Balade en kayak de mer dans le Raz de Sein, baie des Trépassées, Tévennec et Bestrée

Balade en kayak de mer, à l’approche du phare de Tévennec.
Balade en kayak de mer, à l’approche du phare de Tévennec.

Nous quittons la plage de la Baie des Trépassés en kayaks de mer, il est 9h30, nous sommes un peu en retard, mais les horaires prévus tenaient compte d’éventuels retards, aussi, tout va bien.

Ce mercredi 21 octobre, nous comptons aller au phare de Tévennec et peut être dire bonjour à Marc Pointud, président de la Société nationale pour le patrimoine des phares et balises. Marc Pointud, s’apprête ces temps-ci à tout quitter pour vivre 60 jours sur l’îlot désertique de Tévennec, isolé de tous, dans des conditions particulièrement précaires.

 

Kayaks de mer au Phare de Tévennec
Kayaks de mer au Phare de Tévennec

Si la balade en kayak de mer par petit coefficient de 41 est facile, pourvu que l’on tienne compte des courants de marées et des conditions météos, le débarquement à Tévennec nous demande quand même de nous jeter à l’eau et de nager dans la houle jusqu’à l’escalier taillé dans la roche. Arrivé le premier sur l’îlot, je lance un bout à Gervais afin qu’il attache mon kayak de mer. Je tracte mon kayak sur l’escalier et puis le remonte en hauteur, pour refaire de la place à « l’accueil », afin que Gervais débarque à son tour dans les meilleures conditions.

Ça y est, nous y sommes ! Le phare est délabré de l’extérieur, des bénévoles ont posé récemment une ligne de vie sur le pourtour du bâtiment pour que Marc Pointud puisse sortir sur la plateforme en sécurité, même quand ça tabasse.

 

 

Phare de Tévennec.
Phare de Tévennec.

L’îlot est sauvage, nous contemplons des paysages magnifiques à 360°, prenons quelques photos, puis ré-embarquons.

Gervais se met à l’eau et monte dans son kayak comme un chef, malgré la houle. Pour ma part je ferai un embarquement « à la phoque » c’est à dire que je m’installe dans mon kayak sur l’escalier en pente, je mets ma jupe et j’attends que la houle monte les marches pour me mettre à l’eau au moment idoine. Ma mise à l’eau fonctionne au poil, même si, du coup, il compte quelques nouvelles rayures sur sa coque. La prochaine fois que je me mettrais à l’eau de cette manière, à partir des roches d’un îlot, je mettrai des algues sur la pente, comme ça, je glisserai sur le lit d’algues sans abimer ma coque.

Gervais et moi faisons route vers le phare de la Vieille, sans bien choisir l’une des deux options suivantes :
– soit rentrer par la Baie des Trépassés,
– soit débarquer au port abri de Bestrée. Mais dans ce cas ; il faudra monter les kayaks, par la cale bien pentue, jusqu’à la route et aller récupérer les voitures à pied.

A l’approche de la Vieille, la mer prend du relief et les vagues nous poussent de façon apparemment anarchique entre la Vieille et la Plate. Alors que nous pagayons vers la Baie des Trépassés, nous remarquons que nous sommes en train de faire du « sur place ». A ce moment là, (entre PM de Brest + 1 heure et PM de Brest +  2 heures) et bien que le coefficient soit de 41, nous luttions contre un courant de provenance N-NE de 3 nœuds.

Alors … , je tente de doubler le phare de la Vieille par le sud-ouest. On voit au sud-ouest encore plus d’agitation. Mais, rester « collé » là où nous sommes, ne me semble pas une bonne option. La fatigue qui viendra, tôt ou tard, risque de nous faire faire des fautes. Le passage vers le sud-ouest est assez chaud (pour mon niveau de technique), mais, au moins, je « décolle » de la zone et passe la Vieille en peu de temps. J’ai la bonne surprise de trouver là une zone très calme (un conte-courant), derrière le phare, où je me place en attente de l’arrivée de Gervais.

Le temps passe et je vois que Gervais est toujours « collé » au nord ouest de la Vieille, il lutte contre le courant, aussi je décide d’aller me rapprocher de lui pour que nous convenions ensemble de la suite de la navigation. L’engagement dans les vagues, encore plus désordonnées qu’à mon premier passage, se déroule bien et puis, je fais une fausse pelle et : plouf : à l’eau le Jef !

Trois fois de suite, l’esquimautage ne passe pas. Très probablement du fait que ce matin, j’ai modifié mon angle de croisement de pagaie, je suis sur 0°, alors que jusqu’à maintenant, j’étais toujours sur un angle de 45°. J’essaye les ré-entrées, trois fois encore, aucune ne passe. Alors, je me replie sur le flotteur de pagaie. Pendant que le courant nous emporte doucement vers le sud-est, moi et mon kayak, je gonfle mon flotteur de pagaie, je le fixe à une pale alors que je passe soigneusement l’autre pale sous les lignes de vie du pont arrière. Je me tiens à l’hiloire, puis pose le pied sur la pale maintenue en surface par le flotteur de pagaie. J’arrive à me hisser sur le pont, mais, un peu trop énergique dans ma remontée, me voilà qui passe à l’eau du côté opposé. Pas de soucis, je recommence, cette fois je procède avec plus de prudence, je me dis que c’est presque réussi et que je dois y aller mollo, ce serait trop bête que je bascule une fois de plus à la baille, ce qui me fait sourire intérieurement. A peine ai-je formulé cette pensée amusée dans ma petite tête que, plouf, me voila encore passé à l’eau. A ma neuvième tentative, je procède avec encore plus de circonspection, comme si je transportais de la nitroglycérine. Jusqu’au bout de ma remontée, j’ai la sagesse de maintenir mon poids en appui permanent sur le flotteur de pagaie et cette fois : ça le fait ! Je m’installe dans le cockpit, je laisse en place mon balancier improvisé, je porte un peu mon poids vers lui et je commence à pomper l’eau dans l’habitacle.

Une fois au sec, je pense aux éventuels promeneurs qui ont pu me voir faire le clown dans l’eau, ils risquent fort de déranger les secours. J’appelle immédiatement le 16 avec ma VHF :
– « Sémaphore du Raz, de la part de kayakiste au large de la Vieille, Sémaphore du Raz, Sémaphore du Raz, de la part de kayakiste rouge. »
– « Oui, c’est vous le kayakiste en perdition, signalé par votre collègue, c’est ça ? »
– « Oui c’est bien moi, je suis en face du sémaphore et je vais regagner la côte, tout va bien, … A vous ».
– « Voulez-vous qu’on prévienne votre collègue, ou pas ? »
– « Oui, s’il vous plaît, prévenez mon collègue, je vais aller au port de Bestrée. »
– « Vous allez au port de Bestrée ? »
– « C’est bien ça, merci à vous, au revoir. »

Rassuré de savoir que Gervais va bien et que le sémaphore est prévenu, je fais route vers Bestrée. Je conserve ma pagaie principale en travers du bateau, mon flotteur de pagaie me tient lieu de flotteur, me voici aussi stable qu’une pirogue à balancier. Je sais que je me suis bien dépensé pour remonter dans mon bateau, il n’est pas prudent de prendre le moindre risque de rebasculer à l’eau alors que je suis fatigué. Je pagaye avec ma pagaie de secours jusqu’au port de Bestrée.

Débarqué, je prends une soupe bien chaude, je range mon kayak et … je pars à pied pour la Baie des Trépassés. J’y rejoindrais Gervais, juste quand il approche son kayak de la voiture.

Nous irons tous deux à Bestrée où nous trinquerons au succès de notre ballade à Tévennec. Voila une belle journée d’automne bien remplie.

Le gag, c’est que c’est la première fois que je passais la pointe du Raz, un événement pour un kayakiste comme moi, mais comme j’étais archi-occupé à remonter dans mon kayak à l’aide de mon flotteur de pagaie : je n’ai rien vu du passage de cette pointe mythique.

J’espère que lors de ma prochaine balade en kayak de mer au Raz de Sein, je verrai quelque chose. lol !

 

 

 

Gervais a publié une vidéo de notre ballade à Tévennec :

 

Avant toute balade ou randonnée en kayak de mer, il est primordial de noter le canal VHF du sémaphore de la zone de navigation. Ainsi que le numéro de téléphone du sémaphore de la zone de navigation, avec l’horaire(s) de diffusion des bulletins météo diffusés par le CROSS de la zone de navigation (les diffusions des bulletins sont annoncées, quelques minutes avant, sur le canal 16).

La VHF permet aux kayakistes de communiquer entre eux, de navire à navire, uniquement sur les canaux 06, 08, 72 et 77. Aucune communication entre navires n’est autorisée sur d’autres canaux que ces quatre là.

8 réflexions sur « Balade en kayak de mer dans le Raz de Sein, baie des Trépassées, Tévennec et Bestrée »

    1. Salut Étienne, non je n’ai pas pris de photos, mais alors que je galérais à remonter ; mon appareil photo s’est mis en route dans la poche de mon gilet. On ne voit rien sur la vidéo, mais la bande son est bonne : on entend des bruits d’eau et aussi ma discussion avec le sémaphore du Raz. C’est grâce à cet enregistrement que j’ai pu retranscrire, au mot près, ma discussion sur le 16.
      J’ai vraiment été bien occupé pour remonter dans mon bateau, fallait pas mettre un gramme de trop du coté opposé au flotteur de pagaie, sinon, plouf. Quand je ne regardais pas mon kayak, j’avais les yeux tournés vers le large, alors que la côte défilait dans mon dos. J’étais porté au sud est par un courant de 3 nœuds au moment où ça c’est passé (coefficient 41, à l’ouest de la Vieille, entre PM Brest + 1 heure et + 2 heure).

  1. Salut l’artiste

    Sympa le théme de la sortie
    Pour ce secteur la navigation à 4 est à prévilégier
    4 c’est vraiment le top pour la sécu

    Tu fais aussi user de planches de natation pour
    les départs à la phoque . Perso , je préfére garder
    l’intégrité de mon kayak et le laisser au mouillage

    merci pour le reportage , au moins ici pas de hors sujet?

    1. Salut Eric, merci pour la bonne idée des planches de natation.

      Pour laisser le kayak au mouillage, près des roches, je ne sais pas trop comment m’y prendre. Une petite ancre grappin ?

      1. Jef , c’est pas toujours simple effectivement de sécuriser le km sur un rocher au large

        Il faut pouvoir amarrer à un point sur le rocher qui pourra maintenir
        le km à distance grâce au vent et ou au courant.
        Quand à utiliser un grappin , n’y pense pas

        En sortant le km de l’eau, au moins tu le retrouves aprés la balade
        mais là encore , il faut amarrer
        une fois , j’ai vu mon kayak partir ainsi, emporté par une grosse vague venue de nulle part
        Heureusement , il n’y avait pas de vent ,suis allé le récupérer à la nage

        Eric

  2. Bonsoir Jean-François,
    J’apprécie beaucoup tes publications.
    Mis un lien vers ton blog sur notre blog collectif « Pagayeurs du levant ».
    Cordialement
    Laurent

    1. Bonjour Laurent,
      c’est gentil, merci pour ce lien,
      de mon coté je découvre ton blog qui est extrêmement riche,
      je viens d’ajouter un lien vers ton blog sur la page de liens de randokayak à : « Blogs et sites consacrés à la pratique du Kayak de mer ».
      Cordialement.

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