La vitesse du kayak de mer

I La vitesse du kayak de mer varie selon l’énergie humaine mise en œuvre pour avancer.

Vent et voile en kayak de mer
Vent et voile en kayak de mer

L’entraînement, se connaître, connaître ses limites, c’est l’assurance de ne pas se blesser. En club, lors des premières sorties en kayak de mer, le moniteur, effectuant des arrêts fréquents, parle à son groupe de nouveaux. Cela de façon à ce que ses élèves débutants ne pagayent qu’une ou deux heures à 2 ou 2,5 nœuds de vitesse, avec des pauses fréquentes, afin que les élèves ne  blessent pas des muscles ou des tendons encore peu habitués à l’effort que demande le pagayage. Plus tard, le moniteur apprendra à ses élèves la rotation du buste qui épargne les coudes et les épaules. Voir la vidéo Pagayer en kayak, de façon efficace et ergonomique.
Dans les clubs, une fois passé les premières sorties, les moniteurs pratiquent essentiellement la sortie à la demi journée, soit 3 heures de rang, à la vitesse de 2,5 à 3 nœuds, au rythme d’un cours par semaine. A partir de 6 mois de pratique hebdomadaire en club, le kayakiste qui veut augmenter son rayon d’action, va augmenter progressivement sa durée et son intensité d’effort. Pour moi et d’autres, cela a voulu dire pratiquer en plus, en dehors du club, en groupe de pairs qui veillent les uns sur les autres. Nombre de kayakistes expérimentés savent qu’il faut s’échauffer et établir une progression dans leur entraînement si ils ne veulent pas voir apparaître une tendinite à l’épaule ou au coude. Une tendinite qui ne se soignera qu’après des semaines de repos et des séances que kinésithérapeute. Repos forcé qui nous privera donc de kayak pendant des semaines ou des mois. J’ai connu ça et je connais des amis, y compris des pagaies rouges, qui ont ignoré la prudence d’écouter leur corps et ont du se plier à un repos forcé de plusieurs semaines afin de guérir les tendons qu’ils avaient malmené, par manque de pratique régulière.

Vu que j’ai découvert le kayak tard, j’organise ma pratique de façon à la « lisser » sur l’année, en évitant des pics d’intensité. Je ne vais pas faire une longue randonnée sans m’être préparé. Dans l’idée de préserver mes muscles et tendons et en raison de mon âge (je suis sexagénaire au moment où j’écris cet article), j’ai adopté la pagaie groenlandaise qui est la moins traumatisante de toutes. Même si je ne l’atteins pas tous les ans, mon objectif est de m’approcher des 6 à 7 heures de kayak par semaine, soit 72 à 84 milles marins par mois.

La distance parcourue varie selon l’entraînement du kayakiste, selon son expérience
• Les kayakistes de niveau 1 à 2, pagaie jaune à verte, sont habitués à pagayer 3 à 4 heures par jour à une vitesse allant de 2,5 à 3 nœuds, ils parcourent des distances de 7 à 12 milles marins dans leur journée, avec, de préférence, une pause à terre à mi-parcours.
• Les kayakistes de niveau 3, pagaie bleue, sont habitués à pagayer 4 à 6 heures par jour à une vitesse allant de 3 à 3,5 nœuds, ils parcourent des distances de 12 à 21 milles marins dans leur journée, avec, de préférence, une pause à mi-parcours, pause qui s’effectue le plus souvent à terre, exceptionnellement en mer en formant un radeau constitué de plusieurs kayaks groupés bord à bord.
• Les kayakistes de niveau 4 à 5, pagaie rouge à noire, sont habitués à pagayer 6 heures par jour, à une vitesse allant de 3,5 à 4 nœuds, ils parcourent des distances de 21 à 24 milles marins dans leur journée, avec une ou des pauses, à terre ou en mer. En grande randonnée, les kayakistes organisent des pauses de 7 minutes toutes les heures, plus des pauses longues pour déjeuner et goûter.

La distance parcourue et la durée d’une journée de kayak de mer
Pour notre tour de Bretagne en 2017, étant le leader, j’avais limité les 3 premières étapes  à 15 milles nautiques par jour, ensuite j’ai augmenté la durée des étapes à 18 ou 21 milles. Grâce à ces débuts prudents, personne n’a souffert de tendinite.

Mesure d'une distance de 5 milles marins, sur le bord gauche ou droit de la carte marine
Mesure d’une distance de 5 milles marins, sur le bord gauche ou droit de la carte marine

Sur les bords droit et gauche des cartes marines sont imprimés des repères correspondant aux latitudes (nord et sud). Ces repères affichent l’échelle des milles marins (un mille marin égale une minute d’angle, 60 milles marins égalent un degré d’angle). C’est à partir de cette échelle des latitudes, qu’avec un compas ou une cordelette, on mesure les distances en milles marins sur la carte marine. Les bords haut et bas de la carte indiquent les méridiens (est et ouest). La latitude de Brest est de 48° 24′ 0 N. C’est à dire qu’à partir de l’équateur, en allant vers le nord, il faut mesurer 48 degrés et 24 minutes d’angle pour trouver la latitude de Brest. Lorsqu’ils sont reliés entre eux, tous les endroits de la Terre ayant une même latitude forment un cercle dont le plan est parallèle à celui de l’équateur, d’où l’autre terme « parallèle » permettant de nommer une latitude. 

Le mille marin ou mille nautique, 1852 mètres
Le mille marin ou mille nautique, 1852 mètres

Qu’est-ce qu’un mille marin ou mille nautique ?
Le mille marin est la longueur d’un arc reliant deux points d’un même méridien terrestre distants d’une minute en latitude.
En 1929, la conférence hydrographique internationale extraordinaire de Monaco fixe par convention la longueur du mille marin international à la valeur universelle et entière de 1852 mètres, valeur à laquelle tous les pays rallient progressivement. Cette définition est retenue par le Bureau international des poids et mesures (BIPM).

Loch à plateau - Photo de Rémi Kaupp prise au Musée de la Marine à Paris, CC BY-SA 3.0
Loch à plateau – Photo de Rémi Kaupp prise au Musée de la Marine à Paris, CC BY-SA 3.0

Qu’est-ce que le nœud, unité de mesure de vitesse ?
Le nœud, ou knot (symbole nd, ou kt) est une unité de mesure de la vitesse utilisée en navigation maritime et aérienne. Un nœud est égal à un mille marin (1 852 mètres) par heure, soit approximativement 0,5,14 mètre par seconde. Un kayak qui avance à 3 nœuds, avance à 3*1852 mètres à l’heure, soit 5,556 kilomètres à l’heure.
Le loch est un instrument de navigation maritime qui permet d’estimer la vitesse relative (par rapport à la masse d’eau où il évolue) de déplacement d’un navire sur l’eau. A cette vitesse relative il faut ajouter, ou retrancher, la vitesse des courants marins de la zone de navigation. On estimait autrefois la vitesse d’un navire à l’aide d’un loch à plateau. La planchette était amarrée à un cordage comportant des nœuds régulièrement espacés qu’un marin comptait à haute voix au fur et à mesure qu’ils glissaient entre ses doigts. Le compte se faisait pendant le temps d’écoulement d’un sablier. Le nombre résultant, exprimé en nœuds, indique la vitesse relative du navire.

 

2 La vitesse du kayak de mer varie selon les dimensions du kayak de mer, en particulier selon le rapport Longueur/largeur.

Plus le kayak est long, fin et rigide, plus il est rapide. A ceci près que plus il est long et fin plus il est instable. Il existe des compromis meilleurs que d’autres, c’est tout l’art de l’architecte naval qui dessine un kayak de mer. Voir l’article : Quel kayak de mer choisir ?

 

3 La vitesse du kayak de mer varie selon le vent

Le vent peut accélérer ou ralentir la progression du kayak de mer. Voir l’article : Le vent en kayak de mer.

Le downwind en kayak de mer
Le vent peut être utilisé pour faciliter la navigation, la rendre ludique. Il s’agit de naviguer sous le vent, avec le vent dans le dos. Les anglais appelle cela un downwind. Les downwinds sont jouissifs à partir de vent force 6 Beaufort, à cette force le vent augmente la vitesse du kayak de 2 nœuds, à 7 Beaufort un vent portant l’augmente de 3 nœuds.  Cela nécessite une organisation, afin de choisir un parcours adapté, un parcours qui offre des réchappes, il faut organiser une navette voiture qui permette de revenir au point de départ.

Quel danger le vent représente-t-il dans la pratique du kayak de mer ?
Un vent dangereux est un vent supérieur à notre vitesse de croisière, un vent contre lequel on ne peut que reculer, un vent qu’on ne peut que subir. C’est à dire un vent de 7 Beaufort ou plus, un tel vent est capable d’exercer sur le kayak de mer une poussée de plus de 3 nœuds ou plus. La vitesse des vents marins est exprimée en Beaufort, en nœud ou en kilomètre/heure. La météo nous indique le vent synoptique prévu, sa vitesse moyenne et sa vitesse lors des rafales. Le vent synoptique ne tient pas compte des effets locaux comme la brise thermique (due au différentiel de température entre la terre ou la mer) pas plus qu’il ne tient compte des effets dus au relief terrestre : accélération aux pointes, ou aux passages sous une arche, ou entre deux îles resserrées (effet venturi dans les 3 cas cités).

On ne fait jamais un downwind vers le large : on ne pourrait pas revenir.

 

4 la vitesse du kayak de mer varie avec le courant

Qu’est-ce qu’un courant dangereux en kayak de mer ?
C’est un courant d’une vitesse supérieure à notre vitesse de croisière, un courant contre lequel on ne peut que reculer, un courant qu’on ne peut que subir. La vitesse des courants marins est exprimée en nœud. Cette vitesse varie au cours de la marée selon la règle des douzièmes. Le courant de marée est à son maximum à la mi-marée, entre la troisième et la quatrième heure de marée.

Pour un kayakiste inexpérimenté, qui n’a pas appris à gîter pour empêcher un courant latéral de retourner son bateau par la pression qu’il exerce sur le bord qu’il presse : un courant d’un ou deux nœuds représente déjà un danger certain de retournement. Quand le courant n’est pas de travers, mais dans l’axe du kayak, le courant en lui-même ne présente plus ce danger de retournement. Pour un kayakiste expérimenté, qui gîte avec ampleur, le courant devient un allié qui aide à la navigation.

La vitesse de croisière étant de 3 nœuds, les courants de plus de 3 nœuds peuvent être considérés comme dangereux, parce que, si il est facile et agréable de les prendre comme des tapis roulants qui nous facilitent l’avancée, il est difficile ou impossible de les remonter.

Armel joue en kayak de mer dans le Raz de Sein.
Armel joue en kayak de mer dans le Raz de Sein.

Quels sont les courants de marée les plus puissants de France métropolitaine ?
• Le courant du Raz Blanchard atteint 10 nœuds par coefficient de 95 (12 nœuds par coefficient de 120), c’est le plus puissant des courants de marée de France métropolitaine. Si le vent s’oppose au courant dans le Raz Blanchard : la mer lève et le passage devient très dangereux, y compris pour les voiliers.
Le courant de la Jument, dans le Golfe du Morbihan, atteint 7,6 nœuds par coefficient de 95, lorsqu’il passe entre de l’île de Berder et l’île de la Jument.
Le courant du Goulet de Brest atteint 6,8 nœuds à la pointe des espagnols par coefficient de 95.
• Le courant du Fromveur, à proximité de l’île d’Ouessant, atteint 6,5 nœuds par coefficient de 95.
• Le courant du Raz de Sein, à la pointe du Raz, atteint 5,9 nœuds par coefficient de 95.
• Le courant du Chenal du Four, à la pointe pointe de Kermorvan, atteint 5,2 nœuds par coefficient de 95.

Anecdote personnelle : dans le goulet de Brest, avec flot favorable, le GPS de mon regretté ami Gilbert a enregistré une pointe à 8 nœuds, alors que nous allions tranquillement (à 3 nœuds), côte à côte, vers le port de Brest, rentrant d’une balade à Porz Naye. Sans la mesure témoin du GPS, jamais nous ne nous serions douté de notre pointe de vitesse. A la réflexion, cela signifie que nous avions un courant de 5 nœuds qui s’additionnait à notre vitesse propre de 3 nœuds.

 

5 La voile permet d’augmenter de plusieurs nœuds la vitesse du kayak de mer

kayak de mer sous voile à l'île Louët
kayak de mer sous voile à l’île Louët en juillet 2014

La voile à l’arrière (appelée tapecul) du kayak de mer stabilise le bateau. Cette voile permet de faciliter l’avancée par vent arrière ou vent de 3/4 arrière. Il faut un minimum de 4 Beaufort pour que la voile tapecul en kayak de mer offre un intérêt. Quand on dessale, il peut être nécessaire d’enlever le mat derrière soi pour pouvoir passer son esquimautage. Autrement la voile, plongée à la verticale vers les fonds marins, joue le rôle de quille et empêche le kayak de se redresser.

Usage de la voile entre l'île de Sein et le port de Plouhinec.
avec une voile entre Sein et Plouhinec.

La voile sur mat articulé, fixée à l’avant du kayak, offre un bien meilleur rendement. Cette voile à l’avant permet de gagner plusieurs nœuds de vitesse, elle permet de surfer les vagues, d’avoir les même sensations grisantes qu’en surf (sauf qu’avec la voile ça dure plus longtemps). Le mat articulé, permet d’esquimauter sans se préoccuper de la voile. Là aussi, il faut un minimum de 4 Beaufort pour que la voile en kayak de mer offre un intérêt, 5 à 6 Beaufort étant la force idéale. A 6 Beaufort, maitriser son kayak sous voile devient compliqué et acrobatique (plouf !). Déjà à 5 Beaufort, la sensation c’est que ça dépote, je pars en surf, plus besoin de pagayer, faut juste faire gouvernail et/ou appui avec la pagaie !

4 réflexions sur « La vitesse du kayak de mer »

  1. Tous est sûrement vrai mais je préfère la navigation à l’analyse de celle ci.
    C’est trop théorique pour moi, je pratique un kayak plutôt intuitif depuis quelques années et ça le fait carrément pour moi.
    Mais je peux comprendre…@+

  2. Bravo pour ce nouvel article, Très instructif. Concis avec l’essentiel. Il est bon de se rappeler des fondamentaux. … Très utiles donc pour transmettre à ceux qui s’étonnent que je navigue avec carte et jumelles malgré l’expérience.

  3. Bonjour Jean-François,
    Je tiens à te féliciter pour l’ensemble de ton oeuvre qui va sans aucun doute continuer à s’étoffer.
    Théorie et intuition sont un duo gagnant qui se nourrissent l’un de l’autre.
    A plus

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