette inclinaison, la pagaie donne l’impression de couper l’eau en s’enfonçant rapidement vers le bas et initialement elle sera ressentie comme une source de déséquilibre : elle plonge dans l’eau ! et le novice se sent aspiré.

Après un laps de temps très court, avec la rotation du torse, cette effet déstabilisant disparaît et la pagaie offre un ancrage solide dans l’eau.

Faites varier l’inclinaison donnée à la pale : plus elle est forte, plus l’effet d’aspiration est fort et plus la résistance lors de la passée est forte. Pour commencer, il sera conseillé de lui donner un petit angle et de l’augmenter ensuite progressivement.

Si vous êtes curieux, vous pouvez également essayer d’utiliser cette attaque inclinée avec une pagaie euro, elle offre une accroche solide dans l’eau, réduit les éclaboussures et le bruit de la pagaie lors de l’attaque.

L’angulation de la pale par rapport la verticale permet d’éliminer les vibrations importantes de la pagaie (que l’on rencontre si la pale est maintenue verticale), améliore l’entrée et l’ancrage de la pale dans l’eau et permet à la pale de monter et descendre avec douceur dans l’eau. Quelle satisfaction lorsque votre pagaie est silencieuse et donne l’impression de voler à travers l’eau !

Cet angle incliné est maintenu tout au long du cycle de pagayage.

 

Une longue attaque

Comme avec une pagaie classique, la pale est insérée dans l’eau près de la coque le plus loin possible confortablement.

L’attaque est initiée par une rotation du torse vers le côté où la pagaie est immergée. Pour plonger la pagaie rapidement, on la tire rapidement vers le bas. On peut aussi avoir un mouvement latéral rapide de la main haute pour « planter » l’extrémité de la pagaie dans l’eau comme un harpon (technique utilisée avec les pagaies cuillères, l’expression consacrée étant « harponner le saumon »).

Comme une pagaie classique également, la pale doit être plongée entièrement dans l’eau avant de développer de la puissance : si la puissance est appliquée trop tôt, la pale va glisser, embarquer le l’air (on parle de « ventiler ») et perdre sa prise dans l’eau (ce qui se matérialise à la pointe de la pagaie par de petits vortex). Pas besoin de vous faire de dessin : tout cet air embarqué autour de la pagaie dans l’eau réduira considérablement l’appui de la pagaie dans l’eau et l’efficacité du pagayage.

Ce qui est génial, c’est que votre pagaie vous dira qu’elle ventile ! Ce bruit caractéristique que fera votre pagaie groenlandaise : celui que ferait vos ongles sur une sangle grossière en nylon : c’est celui de la ventilation : votre attaque est à revoir ! (commencez par prendre votre temps sur l’attaque).

Lorsque l’attaque est bien faite, pas de vortex, pas de bruit de râpe : la pale entre dans l’eau sans bruit ni éclaboussures et donne l’impression d’être bien ancrée dans l’eau.

 

Deux écoles de propulsion

Plusieurs possibilités s’offrent à vous pour développer la puissance qui permettra de faire avancer le kayak. Tel qu’il est encore pratiqué par les inuits, le pagayage traditionnel est assez différent de la technique utilisées par les occidentaux pour propulser le kayak avec une pagaie traditionnelle.

Pour décrire ces deux techniques, nous parlerons de la technique occidentale et de la technique groenlandaise.

La technique occidentale est largement hybridée avec la technique de pagayage des pagaies euro ou cuillères. Elle se fonde sur une rotation du tronc (qui est, dans la technique groenlandaise, discrète) tandis que les bras animent la pagaie dans un sens vertical.

La technique groenlandaise elle, utilise un appui du corps sur la pagaie par contraction des abdominaux.

 

L’école occidentale

On retrouvera les mêmes marqueurs que dans le pagayage euro :

Travail de poussée du pied

Le pied pousse sur le cale pied côté bordé (côté où la pale est dans l’eau dans l’eau) pour générer une rotation des hanches et initier la rotation du torse. Notez que les kayaks traditionnels groenlandais sont plus étroits et que de ce fait la position des pieds est moins écartée : ce qui est meilleur pour tourner les hanches mais moins stabilisant.

Rotation du tronc et des épaules

Regardez votre gilet : bouge-t-il de chaque côté : si c’est le cas, vous êtes sur la bonne voie. Autre façon de s’assurer d’une bonne rotation du tronc : la pagaie reste parallèle au torse durant la rotation.

Bras presque tendus

Gardez de même les bras à peu près tendus pendant l’essentiel du pagayage : lors de l’attaque pour planter la pagaie le plus loin possible, lors de la passée pour apporter la puissance avec le tronc et pas avec les bras.

Laissez la pale suivre la vague d’étrave sur le côté du kayak et levez la pagaie lorsque vous commencez à devoir plier le coude.

Coudes près du corps

Nous l’avons vu cependant, les coudes sont gardés près du corps et les mains travaillent nettement moins haut : « pagayer dans une boite » est une bonne image pour illustrer l’idée que les mouvements des bras et des mains sont sont moins amples.

Essayez de diminuer les grands mouvements de bras des pagaies européennes. Avec les pagaies groenlandaises, les grands mouvements ne sont pas rentables : ils n’apportent pas de gain mais fatiguent le pagayeur.

La main haute a une trajectoire oblique

Autre différence notable : le trajet de la main haute. Dans un pagayage classique, la main haute garde lors de la rotation du tronc un trajet horizontal vers le côté opposé du pont (ainsi lors d’un pagayage haut et puissant, vous verrez la main haute dessiner la ligne d’horizon devant vous). En pagayage groenlandais, la main haute a une trajectoire descendante : elle suit effectivement le mouvement de l’épaule et la rotation du torse et passe également de l’autre côté du pont mais en descendant : vu de derrière, le pagayeur donne l’impression de donner des petits coups de poing sur une balle qui serait située devant le cockpit.

En plus de la rotation du tronc, un certaine poussée de la main haute peut être réalisée vers le bas, nous allons voir qu’elle peut être renforcée.

 

L’école groenlandaise : la contraction des abdominaux

Nous venons de voir une approche occidentale du pagayage groenlandais, fondée sur la rotation du torse et la pression des pieds comme source d’énergie et transfert de force au kayak.

Le kayak traditionnel groenlandais est fondamentalement différent des kayaks modernes : un pont très bas, un cockpit étroit qui ne laissent pas beaucoup de mobilité aux jambes, pas de cales pieds (les pieds sont appuyés sur une membrure, qui n’est pas faite pour encaisser leur poussée). La membrure du pont qui est immédiatement en avant du cockpit s’appelle le masik. Elle est utilisée comme point d’appui : pas de cale pieds, mais un masik.

Tel qu’il a été étudié par les ethnologues, le style esquimau de pagayage utilise fondamentalement la contraction des abdominaux et l’appui des genoux sur le masik (sous le pont du kayak) en y mélangeant à un degré plus ou moins important une rotation du torse.

Si le pont de votre kayak le permet, vous pouvez utiliser cet appui et comme les inuits, faire de votre pagayage un mélange à parts variables des deux sources de puissance que sont la rotation du torse et la contraction des abdominaux. Si le pont est trop haut, il est toujours possible d’ajouter des blocs de mousse sous le pont pour que les genoux puissent y prendre appui.

La contraction des abdominaux est très utile lorsqu’on doit lutter contre un vent de face important. Pour réduire la prise au vent, il est conseillé de se pencher plus en avant, ce qui handicape la rotation du torse. C’est là que la contraction abdominale et l’appui des genoux sous le pont prennent toute leur valeur.

Utiliser l’appui du masik, c’est un peu comme faire des abdominaux avec un aide qui maintiendrait les jambes. Plus exactement, comme cette contraction des abdominaux se fait avec une rotation du torse, il s’agirait plutôt d’un exercice d’abdominaux croisés où on guiderait la tête vers le genou opposé.

Si on décompose ce mouvement, il a deux composantes qui sont imbriquées : le travail des abdominaux et celui du bras haut (dit débordé, c’est à dire celui qui n’est pas du côté où la pagaie est dans l’eau).

La main haute décrit une poussée vers le bas et vers le côté bordé. Ce trajet ne se fait pas en allongeant le bras : c’est l’épaule qui imprime le mouvement : d’où une composante « rotation du torse ».

La contraction des abdominaux se fait contre l’appui créé par le genou débordé : l’école occidentale pousse avec le pied bordé, ici vous vous appuyez avec le genou débordé.

Cette contraction des abdominaux renforce la poussée de la main haute vers le bas. Bien dosée, elle ne fait pas dauphiner le kayak, ce qui le ralentirait (un kayak dauphine s’il s’enfonce dans l’eau en progressant, à la manière d’un dauphin).

Vu de derrière, c’est encore un peu plus comme si le pagayeur donnait de lents coups de poing sur le balle située à l’avant du cockpit, en y mettant le torse.

 

La sortie

En pagayage classique, la pagaie est sortie de l’eau quand elle passe, vue de côté, le niveau des hanches. Elle est alors relevée activement par la main basse, en coupant l’eau vers le haut, bord d’attaque en premier. La sortie y est vue comme potentiellement une source de perte de vitesse potentielle et doit être rapide.

Nous avons vu que la pagaie va plus loin en arrière qu’une pagaie euro : du fait de la position plus centrée des mains sur le manche et de la longueur plus importante de la pale groenlandaise (la pagaie est relevée lorsque la main basse atteint le niveau des hanches : la pagaie, elle, va plus en arrière).

En pagayage traditionnel, la sortie contribue encore à la propulsion.

La sortie de la pagaie est initiée par la main haute, qui en fin de passée descend en croisant la ligne médiane. Baisser la main haute fait sortir la pale de l’eau et augmente également l’inclinaison de la pagaie vers l’avant (canted stroke) lors de la remontée de la pagaie, ce qui ajoute un petit peu de puissance.

sortie de la pagaie groenlandaise
sortie de la pagaie groenlandaise

La pale est poussée vers la surface par la vitesse du kayak et est en position pour le pagayage suivant.

Cette remontée de la pagaie apporte un propulsion complémentaire à la manière d’un mouvement de godille. Pour s’en persuader, Greg Stamer conseille le test suivant : immergez la pale sur le côté perpendiculairement au kayak et laissez la remonter : le kayak aura un petit peu avancé lors de cette remontée.

 

Cadence

Le pagayage traditionnel a une règle simple : pour aller plus vite, accélérez la cadence. Rien ne sert de faire des pagayages plus longs ou plus puissants, c’est un gaspillage d’énergie (vous pouvez vous en persuader en notant votre vitesse avec un GPS).

Accélérer la cadence est plus facile en pagayage traditionnel : du fait de la position des mains, de la faible puissance que demande la pagaie groenlandaise, accélérer la cadence ne demande pas un surplus d’énergie.

Pour accélérer le kayak, vous pouvez utiliser une succession de pagayages courts. Plus le kayak est lourd, généralement, plus la pagaie groenlandaise permet par rapport aux pagaies européennes et cuillères une bonne accélération.

Lorsque vous utilisez une pagaie groenlandaise pour la première fois, vous remarquerez que vous aurez tendance à adopter une cadence plus rapide que celle à laquelle vous étiez habitué avec les pagaies euro. Mais avec le temps et la pratique (lorsque vous vous serez familiarisé avec votre pagaie et que vous aurez acquis la bonne technique, vous réussirez à bien insérer la pagaie dans l’eau, sans bruit, sans cavitation et sans éclaboussures. Votre cadence redeviendra naturellement celle que vous aviez avec une pagaie euro.

Nous avons vu qu’une bonne attaque a une importance majeure pour éviter les turbulences et la cavitation et pouvoir avoir ainsi un appui solide sur l’eau et un rendement maximum. Dès que vous aurez pagayé quelques heures, vous pourrez commencer à expérimenter quelle puissance vous pouvez transmettre à la pagaie sans bruit ni éclaboussures. Vous trouverez peut être qu’il faut légèrement la façon de tenir la pagaie : de petits changements donnent parfois des progressions importantes.

Le pagayage groenlandais est un pagayage économe en énergie, en articulations. Il est adapté aux longues distances. Bonne nouvelle : vous aurez des milles et des milles pour l’optimiser.

 

Remerciements

David
David

Cet article n’est une compilation des précieuses informations récoltées sur la toile et dans des ouvrages spécialisés. Je l’ai réalisé dans une démarche personnelle d’apprentissage et ne prétend pas être l’auteur des informations qui y figurent.

Je tiens à remercier tout particulièrement Björn Thomasson et Greg Stamer qui ont gentiment accepté que je m’inspire de leurs illustrations ou que je réutilise leurs photos.

David CAU

 

Bibliographie

Sites

Björn Thomasson : https://www.thomassondesign.com/en/
Christopher Crowhurst : http://qajaqrolls.com/
Greg Stamer : http://www.qajaqusa.org & http://www.gregstamer.com/
Delmarva Paddlers Retreat : https://www.delmarvapaddlersretreat.org/ (vidéo de Maligiaq Padilla et Greg Stamer)
Rafael Manzanaro Ramos : http://groenlandesalicatino.blogspot.com/ & http://rafanook.com/
Martin Nissen : http://www.greenlandpaddle.com/english/paddle-technique
Anders Thygesen : http://www.kajakkspesialisten.no/e_index.php
Lars Gram : https://gramkajak.com/
Brian Day : https://www.rutabaga.com
AKG Oratarnek : http://www.esquimautage-groenlandais.fr

Ouvrages

Eastern artic kayaks : history, design, technique. John Heath 2004 University of Alaska Press

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