Le kayak de mer par vent de travers : ardent, neutre, mou

Le comportement du kayak, quand il subit un vent de travers, peut être :
– neutre (le vent pousse le kayak de façon homogène, agissant autant sur la pointe avant que sur la pointe arrière),
ardent (le vent pousse surtout la pointe arrière, le kayak est amené à tourner sa pointe avant vers la source du vent),
mou (le vent pousse surtout la pointe avant, le kayak est amené à tourner sa pointe arrière vers la source du vent).

Pourquoi une pointe aurait plus de prise au vent que l’autre ?
Pour trois raisons :
la forme et le volume des pointes peuvent être différents et offrir des prises au vent inégales.
le fait d’être en mouvement. Avancer ou reculer immerge plus une pointe que l’autre : avancer crée une pression à l’avant et « immerge plus » ou « ancre » la pointe avant, alors que l’arrière est libre de toute pression. Le fait de reculer crée une pression à l’arrière et « immerge plus » ou « ancre » la pointe arrière, alors que l’avant est libre de toute pression.
le chargement du kayak, si le chargement est inégalement réparti entre l’avant et l’arrière, il ancre plus une pointe que l’autre.

 

On dit d’un kayak de mer qu’il est ardent quand,
– le tirant d’eau de la moitié avant est plus important que le tirant d’eau de la moitié arrière, quand la partie avant du kayak est plus immergée que la partie arrière (le vent pousse plus la partie la moins immergée).
– le volume émergé de la pointe arrière est plus important que le volume émergé de la pointe avant (le vent pousse plus la partie la plus émergée).

L’ancrage de la pointe avant est considérablement accru en marche avant. Alors qu’on avance en pagayant, la partie avant du kayak se trouve ancrée par la pression que l’eau exerce sur l’avant de la coque, alors que la partie arrière de la coque se trouve d’autant libérée par les mouvements d’échappement de l’eau. Quand une coque avance dans la mer, la partie immergée crée une zone de pression à l’avant et une dépression à l’arrière. En marche arrière, c’est la pointe arrière qui devient la plus ancrée.

Le kayakiste étant assis au milieu du kayak de mer, son poids, comme sa prise au vent, ne modifient que peu le comportement du kayak de mer. Le fait qu’il se penche en avant ou en arrière d’un kayak de 5 mètres de long a peu de conséquence sur l’assiette du kayak de mer. En revanche, le kayakiste de rivière, ayant un kayak beaucoup plus court (aux alentours de 3 mètres), agit plus efficacement sur l’assiette du kayak de rivière, en se penchant en avant ou en arrière.

Les différences de comportements entre le kayak de mer ardent (avant plus immergé que l’arrière), le kayak de mer mou (arrière plus immergé que l’avant) et le kayak de mer neutre (avant et arrière également immergés) vont se modifier lors de la navigation, la vitesse du kayak modifiant le comportement du kayak.

 

Nous allons comparer les comportements de différents types de kayaks lors d’une navigation par vent de travers.

Si le kayak ardent avance avec un vent de travers : l’arrière, qui est moins ancré que l’avant, va déraper sous la poussée latérale du vent. Le kayak ardent pivote alors sur un axe situé à l’avant du kayak : le vent éloigne la pointe arrière, amenant la pointe avant du kayak vers la source du vent. Le kayak se retrouve vent debout, on dit que le kayak lofe.

Le lof du kayak ardent est facile à compenser par l’emploi de la dérive. La dérive du kayak de mer, située sous la pointe arrière, dont l’immersion est réglable par une manette placé sur le bord de l’hiloire, permet de doser l’augmentation de l’ancrage de l’arrière. Plus le vent de travers est fort, plus on sort la dérive.
Augmenter l’ancrage de l’arrière du kayak ardent empêche l’arrière de déraper et permet de garder son cap par vent de travers.

Les vagues latérales agissent sur la coque du kayak en mouvement comme agit le vent latéral.

 

A ce sujet, voir l’article très fin de Jean Marc Terrade : Le comportement d’un kayak en mer.
Visitez également le site Internet de Jean Marc Terrade à : http://www.interactions-pleinenature.org/

 

Croquis illustrant les trois comportements types des kayaks de mer (ardent, neutre, mou) en fonction de la coque : 

Kayak de mer ardent, le tirant d'eau est plus grand à l'avant. Kayak de mer neutre, le tirant d’eau de l’avant est identique à celui de l’arrière. Kayak de mer mou, le tirant d’eau est plus grand à l’arrière.
Kayak de mer ardent, le tirant d’eau est plus grand à l’avant. Kayak de mer neutre, le tirant d’eau de l’avant est identique à celui de l’arrière. Kayak de mer mou, le tirant d’eau est plus grand à l’arrière.

L’inverse d’un kayak ardent est un kayak mou. Un kayak mou est un kayak qui abat. Le tirant d’eau de la moitié avant du kayak mou est moins important que le tirant d’eau de la moitié arrière.
Par vent de travers, le kayak mou va pivoter sur un axe situé en arrière du kayak, il va se placer vent arrière. Pour garder un cap par vent de travers et éviter d’abattre, il faudrait que le kayak mou possède une dérive avant qui permette d’augmenter l’ancrage de la pointe avant.

Si, avec un kayak ardent ou un kayak mou, vous voulez garder votre cap avec un vent de travers et si vous n’avez ni dérive, ni lest, ni sac de pont :  vous devez gîter et/ou pagayer de façon dissymétrique, ou encore pagayer d’un seul coté, cela afin de compenser le dérapage dû au vent de travers.

En résumé, par vent de travers : un kayak ardent dérape de l’arrière et se place face au vent, un kayak mou dérape de l’avant et se place dos au vent. La dérive, placée à l’arrière, permet de compenser le dérapage de l’arrière d’un kayak ardent.

 

 

Les termes :
Le tirant d’eau : est la hauteur de la partie immergée du bateau, cette hauteur varie en fonction de la charge transportée. Le kayak bénéficie d’un tirant d’eau très faible, qui lui permet de naviguer dans quelques petites dizaines de centimètres d’eau.
Lofer : placer le kayak vent debout, en se présentant face au vent
Abattre : placer le kayak vent arrière, au portant, en tournant le dos au vent.
Ardent : un kayak ardent lofe par vent de travers.
Mou : un kayak mou abat par vent de travers. Le kayak mou présente un inconvénient : si un vent du large vous pousse vers les roches de la côte, vous aurez du mal à vous éloigner de ces roches, car vous aurez du mal à remonter au vent.
Neutre : Le kayak neutre garde son cap par vent de travers.
Dérive : en architecture navale, la dérive désigne une surface portante immergée permettant de résister au dérapage latéral dû à la poussée du vent. Sur les kayaks de mer, la dérive est réglable et rétractable.
Fardage : le fardage désigne la prise au vent d’un bateau ou d’un navire. On peut éventuellement augmenter la prise au vent de l’arrière ou de l’avant d’un kayak, en ajoutant un sac sur la pointe arrière ou sur la pointe avant. Pour compenser le dérapage de l’arrière d’un kayak ardent, on peut ajouter un sac sur le pont avant. Pour compenser le dérapage de l’avant d’un kayak mou, on peut ajouter un sac sur le pont arrière.
Chargement : la charge des caissons avant et arrière doit être équilibrée de façon précise, afin de ne pas modifier le comportement du kayak. Pour cela, quand je prépare une randonnée, je place d’abord mon kayak vide, bien centré, sur le chariot. Le chariot étant placé exactement sous le centre de gravité du kayak, en principe le centre de gravité du kayak se trouve sous le siège. Je vérifie que le kayak est parfaitement centré sur le chariot en inclinant le kayak du côté pointe avant, puis du côté pointe arrière, le comportement des deux pointes doit être le même. Ensuite, je charge les caissons du kayak pour qu’au final l’équilibre initial soit retrouvé à la fin du chargement.
L’allure : désigne la direction du voilier par rapport au vent : vent debout 0°, près 30°, bon plein 60°, travers ou largue 90°, grand largue 120°, vent arrière 180°.
L’assiette : en architecture navale, l’assiette désigne l’inclinaison longitudinale d’un navire sur l’eau, par rapport au plan horizontal.

 

En conclusion, le kayak ardent, équipé d’une dérive rétractable placée à l’arrière, est adaptable à toutes les allures : 
– Dérive rentrée, le kayak ardent garde bien son cap quand on navigue vent debout.
– Dérive plus ou moins sortie, selon la force du vent de travers, le kayak ardent devient neutre et garde bien son cap par vent de travers.
– Dérive complètement sortie, le kayak ardent devient mou et garde bien son cap aux allures portantes (avec vent arrière).

 

 

 Croquis illustrant trois façons types de compenser le lof d’un kayak ardent ;

Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’emploi de la dérive. Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’ajout de lest à l’arrière. Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’ajout d’un sac sur le pont avant.
Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’emploi de la dérive. Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’ajout de lest à l’arrière. Kayak de mer ardent, rendu neutre par l’ajout d’un sac vide et gonflé sur le pont avant, cette dernière méthode fonctionne, mais à l’inconvénient d’encore accentuer la dérive causée par le vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si la dérive est cassée, on peut chercher un morceau de bois sur l’estran pour fabriquer une dérive de fortune avec un morceau de bois calé dans le puits de dérive avec des bouts de bois ou des cailloux ou des algues (Voir http://www.randokayak.com/wp-content/gallery/20160612-tevennec-armen/P6120056-mise-en-place-de-la-derive.JPG et http://www.randokayak.com/wp-content/gallery/20160612-tevennec-armen/P6120058-elle-est-fixee.JPG ) .

Pour obtenir un comportement presque neutre de mon kayak Xplore-L (5,50 mètres), qui est ardent, je  leste sa pointe arrière avec une vache à eau de 10 litres, cela modifie l’assiette du kayak en faisant monter la pointe avant. En ancrant plus la pointe arrière avec du lest, je rends l’ancrage de la pointe arrière égal à celui de la pointe avant alors que j’avance en pagayant. Ainsi lesté, l’Xplore-L garde son cap par vent latéral.

Si on n’a rien pour lester l’arrière alors que la dérive est cassée, on peut aussi augmenter le fardage (la prise au vent) de l’avant d’un kayak ardent pour le rendre neutre. En ajoutant un sac vide, gonflé au maximum, sur le pont avant, ainsi on augmente le fardage (la prise au vent) de la pointe avant, on rend le dérapage de la pointe avant égal au dérapage de la pointe arrière. L’inconvénient c’est que le dérapage du kayak étant encore accentué, cela rallonge la route.

Auteur : Jean-François Delcamp

En dehors de sa passion pour le kayak, Jean-François Delcamp est professeur de guitare classique au Conservatoire de Brest métropole.

2 réflexions sur « Le kayak de mer par vent de travers : ardent, neutre, mou »

  1. Pour l’instant, un simple merci! Vos explications me semblent toutes très claires. Reste à les assimiler et à les mettre en pratique. A plus j’espère.

  2. Le comportement du kayak est aussi proportionnel à sa vitesse du fait des effets de pression décrit au début de l’article. Un kayak dit mou du fait de l’équilibre de ces tirants d’eau (plus important à l’arrière ) deviendra plus neutre voir ardent en passant de 1 à 4 noeuds. c’est le comportement à 4 noeuds qui est donc représentatif. C’est donc le comportement en navigation qui doit être évalué et pas uniquement un constat à l’arrêt. L’idéal étant un kayak neutre. De mon expérience sur kayak gironné (xcite), le fait de se pencher vers l’avant ou l’arrière permet d’ajuster son cap sans toucher à la dérive. Elucubrations du matin : naviguant au delà des 5 noeuds, le kayak montant sur sa propre vague, il s’enfonce davantage sur l’arrière et deviendrait plus mou. A tout ceux qui se plaignent de l’absence de dérive sur leur kayak : faites parler les chevaux. 😉

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