La formation pagaie noire kayak de mer en Bretagne nord, février 2019

Loup fait du rockhopping en kayak de mer - photo de Christophe Lebranchu
Loup fait du rock hopping en kayak de mer – photo de Christophe Lebranchu

Dimanche soir, 24 février 2019, je suis rentré de la formation pagaie noire kayak de mer qu’organisait la FFCK en Bretagne nord, à Roscoff.

Jean Marc Terrade était l’encadrant de ce stage. Nous étions 6 stagiaires accompagnés de Christophe Lebranchu, pagaie noire et professeur de sport à l’université de Brest. Très vite, je comprends que 3 d’entre nous sont au niveau, alors que les 3 autres (dont moi-même) ont des lacunes.

Comme tous, j’ai lu les pré-requis et descriptifs des tests d’évaluation de la pagaie noire mer. Mais rien de tel que la pratique des mises en situations pour y voir clair.

En échangeant entre stagiaires sur notre pratique des derniers mois, nous nous rendons compte que les 3 les moins affûtés manquent de technique et de pratique engagée : passage de détroit ou de pointe avec des courants d’au moins 3 nœuds, accompagnés de houle supérieure à 1 mètre et de vent d’au moins 4 à 5 Beaufort.

Pour nous trois, qui ne sommes pas au niveau, il est clair que nous devons travailler le surf, le rockhopping et les passes à cailloux. D’abord dans des conditions faciles : houle de 40 à 60 cm, puis en augmentant peu à peu, jusqu’à plus d’un mètre, comme demandé pour la certification pagaie noire.

 

Jusqu’ici j’ai beaucoup envisagé ma pratique personnelle du kayak de mer comme le fait d’aller randonner quelque part plus ou moins longtemps et non comme le fait d’apprendre à être à l’aise dans une mer formée. Or, dans le système des pagaies couleurs, c’est l’aisance dans des mers de plus en plus complexes qui est évalué. Il est vrai que les conditions météo de navigation changent tout quant à la difficulté d’un parcours.

 

Après cet aparté, j’en reviens au stage : pour nous évaluer, nous avons pratiqué une bonne partie des exercices tests de la certification pagaie noire.

 

Nous avons pratiqué les tests individuels suivants sur la plage du Dossen :

– Se mettre à l’eau derrière la barre de déferlantes et rentrer à la plage avec sa pagaie et son kayak. Son kayak étant toujours placé entre soi et la plage, de façon à ce qu’il ne puisse pas nous percuter quand la déferlante le projette vers la plage. J’ai fait cet exercice lors du stage, avec des vagues déferlantes de 50 à 70 cm et j’ai lâché involontairement mon kayak. Je me suis aperçu que mes poignées de portage n’étaient pas adaptées à ma main, je vais les changer pour de plus grandes qui m’assureront une meilleure prise. Jean Marc nous a appris que pour moins souffrir de la brusque poussée des déferlantes, il valait mieux tenir son kayak par la pointe avant, afin que moins d’eau ne s’enfourne dans l’hiloire.

Refuser le surf. Nous avons passé les barres de déferlantes (60 à 90 cm) puis entrepris le retour à la plage en refusant le surf. Tout en pagayant, nous regardons derrière nous. Quelques petites secondes (3 ou 4) avant que la vague de houle n’atteigne notre pointe arrière, nous pagayons en arrière pour lutter contre la poussée que va nous appliquer la vague de houle qui arrive. Dès que la houle est passée, nous cessons de reculer pour reprendre notre progression en avant, vers la plage, attentifs à la prochaine vague. Ensuite, Jean Marc nous demandera de refuser le surf alors que nous regagnons la plage en marche arrière. Là, il nous faut également regarder derrière nous, pour voir si il n’y a personne que nous risquerions de blesser avec notre pointe arrière lors d’un surf arrière involontaire. Le refus de surf est bien effectué par tous.

S’exercer au surf dans des vagues de 50cm à 1,20 mètre. Nous l’avons fait abondamment sur la plage du Dossen et aux alentours lors de ce stage.

 

 

Nous avons pratiqué des tests en binôme ou en équipe, comme :

Récupérer un nageur derrière la barre de houle et le ramener sur son pont arrière à la plage. Le nageur monte sur le pont arrière et s’allonge sur celui-ci en plaçant sa tête contre le dos du sauveteur, alors qu’il s’accroche de ses mains au gilet du sauveteur. Nous avons fait l’exercice en binôme, tour à tour nageur, puis sauveteur. Les deux communiquant en permanence. De temps en temps le nageur voit le pont sur lequel il repose plonger dans l’eau de 15 cm, alors que passe une déferlante. Le sauveteur voit son kayak se cabrer au passage de la déferlante, du fait du poids du nageur secouru. Nageur et sauveteur communiquent pour optimiser l’équilibre latéral du kayak, si le kayak penche un peu d’un côté, le sauveteur va demander à la personne qu’il transporte de se déplacer légèrement du côté opposé du pont arrière. Le nageur peut s’en rendre compte de lui même et participer activement à l’équilibre latéral du bateau, sans avoir besoin des consignes du sauveteur. C’est tout à fait éclairant d’alterner les rôles dans les mêmes conditions. J’ai beaucoup apprécié de faire cet exercice des deux façons.

Récupérer un kayak vide derrière la barre de houle et le ramener sur la plage. Pour éviter d’être blessé par le kayak vide qu’il ramène quand une déferlante submerge, le récupérateur étreint d’un bras la pointe avant du kayak vide au niveau de l’avant de l’hiloire, tout en portant son buste et son poids sur le kayak qu’il ramène. Cela de façon à solidariser avec son corps les deux kayaks, bien serrés l’un contre l’autre. De cette façon, les deux kayaks ne vont pas se heurter mutuellement au passage d’une déferlante et occasionner des chocs aux kayaks et au kayakiste. Seuls les plus expérimentés d’entre les stagiaires ont fait cet exercice consistant à ramener un kayak vide en passant dans des déferlantes.

remorquage en convoi - photo de Christophe Lebranchu
remorquage en convoi – photo de Christophe Lebranchu

Jean Marc nous fera pratiquer d’autres exercices, comme l’organisation de convois de remorquage vers la plage en présence de la houle. Le convoi comporte un remorqueur, un remorqué et son éventuel assistant, un ou deux freineurs qui empêchent le remorqué et son éventuel assistant d’aller percuter le remorqueur.
Dans ces cas, un bout de 10 mètres est insuffisant. Mieux vaut utiliser plusieurs bouts attachés les uns aux autres pour obtenir un bout de remorquage de 30 mètres qui minimisera sérieusement le risque que le remorqué percute le remorqueur.
Les plus aguerris d’entre nous ont fait l’exercice dans une houle allant de 50 cm à 1 mètre. C’était un premier exercice pour ce groupe improvisé, au final deux des 4 acteurs du remorquage sont passés à l’eau et un bout de remorquage d’une valeur de 200 euros a été perdu. Jean Marc avait choisi des conditions adaptées au niveau des participants, si bien qu’aucun acteur de l’exercice n’a été blessé. Mais la leçon est là : il faut s’entraîner en groupe pour être capable de ramener à la plage en sécurité un kayakiste blessé, alors que l’on est obligé de passer une zone de houle, voire de déferlantes.

tour de l'île de Batz
tour de l’île de Batz
Loup teste ma ceinture de remorquage
Loup teste ma ceinture de remorquage
remorquage avec un bout court - photo de Christophe Lebranchu
remorquage avec un bout court – photo de Christophe Lebranchu

 

 

 

 

débarquement sur un îlot
débarquement sur un îlot

 

 

 

 

 

La veille de cette journée d’entraînement, nous avions fait le tour de l’île de Batz au départ du vieux port de Roscoff. Les exercices du jour consistaient à faire des remorquages dans les courants d’un coefficient de 115. D’abord en ligne droite avec un bout long de 10 à 15 mètres. Ensuite avec un bout court de 80 cm à 1,20 mètre, nous avons effectué un remorquage d’abord sinueux, entre les roches, puis rectiligne en eau libre.

Nous avons aussi procédé à quelques récupérations coordonnées (pas toujours à la perfection) entre les roches. Mais pas de soucis dans ces exercices, nous étions tous de niveau minimum pagaie rouge.

Le lendemain et le surlendemain, nous ferons des passes à cailloux et du rockhoppping en sécurisant les passes chacun à notre tour. J’ai un peu usé ma bande de ragage lors du rockhopping.

Nous ferons aussi des débarquements dans les rochers et encore diverses récupérations coordonnées avec des récupérateur(s) et remorqueur(s).

Au cours du stage je prends conscience (avec l’aide de notre coach) que je suis trop centré sur moi même. Pas assez attentif aux autres et à notre environnement toujours changeant (houle, vent, courant, relief, visibilité, repères pour se localiser). Pourtant dans les critères d’évaluation de la fiche d’évaluation pagaie noire, il est bien mentionné, à plusieurs reprises, que le candidat doit exercer une veille attentive.

Jean Marc Terrade enseigne
Jean Marc Terrade enseigne

Voici une illustration de mon cruel manque d’attention. Samedi après midi, je devais extraire Jean Marc d’une passe à cailloux. Passe dans laquelle il s’était volontairement immobilisé pour me faire faire l’exercice. Pour le sortir de là, je devais pagayer vers lui, lui dire, lors de mon passage, de s’accrocher à mon kayak et le sortir de la passe dans la foulée.
Je me lance pour l’approcher, mais je n’ai pas regardé mon environnement avant de me lancer. En particulier je n’ai pas vérifié l’état de la mer. Par mon manque d’attention, j’ai failli blesser gravement Jean Marc. En effet, au moment où je me lance ; la houle arrive et me propulse à bonne vitesse dans la passe, ma pointe avant progresse dangereusement vers le dos de Jean Marc. Jean Marc qui, lui, exerce une veille attentive permanente, voit le risque de percussion. Immédiatement Jean Marc se couche sur l’eau, quitte à se blesser légèrement sur les roches. Grâce à son réflexe, ma pointe passe au dessus de lui sans le heurter.

Une fois passé, je vois Jean Marc qui esquimaute et me rejoint. Jean Marc me demande si j’ai regardé la houle avant de m’engager et je dois lui avouer piteusement que : « non, je n’ai pas regardé derrière moi. Ni avant de m’engager, ni en m’engageant dans la passe ».

Représenter un danger pour les autres est ce que je redoute le plus, c’est pour cela que je ne pratique que rarement le surf et, pourtant, c’est ce que je viens de faire. Je dois changer mon comportement et pratiquer maintenant une veille attentive permanente, comme il est dit dans les documents pagaie noire de la FFCK.

Ce stage de 4 jours à Roscoff aura aussi été pour nous un apprentissage de certains éléments de géomorphologie.

Aussi aux nombreux topos de Jean Marc, nous avons compris pourquoi les plages dégraissent en hiver (elles perdent du sable) et engraissent en été (elles gagnent du sable). Nous avons mieux compris, ou révisé, les phénomènes de : shore break, baïne, raz, mascaret, ressac.

Nous avons approfondi nos connaissances en ce qui concerne la météo et l’hypothermie.

Nous avons appris à distinguer les déferlantes sur plateau rocheux des déferlantes sur banquette de sable. Nous avons compris comment ces banquettes de sable variaient selon que l’on soit en été ou en hiver.

Nous avons appris un peu plus comment l’état de la mer reflétait le relief des fonds marins. Nous avons appris sur la diffraction des courants quand ils rencontrent des obstacles tel que : pointe, côte, ouvrage portuaire, goulet, haut-fond. Bien des choses qui nous permettent d’approfondir notre lecture de la mer.

Je crois que tous, nous avons profité de l’enseignement de Jean Marc pour aller vers l’expertise dans notre pratique du kayak de mer.

Je sais que je n’obtiendrai la pagaie noire cette année 2019 que si je me confronte rapidement et intensément à ce à quoi j’ai refusé de me confronter jusqu’ici (le surf) par peur de blesser des nageurs ou des partenaires. Grâce à cette formation, je me suis aperçu que, faute d’entrainement régulier, je représente le danger que je ne veux pas représenter.

Je parle ici de moi et de mes lacunes, parce que je suis conscient d’être comme les autres. J’espère que  partager avec les autres mes questions sur la sécurité dans mes loisirs, au moyen de ce blog, peut nous aider à relativiser les difficultés que nous rencontrons tous et toutes dans notre progression de kayakistes de mer. Le travail à venir sera évidement progressif et le plus ludique possible. Je compte commencer mon entrainement au surf en m’amusant avec une petite houle de 40 à 60 cm sur des plages non fréquentés, des plages désertes où je ne risque pas de blesser un tiers.

Pour le rockhopping, les passe à cailloux et passages de pointe, nous devons momentanément avoir de la vitesse, alors que nous n’avons pas de fond où immerger toute la longue pale d’une pagaie groenlandaise.

Pour obtenir de la vitesse dans des zones de petits fonds, il va falloir que je reprenne l’usage de la pagaie conventionnelle ou « pagaie européenne », réservant ma pagaie groenlandaise aux parcours en eau plus profonde. Par bonheur, rien ne m’empêche de naviguer avec les deux sortes de pagaie.

J’ai du bon pain sur la planche pour les semaines et mois à venir !

 

PS : Pour ceux que ces formations intéressent, vous trouverez sur ce blog les annonces des stages 2019, tant pour la pagaie rouge que le pagaie noire.
https://www.randokayak.com/formations-et-certifications-2019-pagaie-couleur-rouge-ou-noire-en-mer/

2 réflexions sur « La formation pagaie noire kayak de mer en Bretagne nord, février 2019 »

  1. Merci Jef, waouhh, c’est complet et bien écrit!!! Je n’hésiterai à venir m’y référer lorsque j’aurai besoin de mobiliser mes souvenirs! De chouettes navigations partagées ensemble sur ce site extraordinaire, extrêmement riche, diversifié et complexe que nous a présenté Jean Marc (son jardin…) J’ai qq vidéos de surfs mais la gopro , ça écrase, c’est bien connu… et je ne sais pas encore si je vais pouvoir les exploiter… En tout cas, 4 jours d’immersion, riches en enseignement et en plaisir partagé!

  2. Salut Jef et merci pour ce compte-rendu passionnant.

    Je reviens sur un point que tu évoques incidemment et qui revêt une importance certaine : les risques de blessures par éperonnage avec les pointes de nos bateaux.

    Ca n’a rien de théorique car il arrive que des bateaux soient percutés par les pointes des kayaks voisins, un peu trop dynamiques et pas toujours bien maîtrisés. Quand il ne s’agit que de trous dans le stratifié, c’est agaçant, ça se règle par un peu de taf et d’euros…mais dans la carcasse d’un copain, ça peut devenir redoutable.

    Quelque bateaux sont aisément customisables avec les pointes thermodurcissables telles que celles utilisées pour les bateaux de slaloms : les Shore-line acceptent bien ces petits accessoires. Au moment du choc, cela fera encore mal, mais ça ne percera plus les coques ni n’éborgnera les malheureux de passage .

    https://www.mack-kayak.com/protection-du-kayak/94-pointe-thermoretractable.html

    Là où cela se complique un peu, c’est pour tous nos kayaks aux extrémités triangulaires et plutôt pointues : rien n’existe sur le marché (à ma connaissance).

    Moralité : après une mauvaise et récente expérience (un petit éperonnage sur le joli bateau d’un copain) et après une prise de conscience qu’en cas d’approche d’un naufragé il y a toujours un risque de heurt avec les pointes du kayak (et un tel problème peut survenir facilement en cas de mer formée) j’ai décidé de bricoler sur mon propre bateau un amortisseur à base de chambre à air en plusieurs épaisseurs brêlé avec ruban adhésif, lanière de chambre et éventuellement collage au Sika.
    La seule vraie difficulté est de réaliser quelque chose d’esthétique . Mais ça vaut le coup d’essayer, un tel dispositif ayant aussi l’intérêt de protéger le nez d’un bateau qui, parfois, ça arrive, vient embrasser un petit caillou…

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