Questions sur le projet d’interdiction temporaire d’accès à certains estrans de l’archipel de Molène

arrivée à Molène
arrivée à Molène en kayak de mer

Bonjour aux ami(e)s kayakistes, aussi aux ornithologues.

Il se passe trois choses en ce mois de février 2019 concernant l’archipel de Molène :
– un projet d’arrêté du préfet du Finistère portant sur de nouvelles interdictions d’accès.
– un projet d’extension de la réserve du Parc marin d’Iroise.
– un projet d’arrêté de protection de biotope concernant l’archipel de Molène, ce troisième projet n’a pas été annoncé publiquement.

Je rédige cet article en vitesse, avant la présentation du projet d’extension de la réserve par le Parc Marin d’Iroise. Cette réserve compte actuellement 3 îles :  Bannec, Balanec et Trielen. Le Parc compte étendre cette réserve à 5 îles supplémentaires. La présentation du projet aura lieu dans les locaux du Parc marin au Conquet, jeudi 7 février de 13h30 à 16h30. Je ne pourrai pas être présent jusqu’au bout de la réunion à cause de mon travail. Mais je sais que Pagayeurs Marin délègue un représentant à cette réunion. (Il faut être invité comme représentant d’association pour pouvoir assister à la présentation.)

J’étais présent avec Eric et Luc à la réunion organisée à la salle omnisports du Conquet samedi 2 février 2019. Le public présent : pêcheurs, plaisanciers, riverains ont tous manifesté leur opposition à de nouvelles restrictions d’accès aux îles et îlots de l’archipel de Molène. Des présents rappelaient les promesses de ne pas aller plus loin, faites par le Préfet maritime de l’époque, à la création du parc. Tous les présents craignent que l’accès à l’archipel de Molène ne devienne de plus en plus restreint pour les pêcheurs à pieds ou pour les riverains qui apprécient d’aller pique-niquer en famille aux beaux jours sur les plages des îles de l’archipel. Les conquetois ont tout à fait conscience de la richesse patrimoniale que représente l’archipel de Molène, ils s’en sentent responsables et trouvent normal que les personnes qui troubleraient un oiseau en train de couver, ou qui dégraderaient les nids d’oiseaux soient mis à l’amende par les agents du parc marin. Ils trouvent normal de protéger ce patrimoine, mais pas de restreindre encore plus les accès déjà restreints à l’archipel. Une personne a donné l’exemple d’une île écossaise où les chemins sont parfaitement balisés, permettant de passer à côté d’Eiders en train de couver, sans que ceux-ci soient dérangés. Des personnes présentes ont proposé que les personnels du parc marin signalent les zones de reproduction par des repères plantés à côté, ou encore qu’ils mettent en place des chemins balisés avec une signalétique.

 

Vous trouverez ci-joint le PDF du : Projet d’arrêté préfectoral portant interdiction temporaire d’accès à des dépendances du domaine public maritime naturel de l’archipel de Molène (7 Mo), accompagné des cartes indiquant le tracé des nouvelles interdictions.

Je suis un simple citoyen, nullement ornithologue et je ne comprends pas bien les motivations ornithologiques de cet arrêté préfectoral. Si il y a des ornithologues parmi les lecteurs de cet article, leurs lumières sont les bienvenues.

Pour que vous m’aidiez à comprendre, je me permets de soumettre à votre attention cette phrase du projet d’arrêté :  … notamment pour le grand gravelot, espèce classée dans la catégorie « vulnérable » dans le liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, ne comptant plus que 175 à 190 couples en France dont 30 à 57 couples ont été observés dans l’archipel de Molène (soit entre 17% et 30% des effectifs nicheurs nationaux) ;

En consultant le site de l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel) – MnHn (Muséum national d’Histoire naturelle). Si je fais une recherche sur grand gravelot, J’ai accès à cette fiche de 2008 : https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Grand-gravelot.pdf
Je peux y lire que : L’installation du Grand Gravelot en tant qu’espèce nicheuse en France est récente et les premiers cas sont signalés en Bretagne et dans la Manche en 1941. Les effectifs nicheurs se distribuent de la frontière belge au Morbihan.
Je peux lire plus bas que : En France, l’espèce est considérée comme vulnérable en période de nidification et à surveiller en hivernage. L’effectif français en période de nidification est modeste, marginal même, au regard de la population européenne, avec 130 couples [bg53], ce qui ne représente que 0,1% de la population européenne, la Bretagne accueillant à elle seule 60% de ces oiseaux. Le développement de la population nicheuse est visible entre les deux enquêtes nidification des oiseaux de France. Le nombre de sites concernés est ainsi passé de 14 à 26 [bg72].
Le numéro de janvier-février 2015 de la revue « Ornithos » compte un article de fond consacré au grand gravelot. On peut y lire page 4 que « Des ornithologues reconnus ont visité l’archipel de Molène à plusieurs reprises entre 1880 et 1936, sans y signaler la nidification du Grand Gravelot (références in Monnat 1980). »
A cette lecture, je déduis que l’effectif des grands gravelot de l’archipel de Molène est non pas menacé, mais, au contraire, en augmentation, parti de rien en 1936.

En résumé : dans l’archipel de Molène, depuis 1940, nous sommes passés de 0 grand gravelot en 1940, à 50 couples nichant dans l’archipel de Molène en 2019.

Je finis par me demander sur quelles études scientifiques précises s’appuie ce  projet d’arrêté préfectoral portant interdiction temporaire d’accès à des dépendances du domaine public maritime naturel de l’archipel de Molène ? Ces études ont-elles été publiées ? Existe-t-il des problèmes concrets de destruction de nid ou de destruction de l’environnent en général (phoque, dauphin), de quelle nature, par quel usager ? Quand ? Comment ?

Si on regarde le statut de conservation IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) du grand gravelot sur oiseaux.net, on voit qu’il n’est pas menacé, il est l’objet d’une préoccupation mineure, ce qui est le meilleur cas. http://www.oiseaux.net/oiseaux/grand.gravelot.html

En consultant le site du gouvernement: https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/aires-marines-protegees-francaises , on lit que : Pour protéger la biodiversité marine et les services rendus par les océans, la France a choisi de mener une politique volontariste de création et de gestion d’aires marines protégées dans toutes ses eaux, métropolitaines et ultra-marines.

Maintenant c’est autre chose, je finis par me demander si cet arrêté d’interdiction ne serait pas une décision avant tout politique, plus qu’une décision écologique découlant d’une prise en compte réelle du travail des ornithologues.

Laissons toutes ces questions. Pour en revenir au kayak. En ce qui nous concerne très directement, j’espère qu’en cas (heureusement exceptionnel) d’accident, comme : un kayakiste blessé, un malaise, une voie d’eau, une dérive cassée, le débarquement sera toléré sur le bas de l’estran des îles et îlots de l’archipel de Molène. Je vais poser la question jeudi 7 au Parc Marin d’Iroise : http://www.parc-marin-iroise.fr/ et je vous rapporterai la réponse.

Je conclue de façon positive, en vous transmettant que pour connaître la faune dans l’archipel de Molène et sur les côtes bretonnes, île par île, et même îlot par îlot, je recommande à tous la consultation de cet excellent site : http://www.c-monspot.fr/ 

 

 

Ajout du 7 février 2019
Bonjour à tous,
avec quelques amis kayakistes (Luc, Dominique et Erwan), j’étais présent aujourd’hui à la réunion publique de présentation de l’extension de la réserve naturelle du Parc marin d’Iroise.

Je m’étais promis de prendre la parole pour poser quelques questions concernant la pratique du kayak dans l’archipel de Molène.

J’ai demandé publiquement si il était possible de débarquer sur l’estran pour des raisons de sécurité, la réponse publique du responsable du Parc marin est qu’il n’y a pas de soucis pour accoster sur l’estran, qu’il soit interdit ou pas, si c’est pour une raison de sécurité ( blessure, hypothermie, fatigue, dérive cassée … ).

J’ai demandé au représentant du parc si les contraventions dressées par les agents du Parc étaient en augmentation, il m’a été publiquement répondu qu’il n’y avait pas d’augmentation des infractions.

En réponse à ma question sur la réalité d’un projet d’arrêté de protection du biotope, le représentant du parc a confirmé indirectement que le préfet prévoyait la publication d’un arrêté de protection du biotope.

Nous avons également appris que :
– La population de phoque qui séjourne temporairement dans l’archipel de Molène se porte bien, elle est en augmentation, ses lieux de reproduction se situent en Grande Bretagne.
– L’absence de grand gravelot dans l’archipel de Molène avant 1940 n’est ni affichée, ni admise par les représentants du Parc Marin.

En ce qui concerne l’ambiance de cette réunion :
le public de cette réunion, pour l’essentiel des conquetois, a manifesté, avec force et a de nombreuses reprises, ses objections et sa défiance à l’égard du Parc marin et des services de l’État.

Le parc a finalement préféré ne pas présenter au public son projet et a préféré présenter son action passée.

En fin de réunion, les positions ont évolué car la représentante des services de l’État a informé le public qu’il y aurait une deuxième version du projet d’arrêté d’interdiction temporaire d’accès à l’estran du préfet du Finistère. Une version avec moins de zones interdites, compte tenu des nombreuses interventions du public concerné, tant à cette réunion du jeudi 7 février, qu’à la précédente du samedi 2 février 2019.

Chers amis kayakistes, l’essentiel de cette réunion est ici restitué.
Jef

 

Ajout du 4 avril 2019
j’ai adressé le message suivant au Parc marin d’Iroise en tant que représentant de deux associations : l’association CK/mer (Président, Monsieur Jérôme Le Ray), association ayant un rayonnement international  et le club de kayak de Plouhinec, (Président, Monsieur Jean-Yves Jacq) association ayant un rayonnement régional (par exemple la formation des moniteurs de kayak de mer de Bretagne). Cela pour répondre à une enquête menée sur les activités de l’estran dans le cadre du processus de concertation pour l’extension de la Réserve naturelle nationale d’Iroise. Cette réponse a également été élaborée en concertation avec la Fédération française de canoë-kayak, en particulier avec Monsieur Joël Dugay du Comité Régional Ile de France de Canoë Kayak de la FFCK.

Pour répondre à l’enquête, j’ai transmis au Parc marin d’Iroise, à cette URL  http://u.osmfr.org/m/311704/ , nos zones d’usage de l’estran lors de nos haltes kayak, zones établies au nom des associations : CK/mer et ACK Plouhinec.

J’ai également transmis que : « Notre période de pratique régulière du kayak de mer dans l’archipel de Molène va de mars à décembre. Pour ma part, habitant Brest, je me rends une dizaine de fois par an dans l’archipel de Molène. A chaque fois pour des sessions de 2 ou 3 jours comportant un ou deux bivouacs sur Molène ou sur Ouessant. Ce week-end encore (30 et 31 mars), j’étais dans l’archipel de Molène avec 7 compagnons de navigation.

Pour naviguer dans l’archipel, je précise que nous utilisons abondamment les zones de contre-courant qui se situent au plus près du bord des îles et îlots. Par fort coefficient, nous ne pouvons passer les pointes les plus exposées au courant qu’en rasant les îles ou îlots à 30 ou 50 centimètres près, à deux mètres du bord nous ne pourrions pas passer. Ces zones de contre-courant nous offrent des refuges, elles nous permettent de faire des bacs pour relier les îles ou îlots, elles nous sont indispensables pour maîtriser notre circulation en kayak dans l’archipel de Molène.

Le club de Plouhinec, CK/mer, ainsi que la FFCK souhaitent être associés à toute démarche éducative (stage, conférence) quant à la connaissance et au respect de la biodiversité de l’archipel de Molène. Je remercie le Parc marin d’Iroise de bien vouloir m’informer de la suite de cette consultation et de la prochaine réunion d’information au Conquet. »

Jef Delcamp, pour CK-mer et ACK Plouhinec

 

Ajout du 24 avril 2019
je vous transmet ce message de Monsieur Thierry Michot, enseignant chercheur responsable de cette enquête.

Bonjour,

Avez-vous déjà fait de la planche, de la plongée, du kite, de la voile, du kayak, du longe côte, voire simplement de la baignade … dans le Parc Naturel Marin d’Iroise ? Dans le cadre d’un cours sur les pratiques sportives de nature dans un territoire, les étudiants STAPS de M1Management du sport ont un questionnaire à diffuser, pour ensuite travailler sur les données recueillies. Il vous suffit de cliquer sur le lien suivant : https://sondage.univ-brest.fr/limesurvey/index.php/164754 

Si vous avez quelques minutes, merci d’y consacrer un peu de temps. C’est très rapide, et une carte en début de questionnaire vous donne les limites du Parc. Vous serez peut-être surpris-e. Et n’hésitez pas à diffuser dans vos réseaux si vous connaissez du monde intéressé.

Bonne saison nautique,

Thierry Michot

 

4 réflexions sur « Questions sur le projet d’interdiction temporaire d’accès à certains estrans de l’archipel de Molène »

  1. Salut Jef

    et, respect! pour la qualité de ton blog, en général,
    et merci, en particulier, pour ton implication dans ce dossier Molène.

  2. Bonjour, JEF
    je tenais à te féliciter pour ce site très intéressant et très riche.
    Un site d’un passionné de kayak de mer qui est vraiment très bien fait est qui démontre ton implication et ta motivation
    Peut être aurai je l’occasion de te voir à Llanca en Avril ?
    j’essaie par ailleurs d’avoir des informations sur l’association de Loïc Bourdon et de Yann Guillou sur l’esquimautage.
    Merci encore pour ce blog

    1. Bonjour James, je t’ai envoyé par courriel l’adresse de Yann Guillou. Bons rolls.

      Je ne serai pas à Llança.

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